Entretien avec le tombeur de Poilievre, Bruce Fanjoy

De lundi soir jusqu’à l’aube mardi, une course a tenu le Canada en haleine. À Carleton, le chef du Parti conservateur Pierre Poilievre a perdu son siège de longue date au profit d’un nouveau venu en politique: Bruce Fanjoy. Rencontre avec le nouveau député libéral.

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Par Clémence Labasse
IJL - Réseau.Presse - Le Droit

 

Lorsque nous rencontrons les habitants de Carleton la semaine dernière, à quelques jours des élections, certains électeurs avouaient ne pas être sûrs du nom du candidat pour lequel ils allaient voter.

«Je sais que je vais voter pour le parti libéral, mais je n’arrive pas à me souvenir du nom du candidat… Bruce Fanboy?» s’exclamait jeudi dernier Wazir R., un résident de Stittsville.

Du jour au lendemain cependant, son nom est sur toutes les lèvres des Canadiens et des Canadiennes.

Bruce Fanjoy, un relatif inconnu dans la sphère politique jusqu’alors, a réussi l’exploit de déloger de son siège le chef du parti conservateur Pierre Poilievre — un homme qui représentait la circonscription de Carleton, au sud d’Ottawa depuis plus de 20 ans à la Chambre des communes.

Loin d’être un politicien de carrière, l’homme d’affaires et ancien père au foyer a décidé de se lancer en politique pour la toute première fois il y a trois ans, peu après que M. Poilievre ait été remporté la direction du Parti conservateur. Son but avoué depuis le premier jour: faire tomber Pierre Poilievre à Carleton.

Le Droit a retrouvé le nouveau député libéral à Manotick, une petite commune sur les rives de la rivière Rideau au sud d’Ottawa où il réside depuis 2019 dans une maison écoresponsable qu’il a construite avec son épouse.

Submergé de demandes médiatiques depuis sa victoire — plus de 25 en deux jours —, Bruce Fanjoy fait de son mieux pour répondre à tous: autant la CBC, le Globe and Mail, Le Devoir que le bihebdomadaire local Manotick Messenger ou l’Ottawa Life Magazine.

Alors qu’il enchaîne les entrevues, entre deux discussions avec des journalistes, il ne peut s’empêcher de s’entretenir avec les résidents curieux qui l’interpellent dans la rue — au plus grand désarroi de ses responsables de communication.

Le Droit: Qu’est-ce qui vous a motivé originellement à vous lancer dans la course pour tenter de déloger Pierre Poilievre de son siège ?

Bruce Fanjoy: J’habite dans la circonscription depuis 2019. Quand Pierre Poilievre est devenu chef des conservateurs, je savais que je devais faire quelque chose. Il s’était fait connaître durant la crise des camionneurs et beaucoup avaient été déçus de voir leur député faire quelque chose de si hostile à leur communauté. Je pense sincèrement qu’il est mauvais pour le Canada. Et j’ai toujours été très impliqué dans ma communauté, auprès des gens et associations. Donc je me suis dit : pourquoi pas moi?

LD: Beaucoup pensaient que Carleton était un territoire acquis pour le chef conservateur. Quelle a été, selon vous, la recette de votre victoire aux urnes ce 28 avril?

BF: Pierre Poilievre lui-même a tenu cette circonscription et ses résidents pour acquis; or personne ne veut se sentir tenu pour acquis. Et cela a contribué à sa défaite. Là où il était absent, je compte être très présent pour Carleton et ça, je l’ai communiqué au plus grand nombre d’électeurs possible.

Cela fait plus de deux ans que je me suis lancé dans cette aventure. Je savais que ça n’allait pas être facile, mais je suis resté optimiste et positif tout au long du processus, et j’ai pris la tâche que j’avais devant moi très au sérieux. Avant même que l’élection soit déclenchée, j’avais déjà frappé à plus de 15 000 portes.

Je pense aussi, bien sûr, que la situation dans laquelle se trouve le Canada en ce moment avec le président Trump et les États-Unis a joué un grand rôle. Beaucoup de Canadiens ont réalisé que Pierre Poilievre n’était pas en mesure de faire face à ces menaces et que Mark Carney était la meilleure personne pour guider le pays durant cette période difficile. Les résidents de Carleton ont bien eu conscience de l’importance de ce moment et du rôle qu’ils pouvaient jouer lors de cette élection décisive.

Nous avons gagné parce que les électeurs progressistes et les conservateurs modérés ici se sont rassemblés et ont décidé qu’ils ne voulaient pas d’une division à l’américaine au Canada. C’est devenu une sorte de référendum: ça allait être soit Pierre Poilievre, soit Bruce Fanjoy. Accomplir cela requérait que les gens se lèvent, participent à leur démocratie, et c’est exactement ce qui s’est passé.

LD: Quelle a été votre réaction quand votre victoire a été confirmée?

BF: J’ai reçu l’appel vers 5h du matin ce mardi. Je m’étais couché vers 3h30 après avoir suivi la soirée électorale avec ma famille et les bénévoles qui m’ont soutenu tout du long de cette aventure. Quand ma directrice de campagne m’a finalement confirmé la nouvelle, c’était… [ndlr. Bruce Fanjoy hésite, un grand sourire aux lèvres] Wow! Difficile à décrire.

J’ai ressenti beaucoup de soulagement que tous ces efforts soient couronnés de succès. Et j’étais très heureux en pensant à tous les bénévoles qui se sont investis corps et âme dans cette campagne, je savais qu’ils allaient en être très contents.

LD: Comment se sont passés les deux derniers jours pour vous, depuis l’élection?

BF: Nous avons été très occupés! Il y a beaucoup d’intérêt pour ce qui s’est passé ici. […] J’avais conscience que si je réussissais à remporter l’élection, ça allait faire du bruit — mais c’est encore plus gros que ce à quoi je m’attendais!

J’ai surtout hâte maintenant de me mettre au travail pour être un député efficace pour les citoyens de Carleton. Cela fait longtemps qu’ils n’en ont pas eu. Je veux être à l’écoute des questions qui comptent pour eux et défendre leurs intérêts. C’est ma priorité.

LD: Qu’allez-vous faire d’ici votre entrée au Parlement? Êtes-vous nerveux que votre début en politique se fasse à une si grande échelle?

BF: En ce moment, je me concentre sur l’intégration dans le rôle de député, et tous les détails administratifs à régler. Et je compte continue à parler aux gens d’ici, ça ne s’arrête pas.

Je ne suis pas nerveux du tout pour la rentrée. Je m’intéresse à la politique et à l’administration publique depuis longtemps, je me sens prêt. J’ai rencontré Mark Carney plusieurs fois cette année. Si nous ne nous sommes pas parlés depuis lundi, nous devrions nous entretenir très bientôt.

Je suis surtout très enthousiaste à l’idée de pouvoir faire du bon travail pour le Canada et pour Carleton.

*Ces réponses ont été recueillies au court de deux entrevues. Elles ont été abrégées à certains endroits et agrégées à d’autres.

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À deux minutes à pied du café de Manotick où nous avons rencontré M. Fanjoy, se trouve le bureau de circonscription déserté de Pierre Poilievre. Aucune pancarte flamboyante aux couleurs du parti qu’il dirige n’en indique l’entrée; un simple panneau noir et blanc.

Questionnés sur leur ancien député, plusieurs commerçants des alentours révèlent n’avoir jamais aperçu l’homme politique. Mais quand on leur mentionne le nom de celui qui vient tout juste de le remplacer, avec un sourire aux lèvres, on entend:«Ah Bruce! On le connaît bien».

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PHOTOS:

Titre: LD_BFanjoy1 | Le nouveau député libéral de Carleton, Bruce Fanjoy à Manotick au sud d'Ottawa, mercredi 30 avril. (Clémence Labasse / Le Droit)

Titre: LD_BFanjoy2 | Le nouveau député Bruce Fanjoy enchaîne les entrevues médiatiques mercredi 30 avril, deux jours après avoir remporté le siège de député tenu par Pierre Poilievre depuis plus de 20 ans. (Clémence Labasse / Le Droit)

Titre: LD_PoilievreCarleton | Le bureau de circonscription de l'ancien député de Carleton, et chef du parti conservateur du Canada, Pierre Poilievre, à Manotick.

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  • Date de création 1 mai, 2025
  • Dernière mise à jour 1 mai, 2025
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