En milieu urbain et minoritaire, la représentation des francophones en politique municipale, comment ça fonctionne?
La majorité des francophones en Nouvelle-Écosse vivent dans la région de Halifax. C’est aussi une ville où les Acadiens et francophones sont éparpillés à travers la ville. Sans quartier ou concentration définie, comment les francophones font-ils pour assurer la représentation de leurs enjeux à l’échelle municipale?
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Jean-Philippe Giroux
IJL – Réseau.Presse – Le Courrier de la Nouvelle-Écosse
Rémi Léger, professeur du département des sciences politiques de l’Université Simon-Fraser, rappelle que «le gouvernement municipal est le plus près de la population, donc plus près des enjeux locaux».
C’est avec eux que le contact est le plus fréquent, ajoute-t-il, tandis qu’avec les autres paliers, c’est plus éloigné.
«Vu que c’est un gouvernement de proximité, on souhaiterait, dans un monde idéal, que ce gouvernement soit au courant de nos enjeux et de nos intérêts, et soit à l’écoute et en mesure de répondre à ces intérêts et ambitions, de la minorité francophone.»
L’idéal, c’est d’avoir des élus qui servent de véhicule pour la communauté, renchérit Guillaume Deschêches-Thériault, doctorant en science politique à l'Université d'Ottawa. «Un francophone va davantage comprendre les enjeux de la réalité de vivre en milieu minoritaire, va souvent avoir plus de liens au sein de la communauté aussi, va connaitre les organismes communautaires.»
Dans les années récentes, la municipalité régionale d’Halifax (MRH) s’est engagée à améliorer son offre de services en français ainsi que sa relation avec la communauté d’expression française.
L’une des stratégies mises en place fut d’adopter la Stratégie des services en français, en juin 2021, permettant de diffuser plus d’informations dans les deux langues officielles.
En dehors de cette stratégie, la représentation des francophones en politique, elle, est plus complexe. Pour trouver les candidat(e)s d’expression française, Le Courrier a dû se fier principalement au bouche-à-oreille.
«C’est le nerf de la guerre»
La dispersion des francophones dans la région de Halifax est un défi, explique Rémi Léger, puisque le débat réside dans le fait que la vie politique canadienne est organisée autour de la géographie, en fonction du territoire et de la concentration dans la région que l’on habite.
«Dans les villes, en partant d’Halifax et en passant par les villes en Ontario et dans l’Ouest canadien jusqu’à Vancouver, il y a un nombre absolu de francophones qui reste intéressant [...], mais ces francophones-là, souvent, ne sont pas concentrés sur le territoire», explique M. Léger.
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L’absence de concentration géographique peut être un frein à la représentation. «Vu qu’on n’est pas concentré sur le territoire, on a du mal à faire élire un représentant, un francophone, un francophile ou quelqu’un qui va défendre nos intérêts et, en quelque part, parler en notre nom au conseil municipal», dit M. Léger.
Mais il existe des mécanismes pour outiller les francophones à se lancer en politique municipale, selon Guillaume Deschêches-Thériault, comme faire une campagne pour former les gens afin de les encourager à candidater.
Toutes les composantes
La représentation est l’une des composantes qui déterminent si une communauté est vitale, dynamique et en santé, informe Rémi Léger. Mais il y a également le reste: les écoles et leurs activités parascolaires, les organismes communautaires, les petites et moyennes entreprises qui offrent des services et des emplois en français, etc.
«Je pense qu’il n’y a personne qui dirait que l’essentiel ou la clé, c’est d’avoir un représentant en politique, au conseil municipal, ou deux représentants politiques. Je pense que c’est important d’avoir une voix au conseil municipal, mais la réponse est beaucoup plus, disons, nuancée.»
Un francophone en milieu anglodominant a d’autres moyens pour faire valoir ses intérêts, fait remarquer M. Léger. Premièrement, c’est de se rappeler que l’on n’est pas seul. L’union fait la force, et si les gens se réunissent pour parler avec les élus et obtiennent le soutien des organismes communautaires, le message et la cause ont plus de poids.
Il y a aussi l’option d’organiser une activité ou un débat dans le but d’inviter les candidat(e)s municipaux à découvrir les enjeux de la francophonie locale.
C’est par l’entremise de cette stratégie que les organisations locales peuvent se mettre en commun pour sensibiliser aux faits de la communauté et aller chercher des allié(e)s auprès des élus et des membres du personnel de la MRH, et ce, «pour avoir des liens constants, pour faire passer des messages», précise Guillaume Deschêches-Thériault.
Pour les candidat(e)s francophones ou francophiles dans des districts majoritairement anglophones, il n’est pas impossible de se faire élire, ajoute M. Deschêches-Thériault, si la personne a une bonne connaissance de la communauté dans son ensemble et des enjeux de son quartier.
Il nomme comme exemple le travail de Darrell Samson, député fédéral de la circonscription de Sackville—Preston—Chezzetcook, une région majoritairement anglophone représentée par cet Acadien depuis des années.
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- Date de création 18 octobre, 2024
- Dernière mise à jour 19 octobre, 2024