Faire revivre la tradition du tatouage

Du 9 au 11 mai dernier, le Traditional Tattoo Gathering (Rassemblement de tatouages traditionnels) s’est déroulé pour la première fois au Centre culturel Kwanlin Dün. L’événement a permis à plusieurs personnes autochtones de se faire tatouer et de reconnecter avec leurs traditions.

Hannah Turcotte, directrice culturelle au Centre culturel Kwanlin Dün, informe qu’un mini-documentaire sur le rassemblement sera réalisé.

Photo : Gwendoline Le Bomin

«L’événement a mis en avant six tatoueurs et tatoueuses autochtones venus de différentes provinces canadiennes », informe Hannah Turcotte, directrice culturelle du Centre culturel Kwanlin Dün. Une journée d’éducation publique a eu lieu le 9 mai et un débat a été organisé avec les artistes autour de leurs pratiques, de la signification culturelle des tatouages et de l’histoire de ces traditions.

« L’objectif était de sensibiliser la communauté à la pratique du tatouage traditionnel, qui a été largement éradiquée par la colonisation, et de promouvoir sa revitalisation par ces artistes », dit-elle.

Anne Spice, tatoueuse tlingit, membre de la Première Nation des Kwanlin Dün et professeure adjointe en anthropologie à l’Université de Toronto, abonde dans le même sens.

« L’événement était une occasion pour nous, artistes autochtones, de partager une pratique culturelle qui a des racines très profondes dans le territoire. Et aussi d’aider à revitaliser une pratique qui a failli être perdue à cause de la colonisation et de partager cela avec la communauté. C’était l’occasion aussi d’éduquer la communauté sur cette pratique du tatouage traditionnel et sur la façon dont elle est ravivée aujourd’hui. »

Reconquérir les traditions perdues

« Il fut un temps où les peuples autochtones avaient peut-être honte de leur identité », explique Hannah Turcotte. « Ils ne voulaient pas que les gens sachent qu’ils étaient autochtones. Et le fait d’avoir ces marques traditionnelles est une façon tellement visible d’affirmer au monde que c’est ce que je suis et d’où je viens et que ce sont les marques de mes ancêtres. Il s’agit de ramener cette fierté et de reconquérir les traditions perdues. »

Pour elle, il est certain que les pensionnats ont eu un impact sur sa pratique, mais aussi au Canada, avec l’interdiction du potlatch [cérémonie couramment organisée à l’occasion d’événements sociaux importants, comme les mariages, les naissances et les funérailles.]

« Lorsque le potlatch a été interdit à la fin des années 1800, ces pratiques sont devenues clandestines. À cause de cela, à cause d’autres pressions de la colonisation, de l’Église et d’autres facteurs culturels, le tatouage a été considéré comme quelque chose d’arriéré et de sauvage. Le tatouage n’est donc plus pratiqué depuis longtemps à l’intérieur du pays, mais il a été maintenu en vie le long de la côte et dans le Nord. »

Le tatouage, un marqueur social.

Photo : Gwendoline Le Bomin

« Ce que nous faisons aujourd’hui fait partie d’un renouveau qui vise à ramener ces pratiques après une période d’hibernation. Elles ont été en quelque sorte clandestines pendant un certain temps », explique Anne Spice.

Le tatouage comme guérison

« Je pense que, pour beaucoup de gens, les motifs des tatouages auront différentes significations pour différentes personnes. Pour certaines, leurs tatouages peuvent raconter une histoire, des choses qu’ils ont surmontées dans leur vie, ou juste la guérison des effets de la colonisation qui ont pu nous apporter la honte à un moment. Il s’agit maintenant de retrouver la fierté de nos identités », affirme Hannah Turcotte.

« Je travaille en partie avec le Centre de santé de Whitehorse et j’intègre les tatouages dans son programme de guérison », explique Anne Spice. « Je pense que, pour les personnes qui ont vécu des expériences traumatisantes ou qui ont été séparées de leur culture ou de leur famille, le tatouage peut être un moyen de marquer une période de transition et de transformation et de s’engager dans un processus de guérison. »

« Le tatouage est donc bien plus qu’une simple marque sur la peau. Je pense que les gens l’ont également intégré dans leur propre parcours de guérison », conclut-elle.

L’organisatrice envisage la réalisation d’un mini-documentaire sur le rassemblement. « Shaunoh Wilson a donc pris des photos et des vidéos pour nous lors du rassemblement. C’est un cinéaste autochtone et il a travaillé avec nous pour créer des mini-documentaires sur diverses pratiques culturelles. »

« Avec un peu de chance, l’année prochaine, nous allons organiser une exposition sur les tatouages traditionnels. Nous pourrons donc montrer certaines des images de ce rassemblement dans notre exposition », informe Hannah Turcotte.

Cette dernière espère que l’événement deviendra une activité annuelle.

IJL – Réseau.Presse – L’Aurore boréale

Pour Anne Spice, le tatouage est un marqueur social. Il est bien plus qu’une simple marque sur la peau. Il s’intègre dans le parcours de guérison.

Photo : Gwendoline Le Bomin

Le tatouage, un marqueur social

«  Chaque tatouage a une signification différente  », explique Anne Spice. «  Pour beaucoup de gens aujourd’hui, c’est un signe de leur identité et de leurs origines, mais pour moi, il est également important de noter qu’il s’agit d’une identité collective.  »

«  Il s’agit donc de se reconnaître mutuellement en tant qu’autochtones. Parfois, les symboles que nous choisissons ont des significations spécifiques qui marquent notre appartenance à un clan ou à un groupe de maisons.  »

«  La plupart d’entre nous aimons les tatouages à la main. Certaines personnes pratiquent également la couture de la peau, qui est une autre technique de tatouage ancestral.  »

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  • Date de création 3 juillet, 2025
  • Dernière mise à jour 30 juin, 2025
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