Éradiquer la tuberculose au Nunavut : un objectif réaliste?

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  • Dernière mise à jour 5 janvier, 2022

Éradiquer la tuberculose au Nunavut : un objectif réaliste?

Le 25 novembre dernier, le ministère de la Santé du gouvernement du Nunavut a déclaré une éclosion de tuberculose dans la communauté de Pangnirtung. Alors que le Nunavut est l’endroit au pays où le taux de tuberculose est le plus élevé, le gouvernement fédéral s’est engagé à l’éliminer d’ici 2030; une cible qui se retrouve à présent menacée par la pandémie de la COVID-19.
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Karine Lavoie
IJL – Réseau.Presse – Le Nunavoix

Les plus récentes données de l’Agence de la santé publique du Canada, datant de 2018, indiquent que le taux annuel moyen de tuberculose chez les Inuits du Canada est plus de 300 fois supérieur à celui de la population non autochtone née au pays.

Récemment, un nombre croissant de cas dans la communauté de Pangnirtung, additionné à la difficulté d’établir la manière ou le lieu d’exposition de tous les cas, a mené l’administrateur en chef de la santé publique, Dr Michael Patterson, à déclarer la situation comme une épidémie.

En 2020, sur le territoire, on dénombrait des cas de tuberculose actifs ou latents dans 16 communautés. Bien que le gouvernement fédéral ait octroyé des fonds pour lutter contre la maladie au Nunavut, la situation connait présentement un recul en raison de la pandémie.

Des effectifs supplémentaires

La tuberculose est une maladie infectieuse causée par une bactérie qui se propage dans l’air lorsqu’une personne contagieuse tousse, éternue, chante ou parle. Elle s’attaque principalement aux poumons et aux voies respiratoires, mais peut affecter d’autres parties du corps.

Dans sa forme active, elle se présente avec une toux persistante pendant plus de trois semaines, un sentiment de fatigue, une perte d’appétit et de la fièvre ou des chaleurs nocturnes. « Toute personne qui a été exposée à un cas de tuberculose active ou qui présente des symptômes de la maladie doit se rendre à un centre de santé pour se faire dépister », rappelle le ministère de la Santé du Nunavut, qui, en date du 13 décembre, confirme la présence de 19 cas de tuberculose active dans la communauté de Pangnirtung.

La tuberculose latente, quant à elle, implique que les germes de la maladie sont présents dans le corps, mais qu’ils sont dormants et ne se reproduisent pas. Bien que sous cette forme, la personne atteinte ne se sentira pas malade et ne sera pas contagieuse, l’absence de traitement pour la soigner peut amener une tuberculose active.

« Certains employeurs exigent des tests de dépistage réguliers, mais ce n’est pas obligatoire pour tous les Nunavummiut », précise Chris Puglia, gestionnaire intérimaire des communications du ministère de la Santé au gouvernement du Nunavut.

En réponse à l’épidémie de tuberculose dans la communauté de Pangnirtung, du personnel infirmier supplémentaire a été mis en place. « Certains membres du personnel présents en décembre ou qui le seront en janvier ont été intégrés à travers le Cadre de travail opérationnel pour des demandes d’aide mutuelle lancée par le bureau de l’administrateur en chef de la santé publique », poursuit Chris Puglia.

Un vaccin efficace réclamé

Le ministère de la Santé confirme que le traitement de la tuberculose latente et active est disponible dans toutes les communautés du Nunavut. Du côté de Services aux Autochtones Canada, on affirme travailler en collaboration avec des partenaires inuits, fédéraux, provinciaux et territoriaux pour s’assurer que les populations inuites touchées par la tuberculose aient accès au dépistage, aux tests, aux traitements et à de l’éducation.

« En 2018, notre gouvernement a appuyé le déploiement par le gouvernement du Nunavut de deux cliniques mobiles de dépistage de la tuberculose dans deux communautés. En mai 2019, une troisième clinique a été complétée dans une autre communauté. Les trois cliniques ont eu des taux de participation communautaire de plus de 80 % », précise Nicolas Moquin, porte-parole de Services aux Autochtones Canada.

Au Nunavut, le vaccin Bacillus Calmette-Guérin (BCG), mis au point il y a un siècle, est administré à tous les bébés à l’âge d’un mois. « Le vaccin actuel contre la tuberculose (BCG) est efficace pour prévenir les formes graves de la tuberculose chez les enfants et continue donc d’être utilisé seulement dans certaines communautés à forte incidence au Canada. Il n’est pas efficace pour prévenir la tuberculose pulmonaire chez les adultes », affirme Lena Faust, étudiante au doctorat à l’Université McGill et au Centre international de la tuberculose McGill et membre du comité directeur Stop TB Canada. « Nous avons donc participé aux appels à l’action pour le développement d’un nouveau vaccin antituberculeux plus efficace ».

Alors qu’en avril 2021, 14 vaccins ont été approuvés sur les 109 en liste contre la COVID-19, aucun vaccin viable n’a été développé pour la tuberculose en 100 ans.

Un objectif réaliste?

En mars 2018, l’organisation Inuit Tapiriit Kanatami (ITK) et le gouvernement fédéral se sont engagés à réduire de moitié le nombre de cas de tuberculose active d’ici 2025, en plus d’éradiquer la maladie dans tout l’Inuit Nunangat d’ici 2030. Cet engagement conjoint a été réaffirmé en mars 2021 par Natan Obed, président d’ITK et Marc Miller, l’ancien ministre des Services aux Autochtones.

Le budget fédéral 2018 octroyait 27,5 millions $ sur cinq ans afin de soutenir les approches d’élimination de la tuberculose spécifiques aux Inuits. Cet investissement se voulait un ajout aux 640 millions $ sur dix ans, annoncés dans les budgets de 2017 et 2018, relatifs aux besoins en logement dans l’Inuit Nunangat.

« Notre engagement commun à éliminer la tuberculose au Canada s’accompagne d’une détermination commune à agir de manière significative sur les déterminants sociaux de la santé qui ont une influence directe sur la prévalence et la transmission de la tuberculose, notamment la pauvreté, la sécurité alimentaire et les logements inadéquats », affirme Nicolas Moquin.

La survenue de la COVID-19 pourrait néanmoins venir freiner ce scénario. Dr Gonzalo Alvarez, pneumologue, chercheur et spécialiste de la tuberculose à l’Institut de recherche de l’hôpital d’Ottawa a récemment exprimé son inquiétude quant au fait que les efforts visant à réduire et à éliminer la tuberculose connaissent un recul.

Malgré qu’il soit trop tôt pour connaitre l’impact de la COVID-19 sur l’objectif d’éliminer la tuberculose d’ici 2030 au Canada, Nicolas Moquin commente également en ce sens. « L’Organisation mondiale de la santé note que la pandémie devrait avoir un impact sur l’effort mondial visant à éliminer la tuberculose, en perturbant l’accès aux soins antituberculeux, notamment par des confinements et des réaffectations du personnel santé et de l’équipement sanitaire », déclare-t-il.

Lena Faust estime, quant à elle, qu’en prenant compte des perturbations importantes des services de tuberculose reliées à la pandémie, le gouvernement fédéral doit rapidement intensifier ses efforts s’il veut atteindre son objectif. « Cela comprend l’augmentation des investissements financiers dans la lutte contre la tuberculose, la mise à jour des données nationales sur la tuberculose et la prise des mesures pour réduire les inégalités de santé et les inégalités sociales qui permettent à la maladie de persister au Canada aujourd’hui », conclut-elle.

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Photo 1
Crédit : Agence de la santé publique
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Ratio des taux par rapport à la population non autochtone née au Canada de 0,6 cas pour 100 000 habitants, 2016.

Photo 2
Crédit : Agence de la santé publique
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Schéma des poumons avec une infection tuberculeuse latente (ITL) et une tuberculose active (TB).

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Photo 2 (@Agence de la santé publique, 2017).jpg
Photo (@Agence de la santé publique, 2016).jpg
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