Du papier au numérique, d’une génération à l’autre

Martial Séguin, 70 ans, et Jean Philippe Bisson, 18 ans, ont tous les deux été accrochés au Droit par la voie du journal papier. Le plus jeune a déjà entamé sa transition numérique depuis quelques années. De son côté, M. Séguin n’a jamais consulté le site web ni l’application. Discussion entre deux générations engagées envers l’actualité locale.

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Charles Fontaine

IJL – Réseau.Presse – Le Droit

Attablé au Café Joyeux de Rockland, coiffé d’un béret, journal à la main, accompagné d’un café filtre, Martial Séguin semble tout reposé. Le journaliste arrivé quelque peu en retard pour l’entrevue s’excuse d’emblée.

«Est-ce que j’ai l’air de quelqu’un qui regarde l’heure et qui est attendu quelque part?», rétorque le retraité, pour nous mettre à l’aise.

Le bavard a grandi dans la francophonie ottavienne, tout d’abord dans l’ancien quartier francophone de Cyrville et ensuite tout près de l’Hôpital Montfort. Il est installé à Rockland depuis 1992. La lecture du Droit est une habitude ancrée depuis son adolescence dans les années 1960 et qu’il n’a jamais quittée. Fils de parents engagés dans plusieurs associations franco-ontariennes et petit-fils d’un excommunié dans la foulée de la crise de la conscription en 1917, la défense de la langue française lui tient à cœur.

Tous les samedis matin, tôt, parfois en croisant le camelot vers 3h30, il débute sa journée en ouvrant son Droit. Quoique le journal contienne quelques nouvelles parues durant la semaine, pour lui, ce sont des nouvelles fraîches. Il étale sa lecture pendant les jours qui suivent.

«Je commence toujours avec la section des arts pour voir les suggestions musicales», raconte-t-il.

La disparition du journal papier, de l’unique média qu’il consulte, lui fait inévitablement un certain pincement au cœur. Il ne cessera pas de consulter l’actualité du média francophone pour autant.

«Tout avance, tout se transforme, énonce-t-il. Je ne serai pas en petite boule par terre à pleurer. On a un système Smart Home à la maison, mais le bonhomme n’est pas smart comme la home. Je vais installer l’application sur ma tablette, mais il va falloir que mon fils m’aide.»

Enflammé par des curds

De son côté, Jean Philippe Bisson consulte Le Droit depuis la deuxième année du primaire. Fils d’une famille abonnée au média depuis des générations, il lisait le journal papier tous les matins en déjeunant. L’événement qui a solidifié sa fidélité est cependant la une du 4 février 2013, qui relate l’incendie qui a ravagé la Fromagerie Saint-Albert.

«J’étais attaché aux curds», dit-il.

Dix ans plus tard, dans l’édition spéciale du 110e anniversaire du journal, c’est lui qui est mis en vedette dans un article du collègue Jean-François Dugas sur l’engagement des jeunes franco-ontariens.

«Je trouve ça beau ce cycle-là», énonce l’ancien président de la Fédération de la jeunesse franco-ontarienne (FESFO).

Depuis que le journal n’est livré que le samedi, il ne consulte presque plus le format papier. Sa journée débute avec l’infolettre, où il peut s’informer sur les grandes nouvelles du jour, et bifurquer vers d’autres articles qui l’intéressent.

«Je veux lire les nouvelles fraîches, le jour même, soutient-il. Je me retrouve aussi plus facilement à travers les catégories sur l’application et c’est plus facile de choisir ce que je veux lire.»

Le jeune homme prend plaisir à expliquer à M. Séguin le fonctionnement de l’application, qu’il consulte dans l’autobus en allant à l’université.

«Dans l’application, il y a Le Droit Franco, que je lis beaucoup, soulève l’étudiant en gestion et en droit de l’Université d’Ottawa. Il faut y aller par petits pas sur l’application. Tu ne peux pas faire d’erreurs, ce n’est qu’une adaptation.»

«Sur le web, c’est aussi plus facile de retrouver l’article par la suite et de le partager», ajoute-t-il.

«Moi je les découpe et je les apporte à mes enfants», répond M. Séguin.

D’abord s’informer

Avant la question du format choisi pour suivre l’actualité, vient en premier lieu l’habitude de s’informer par les médias locaux, primordiale pour nos deux lecteurs.

«Je me sens bien face à la transition, dit Martial Séguin. Tout s’apprivoise. Si j’en suis capable, les jeunes le sont aussi.»

Ce point vient toucher une corde sensible chez Jean Philippe. Dans son entourage, plusieurs jeunes de son âge ne s’informent pas et ne sont pas au courant de ce qui se passe dans le monde, dans leur région.

«Il n’y a rien de plus insultant pour moi, lance-t-il. On ne peut même pas parler de l’actualité parce que la personne ne s’y intéresse pas. Je n’ai pas vraiment de solutions pour ça. Je lis Le Droit parce qu’il fait la couverture de ce que je veux lire, en français.»

«Si les jeunes sont plus sur le format numérique, ils devraient plus suivre l’actualité, qui est en ligne maintenant», ajoute-t-il.

Le militant franco-ontarien, résident de Cumberland, est accroché par cette même identité que son journal affiche.

«En étant impliqué au sein de ma communauté et en suivant les nouvelles, je peux voir ce qu’il faut faire pour améliorer la société.»

Martial Séguin remarque cette même habitude qui le chicote chez sa fille et ses petits-enfants, qui «font leur propre actualité», décrit-il.

«Ils préfèrent passer leur temps sur les réseaux sociaux et montrer leur vie qu’à s’intéresser à ce qui se passe dans le monde», remarque-t-il.

Bien qu’il ait délaissé le papier depuis plusieurs années, Jean Philippe Bisson est empreint de nostalgie face à ce changement d’ère.

«J’ai commencé à suivre l’actualité avec un journal et je vois ça partir, dit-il. La transition a été rapide pour moi, mais certains ont passé leur vie accompagnés d’un journal papier. Il faut seulement continuer à s’adapter.»

«Le samedi, je vais regarder dehors pour constater l’absence du journal, blague M. Séguin. Je vais sortir ma tablette et défiler l’écran plutôt que de tourner les pages, c’est tout. Je vais m’y faire.»

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Photos

Jean Philippe Bisson, 18 ans, et Martial Seguin, 70 ans, sont tous les deux des lecteurs assidus du Droit depuis leur enfance. (Etienne Ranger/Le Droit )

Jean Philippe Bisson et Martial Séguin ont tous les deux leur propre rituel de lecture de l'actualité. (Etienne Ranger/Le Droit )

Jean Philippe Bisson démarre toujours sa journée en consultant l'infolettre du Droit. (Etienne Ranger/Le Droit )

  • Nombre de fichiers 4
  • Date de création 8 janvier, 2024
  • Dernière mise à jour 8 janvier, 2024
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