Élections ontariennes 2025: quel parti a le meilleur slogan?
Le Droit a demandé à trois anciens façonneurs d’image; un conservateur, une néo-démocrate et une libérale, de faire le palmarès des slogans des principaux partis politiques de l’Ontario.
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Émilie Gougeon-Pelletier
IJL – Réseau.Presse – Le Droit
Les trois ex-stratèges, qui ont tous déjà agi comme conseillers politiques, ont analysé les slogans électoraux du Parti progressiste-conservateur (PPC), du Nouveau Parti démocratique (NPD) de l’Ontario, du Parti libéral de l’Ontario (PLO) et du Parti vert de l’Ontario (PVO).
L’ex-stratège conservateur
Yan Plante est président-directeur général du Réseau de développement économique et d’employabilité (RDÉÉ Canada) et ex-conseiller du premier ministre conservateur du Canada, Stephen Harper.
En disant qu’il veut «protéger l’Ontario», le chef progressiste-conservateur Doug Ford sous-entend qu’il a un mandat à défendre, souligne Yan Plante.
«Tu ne veux pas protéger quelque chose qui va mal, donc derrière tout ça, ça veut dire qu’on défend notre bilan, et qu’on en est fier», dit-il.
Le slogan du PPC a été conçu dans un contexte de menaces tarifaires du président américain Donald Trump, et maintenant que les droits de douane visant le Canada ont été mis sur pause pendant un mois, «il pourra quand même le décliner en disant qu’il veut protéger les travailleurs, protéger les emplois, protéger la santé, les options sont infinies», affirme Yan Plante.
Contrairement au slogan «porteur» des conservateurs, celui des néo-démocrates est «très niché», estime l’ex-stratège politique.
«Je ne sais pas si c’est une approche qui ouvre la porte à une croissance de l’appui du NPD», dit-il.
Dans un appel à l’action, les partis ont souvent deux options pour motiver les électeurs, indique Yan Plante: «La peur de la perte, ou l’appât du gain».
En communications stratégiques, la peur de la perte a plus d’impact que l’appât du gain, note-t-il, ajoutant que le slogan du PPC pourrait donc être plus efficace que celui du NPD.
Même si le slogan des libéraux cadre davantage dans la stratégie de «l’appât du gain», il rejoint plus directement l’électeur, selon Yan Plante.
«Je pense que les conservateurs touchent la corde de la peur peur de perdre quelque chose, les libéraux touchent la corde de “si tu en veux plus, il faut voter pour nous”, alors que le NPD, c’est comme une version un peu diète des libéraux. Ça frappe moins».
— Yan Plante, ex-stratège politique
Quant au slogan du Parti vert, «le lien avec l’environnement n’est pas si clair que ça», souligne Yan Plante.
«Attaquer des politiciens sur le fait qu’ils sont corrompus, ça ne fonctionne pas. La plupart des gens pensent que tous les politiciens sont pareils. Donc quand tu attaques quelqu’un de l’autre côté en disant qu’il est corrompu, les gens pensent que tu es autant corrompu que l’autre. Donc ce n’est jamais très payant», conclut-il.
L’ex-stratège néo-démocrate
Mélanie Richer est directrice des communications et des affaires publiques chez Earnscliffe Strategies, et ancienne attachée de presse de politiciens néo-démocrates, dont Jagmeet Singh.
À son avis, le slogan du PPC n’est plus au goût du jour, étant donné l’interruption de la menace des tarifs douaniers du président Trump.
«Tu veux t’assurer que la réponse à la question du scrutin, c’est toi. Mais si la question du scrutin, ce n’est plus: “Qui est le mieux placé pour défendre l’Ontario contre le président Trump?”, leur slogan ne répond pas à cette question-là», affirme la stratège.
Elle l’admet, Mélanie Richer a un biais en faveur du slogan néo-démocrate «On your side».
«C’était le slogan du NPD fédéral en 2019, et j’étais la directrice des communications à ce moment», indique-t-elle.
«Mais la raison pour laquelle j’aime ce slogan, c’est que ça parle directement aux gens. Si la question du scrutin est: “À qui fais-tu confiance pour se battre pour toi?”, ce slogan y répond», soutient Mélanie Richer.
«Et ce qui est intéressant pour Marit Stiles en particulier, c’est que comme avec Jagmeet Singh en 2019, les gens ne la connaissent pas trop trop, ne savent pas qui elle est», dit-elle, ajoutant que ce slogan donne l’opportunité à la cheffe de dire aux Ontariens qu’elle «connaît leur réalité, contrairement à Doug Ford et Bonnie Crombie».
Le «plus pour vous» des libéraux ouvre la porte aux attaques des autres partis, croit-elle.
«J’aime la mention du “vous”, mais le “plus”, ça peut vouloir dire “plus de bonnes choses”, mais aussi “plus de corruption”, par exemple.»
Comme Yan Plante, Mélanie Richer ne pense pas que le Parti vert pourra bénéficier de faire des chefs d’entreprises et des lobbyistes le bouc émissaire durant la campagne électorale.
«Le hic, c’est qu’il faut expliquer ce slogan», dit-elle.
Mélanie Richer croit que pour comprendre ce message du Parti vert, les électeurs doivent avoir suivi de près l’actualité au cours des dernières années, et être au fait du scandale de verdure du gouvernement Ford, notamment.
«Quand tu vas voter, tu ne votes pas contre les PDG. Et d’un autre côté, il y a beaucoup de gens qui veulent que les entreprises fassent du profit. Tout le monde veut que l’économie se porte bien, que leurs enfants, leurs petits-enfants soient mieux placés financièrement qu’ils l’ont eux-mêmes été. Donc quand on diabolise les profits, on ferme la porte à certaines personnes».
L’ex-stratège libérale
Sandra Aubé est vice-présidente des affaires fédérales de l’agence de relations publiques TACT et ancienne cheffe de cabinet de la ministre libérale Mélanie Joly.
Celle-ci juge que le slogan des progressistes-conservateurs est «aligné avec l’ère du temps».
Contrairement à Mélanie Richer, Sandra Aubé juge que la question des tarifs douaniers et de la «menace américaine» demeurera pertinente aujourd’hui, dans deux mois, et au cours des années à venir.
«Ça touche le sentiment général qu’il y a un risque, un danger, et donc il vient se poser en capitaine Ontario, comme on l’a vu faire aussi en capitaine Canada», note-t-elle.
Elle se dit curieuse de voir comment le PPC fera pour «décliner» ce slogan pour parler d’éducation, de santé et d’économie.
Les trois ex-stratèges pensent que le slogan «À vos côtés» est «très néo-démocrate», et qu’il se veut près des travailleurs et de la classe moyenne.
Mais Sandra Aubé estime qu’il «manque de vision».
«On est à vos côtés, mais pour quoi? À vos côtés pour la santé, à vos côtés pour l’éducation, à vos côtés pour l’économie? Bien sûr, c’est ce qu’on veut d’un gouvernement, mais ce qu’on veut surtout, c’est d’un gouvernement qui sera en mesure de mener la locomotive pour défendre nos intérêts, donc je pense que ça manque de leadership», mentionne-t-elle.
En fait, le NPD aurait pu emprunter le slogan des libéraux, remarque Sandra Aubé.
«”Plus pour vous”, c’est très travailliste», note la spécialiste.
D’un autre côté, ce slogan pourrait aussi permettre au Parti libéral de l’Ontario de «ratisser large».
«On peut parler tant à un public économique qu’à des familles, à des universitaires, ou à des gens qui ont de la difficulté à joindre les deux bouts».
La cheffe Bonnie Crombie s’est effectivement positionnée politiquement comme une candidate de centre-droit, contrairement à sa prédécesseure, l’ex-première ministre Kathleen Wynne.
En ce qui a trait au slogan du Parti vert, Sandra Aubé «trouve que c’est un slogan qui parle de lui-même».
«Ils savent très bien, les stratèges verts, qu’ils n’iront pas chercher les votes de tout le monde. [...] Ils connaissent très bien leur électorat. Ça donne une indication qu’avant d’aller servir les intérêts des grandes entreprises, on va servir les intérêts des gens. Ça me semble très ciblé, voire niché, donc probablement aligné avec leur électorat.»
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Photos:
- Les slogans des partis politiques ontariens. (Émilie Gougeon-Pelletier/Le Droit)
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- Date de création 10 février, 2025
- Dernière mise à jour 10 février, 2025