Des victimes de prêtres pédophiles exigent des réponses de la GRC

Des années 1950 aux années 1980, des prêtres catholiques ont commis une multitude d’abus sexuels sur de jeunes garçons au Nouveau-Brunswick, notamment dans la région de Cap-Pelé. Après la sortie en 2020 du documentaire Le Silence de Renée Blanchar, qui traite de la situation, une question demeure toujours : pourquoi les forces policières ne sont jamais intervenues pour empêcher ces gestes inconcevables? Victor Cormier, l’une des victimes présentes dans le documentaire, veut aller au fond de cette histoire.
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Steve Legault

IJL – Réseau.Presse – Le Moniteur Acadien

«Depuis que j’ai l’âge d’un homme, j’ai réalisé que la police n’a peut-être pas assez enquêté sur la situation», raconte l’homme qui a été l’une des nombreuses victimes du père Camille Léger, prêtre dans la région à l’époque.

Dans la foulée des accusations qui ont majoritairement été portées au début des années 2010 et devant le succès et la portée du documentaire de Renée Blanchar, Victor Cormier souhaite désormais faire sa propre enquête afin de comprendre pourquoi la Gendarmerie royale du Canada (GRC) n’a pas agi à l’époque.

«La dernière plaie à ouvrir»

Alors qu’il vient tout juste de terminer un long processus judiciaire contre l’archidiocèse de Moncton, Victor Cormier s’apprête à se relancer dans un processus qui pourrait à nouveau s’éterniser.

«J’ai déposé une poursuite [en 2012] contre l’archidiocèse de Moncton, Cap-Pelé étant une division de Moncton. [Ce dossier s’est réglé] le 3 octobre dernier, après huit ans de poursuite. J’ai accepté une offre qu’ils m’ont faite pour “payer pour mes souffrances”», explique-t-il.

«Je ne suis pas vraiment satisfait. Ç’a drôlement été fait. On dirait qu’on n’a pas eu toutes les réponses qu’on aurait aimé avoir», ajoute toutefois Victor Cormier.

Ces réponses, il espère cette fois-ci les obtenir dans le cadre de ses démarches auprès de la GRC.

«C’est la dernière plaie à ouvrir. C’est la dernière chose qu’on veut savoir. On aimerait avoir des réponses de la GRC sur toute la ligne : pourquoi ils n’ont pas décidé d’intervenir? [Camille Léger] est resté prêtre durant 26 ans et personne ne lui a mis de bâtons dans les roues», déplore Victor Cormier.

En compagnie de deux autres victimes du père Camille Léger, il s’est rendu le lundi 31 mai aux bureaux de la division néo-brunswickoise de la GRC, à Fredericton, afin de demander une réunion en personne avec des hauts placés de l’organisation. Au moment d’écrire ces lignes, on ignorait encore les résultats de cette demande.

Les victimes ont également soumis à la GRC une demande en vertu de la Loi sur l’accès à l’information afin d’obtenir des réponses à leurs questions.

Que savait la GRC?

Paryse Suddith, présidente des Productions et services juridiques de la Vieille Rivière, accompagne Victor Cormier et ses acolytes dans le processus. Elle explique que la demande d’accès à l’information concernera précisément les périodes du 1er janvier 1960 au 24 mai 2001, ainsi que du 25 mai 2001 au 25 mai 2021.

Avec cette demande, les victimes espèrent avoir davantage d’information sur ce que la GRC savait à l’époque des abus sexuels commis par des prêtres, sur la manière dont ils ont traité l’information et sur l’enquête qui a eu lieu.

Dans sa requête, le groupe demande à voir tous les documents liés aux plaintes et à des informations reçues par la GRC au sujet d’agressions sexuelles présumées par des membres du clergé au Nouveau-Brunswick en général, mais plus précisément à Cap-Pelé.

Les demandeurs veulent aussi avoir accès à tous les enregistrements de communication entre la GRC provinciale et tout diocèse de l’Église catholique au Nouveau-Brunswick ; à tous les dossiers relatifs à Camille Léger détenus par la GRC ; à tous les dossiers détenus par la GRC concernant des membres du clergé ou des femmes de tout diocèse de l’Église catholique du Nouveau-Brunswick ; ainsi qu’à tous les avis juridiques demandés et/ou reçus concernant le sujet.

Paryse Suddith a senti le besoin de s’impliquer puisque, sans nécessairement être elle-même victime, elle a été proche d’histoires semblables, mais à Saint-Quentin, au nord-ouest de la province. Encore une fois, de jeunes garçons étaient visés par ces actes de pédophilie.

«Je les aide en tant que bénévole et en tant que citoyenne concernée, qui trouve ça complètement aberrant ce qui s’est passé en Acadie pendant ces années-là! Je viens de Saint-Quentin, on a eu un prêtre aussi qui a dû faire face au système pénal, mais qui s’en est sorti. Il a été trouvé inapte à subir son procès après des années d’enquête et une poursuite pénale», raconte celle qui a une vaste expérience en droit.

«Un moment donné, il faut qu’on se roule les manches pis qu’on arrête de tourner en rond dans ces dossiers-là. Le documentaire de Renée Blanchar a permis d’ouvrir la plaie publiquement pour qu’elle guérisse», ajoute Paryse Suddith.

Un silence qui a trop duré

Le documentaire Le Silence raconte l’histoire derrière les abus sexuels de nombreux prêtres dans plusieurs villages francophones du Nouveau-Brunswick, dont Cap-Pelé, entre les années 1950 et les années 1980. Ce long-métrage aborde le silence qui est trop souvent présent dans des histoires comme celles soulevées.

Les scandales et histoires présentés dans le documentaire ont été mis au grand jour alors que la majorité des victimes étaient dans la cinquantaine et profondément marquées par ces épreuves. Le Silence a remporté quelques honneurs, dont le prix du meilleur film franco-canadien lors des Rendez-vous Québec Cinéma 2021.

Le père Camille Léger, qui a commis des gestes d’agression sexuelle sur les victimes qui sont au cœur de cette nouvelle saga juridique, a été prêtre de la paroisse Sainte-Thérèse d’Avila de 1957 à 1980. C’est bien longtemps après sa mort que les victimes ont rompu le silence et que son nom a été retiré, en 2012, de l’aréna de Cap-Pelé. Une autre présumée victime de Camille Léger s’est manifestée tout récemment.

Pour sa part, Victor Cormier espère trouver des réponses à ses questions et comprendre une bonne fois pour toutes comment les agresseurs ont pu sévir aussi longtemps : «Je veux savoir ce qui s’est passé et pourquoi ce cochon-là a pu abuser des jeunes pendant plus de 26 ans», martèle-t-il, déterminé à aller au bout de cette nouvelle enquête.

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Photos :

0530 IJL Moniteur Acadien_Abus sexuels prêtres NB_Victor Cormier_Cr. Courtoisie : Victor Cormier, une des victimes du père Camille Léger et instigateur de la démarche. (Crédit : Courtoisie)

0530 IJL Moniteur Acadien_Abus sexuels prêtres NB_Paryse Suddith_Cr. Courtoisie : Paryse Suddith, présidente des Productions et services juridiques de la Vieille Rivière. (Crédit : Courtoisie)

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  • Date de création 4 juin, 2021
  • Dernière mise à jour 3 juin, 2021
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