Érosion : la relocalisation est inévitable

Dans les zones particulièrement exposées, les experts considèrent que la relocalisation des habitations et des activités loin de l’océan est inévitable.

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Marine Ernoult

IJL – Réseau.Presse – Acadie Nouvelle - ATL

«Lorsque la solution technique est trop coûteuse et ne concerne qu’une poignée d’habitations, le retrait peut être la meilleure option d’un point de vue financier, social et sécuritaire», soutient Shannon Miedema, directrice de l’environnement et du changement climatique de la municipalité régionale d’Halifax.

La métropole néo-écossaise envisage la mise sur pied d’un programme de rachat des terres les plus menacées, en partenariat avec le gouvernement provincial.

Les lignes bougent lentement, car l’acceptabilité sociale n’est pas là. Sabine Dietz dénonce le manque de volonté politique et de financements adéquats.

«Si les décideurs veulent susciter l’adhésion, il faut avoir une discussion sur la tolérance au risque. Plus nous attendons, plus nous aurons de tempêtes et plus ce sera difficile.»

Don Jardine assure, lui, que les dégâts historiques causés par Fiona ont provoqué un électrochoc parmi la population insulaire.

«Beaucoup de personnes à qui j’ai parlé dans des zones inondées ou endommagées sont mortes de peur, elles ont perdu leur maison en une seule tempête. D’autres personnes se disent: « Je ne veux pas que cela m’arrive »», raconte-t-il.

Des habitants accrochés à la vue sur mer

Un avis que partage Danika van Proosdij.

«Les gens ne sont pas tout à fait prêts, mais ils comprennent de mieux en mieux la nécessité de se retirer. Ils réalisent que la situation empire et ne veulent pas reconstruire là où des maisons ont été détruites.»

Les provinces songent également à ne plus construire aux portes de l’océan. Dans des zones où la pression foncière est forte, elles ont néanmoins du mal à passer à l’action.

Une politique de protection des zones côtières existe depuis 21 ans au Nouveau-Brunswick, «mais aucune réglementation ne permet de l’appliquer concrètement», rappelle Sabine Dietz.

En Nouvelle-Écosse, la Loi sur la protection du littoral est en chantier depuis quatre ans et le texte n’entrera vraisemblablement pas en vigueur avant 2025.

Dans l’attente d’une loi, le gouvernement de l’Î.-P.-É. a imposé un moratoire, assorti d’exceptions, sur l’enrochement de la côte ainsi que sur toute nouvelle construction dans une zone tampon de 15 mètres le long du rivage.

Danika van Proosdij critique des politiques «insuffisantes». Sabine Dietz pense, elle, que les législations annoncées ne verront pas le jour.

«C’est impossible de rendre le littoral inconstructible, les gens voudront toujours avoir leur vue sur mer.»

Modifier en profondeur les activités

Dans un contexte où l’érosion côtière va s’exacerber et modifier en profondeur les activités littorales, les villes doivent aussi repenser l’aménagement de leur territoire et anticiper le recul du trait de côte.

«Très peu de municipalités ont intégré ce volet adaptation aux changements climatiques dans leur plan d’urbanisme, car la planification est perçue avant tout comme un outil de développement économique», déplore Sabine Dietz.

À cet égard, la Municipalité régionale d’Halifax fait figure de précurseur. D’ici la fin de l’année, elle publiera une carte des risques climatiques dans l’environnement côtier. L’objectif? Identifier les communautés et les infrastructures les plus vulnérables pour mieux planifier la gestion des aléas et prioriser les investissements.

«C’est difficile de se coordonner avec les autres départements municipaux et la province, nous espérons que cet outil éclairera leurs décisions», partage Shannon Miedema.

Continuer d’ériger, sans relâche, de fragiles barrages contre l’Atlantique, ne servira à rien sans une meilleure éducation de la population.

«Si les gens ne comprennent pas les enjeux, ils auront un faux sentiment de sécurité et ne seront pas prêts à s’adapter», conclut Sabine Dietz.

Collaborer pour mieux s’adapter 

S’adapter efficacement à l’érosion passe aussi par une meilleure collaboration, que ce soit entre les provinces ou au sein de la société civile.

«C’est essentiel pour connaître les différentes approches disponibles, les programmes et les financements existants, bénéficier de retour d’expériences», insiste Serge LaRochelle au Nouveau-Brunswick.

À Halifax, Shannon Miedema assure qu’il existe un réseau actif de responsables environnementaux au niveau municipal.

«Nous partageons nos stratégies et nos réussites, mutualisons nos efforts, car nous n’avons pas le temps de tout inventer nous-mêmes.»

Si le réseautage est important entre les chercheurs, les organisations à but non lucratif et le secteur privé, il l’est moins entre les citoyens, selon Serge LaRochelle.

Pour pallier ce manque, l’organisme CLIMAtlantic a lancé une boîte à outils d’adaptation côtière et une plate-forme de réseautage en ligne.

À Beausoleil, Serge LaRochelle et son équipe mettent, eux, un point d’honneur à associer les citoyens à tous leurs projets de lutte contre l’érosion. Une manière d’apprendre en mettant les mains à la pâte.

 

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Photos

Légende : Serge LaRochelle est gestionnaire environnement et développement durable de la communauté rurale de Beausoleil, au Nouveau-Brunswick.

Crédit : - Gracieuseté

 

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  • Date de création 30 octobre, 2023
  • Dernière mise à jour 30 octobre, 2023
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