Élection fédérale: l’économie et l’immigration, du point de vue des femmes migrantes et des autochtones
La campagne pour l’élection fédérale 2025 porte notre attention sur divers enjeux, dont l’immigration et l’économie. Pour mieux comprendre la façon dont ces questions affectent les groupes minoritaires, Le Courrier est allé à la rencontre de deux leadeures communautaires.
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Jean-Philippe Giroux
IJL – Réseau.Presse – Le Courrier de la Nouvelle-Écosse
L’Association des femmes immigrantes de Halifax (IMWAH) est un organisme sans but lucratif qui «s'engage à assurer l'intégration holistique des femmes et des filles immigrées et migrantes dans la province».
Les nouvelles arrivantes ont les mêmes problèmes que toutes les femmes, mais ces problèmes sont amplifiés, en raison de diverses difficultés, allant de l'accès aux services au sentiment de non-appartenance, explique Joanna Strzelec-Stewart, coprésidente du conseil d'administration de l'IMWAH.
De nombreux immigrants de la province sont issus de la catégorie économique, qui est légèrement genrée, précise Mme Strzelec-Stewart, et la majorité des candidats primaires sont des hommes.
«Souvent, nous constatons que leurs professions (des migrantes) ne sont pas les plus recherchées ou qu'elles ne sont pas facilement accessibles parce qu'elles nécessitent des certifications, des autorisations», dit-elle.
L'association demande aux partis politiques de ne pas réduire le financement et le soutien qui leur est destiné, de les tenir au courant et de les aider à faire le travail.
«En fin de compte, nous faisons en quelque sorte le travail du gouvernement. Les femmes immigrées sont apparues ici grâce à la politique d'immigration du Canada, et le Canada est en train de régler de nombreux problèmes liés aux politiques d'immigration, qu'il s'agisse de la main-d'œuvre ou d'autres aspects.»
Ottawa a pris la décision, en mars, de supprimer le ministère des Femmes et Égalité des genres, qui était le principal bailleur de fonds pour les organismes comme IMWAH.
«Toute réduction de ce type est très, très préoccupante, lance-t-elle. Comme nous ne recevons pas de financement de base, tout est basé sur des projets. Notre capacité à soutenir l'organisation, à continuer à employer le personnel dont nous disposons est donc sérieusement compromise.»
À lire aussi: L’AFFC dénonce la suppression du ministère des Femmes et Égalité des genres Canada
Des questions distinctes
Joanna Strzelec-Stewart insiste sur le fait que l'immigration et le soutien aux organisations de femmes sont des questions distinctes.
Les coupes dans le domaine de l'immigration sont problématiques, dit-elle, parce qu'elles perturbent le regroupement familial et la planification à long terme.
Dans le cadre d’un nouveau plan d’immigration, le gouvernement canadien a réduit le nombre prévu de nouveaux résidents permanents à 395 000 pour cette année, soit une baisse de 18,5 % par rapport à 2024.
Ce nombre baissera encore à 380 000 en 2026, puis à 365 000 en 2027. Le gouvernement veut ainsi ralentir la croissance de la population d’environ 0,2 % au cours des deux prochaines années.
En 2024, le gouvernement fédéral a déclaré qu’il allait diminuer le nombre de permis d’études de 35 % et, en septembre, il a annoncé qu’il allait réduire encore de 10 % le nombre de visas pour les étudiants étrangers.
Le nouveau nombre prévu pour cette année et l’année prochaine est de 437 000 permis. En 2024, l’objectif était de 485 000 permis.
Mme Strzelec-Stewart note que, si les universités servent de voie d'accès indirecte à l'immigration pour les étudiants étrangers, cette voie est désormais restreinte.
Elle remarque toutefois qu'il existe une relation entre les niveaux d'immigration et les pressions exercées sur le logement et les soins de santé.
«Mais nous constatons également que ces changements soudains, drastiques, ont un effet perturbateur sur la vie et la planification à long terme des familles», nuance-t-elle.
Autochtone en milieu urbain
L'Association nationale des centres d'amitié, un réseau de plus de 100 associations et centres d’amitiés, regarde de près les plateformes électorales concernant le soutien aux communautés autochtones.
«Mais en particulier, nous cherchons toujours à savoir comment cela affectera les organisations de la société civile autochtone et les communautés autochtones urbaines», précise la directrice générale de l’association, Jocelyn Formsma.
Elle ne sait pas exactement ce qu'il adviendra du dossier de la réconciliation, étant donné que de nombreuses politiques autochtones ont été reléguées au second plan, au profit d'autres questions, telles que le développement économique et la préservation de l'économie canadienne.
Il est impératif pour elle qu’on se concentre sur les travailleurs et la manière dont la crise économique va les affecter.
«Mais ce que j'espère et ce sur quoi nous essayons de travailler avec d'autres organisations, c'est de faire en sorte que les services d'aide dont les gens vont dépendre soient également soutenus par les fonds d'aide qui pourraient être annoncés.»
Elle rappelle que, durant la pandémie, il y a eu une demande plus importante de la part des organismes de prestation de services, «mais très peu de reconnaissance du rôle qu'elles jouent dans le soutien des communautés en période de difficultés économiques, lorsque les gens sont licenciés, que la nourriture, le loyer et d'autres choses deviennent plus chers».
L'association n'a pas constaté de baisse de la demande de ces services au cours des cinq dernières années. «Ce que nous prévoyons, c'est que les besoins vont perdurer et probablement augmenter un peu, surtout si nous devons faire face à des périodes économiques plus difficiles.»
L'Assemblée des Premières Nations a publié un document présentant ses priorités pendant la période électorale, l'une d'entre elles étant la prestation de services de développement social complets pour plus de 600 communautés des Premières Nations.
Mais les besoins de développement social dans les zones urbaines, où se trouvent les centres d’amitié, sont différents.
L'Association attend toujours le renouvèlement du programme urbain pour les populations autochtones. Le dernier s'est terminé le 31 mars. Le programme a été prolongé d'un an, mais aucune prolongation de financement n'a été annoncée.
La directrice générale craint que ces programmes et services vitaux ne disparaissent du radar, et que «ce sera à nos centres d'amitié locaux et à nos régions de prendre le relai».
+++Encadré+++
Promesses électorales
Les libéraux prévoient porter à 10 milliards de dollars le budget du Programme de garantie de prêts pour les Autochtones, en élargissant son champ d’application à des projets au-delà de ceux centrés sur l’énergie et les ressources naturelles.
Le Parti conservateur du Canada, s’il est élu, encouragerait les dirigeants des communautés autochtones à approuver des projets énergétiques sur leurs terres, tels que des pipelines et des projets miniers.
De plus, une autre promesse des conservateurs serait de permettre aux entreprises de verser une portion de leurs impôts fédéraux directement aux Premières Nations locales, au lieu de la remettre entièrement au gouvernement fédéral. Ensuite, ces communautés autochtones auraient le pouvoir de décider comment utiliser cet argent, selon leurs priorités.
De son côté, le Nouveau Parti démocratique veut garantir l’eau potable, protéger les droits autochtones dans les accords commerciaux, collaborer sur la vente de minéraux, améliorer les soins de santé autochtones et réformer le programme Nutrition Nord.
Les Verts s’engagent à investir dans la justice réparatrice, appliquer les appels à l’action sur les droits autochtones, abolir la Loi sur les Indiens, soutenir la recherche sur les pensionnats, réserver 5 % des contrats fédéraux aux entreprises autochtones et accroitre leur participation aux projets industriels via un financement accru.
Le Parti populaire du Canada examinerait des possibilités pour remplacer la Loi sur les Indiens et évaluerait des façons d’encourager l’introduction de droits de propriété individuels dans les réserves.
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- Nombre de fichiers 3
- Date de création 24 avril, 2025
- Dernière mise à jour 24 avril, 2025