Des scientifiques canadiens en Antarctique pour étudier le changement climatique
La Marine canadienne a eu l’occasion d’opérer la première mission entièrement canadienne en Antarctique afin d’effectuer de la recherche scientifique sur les effets du changement climatique, d’un pôle à l’autre.
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Jean-Philippe Giroux
IJL – Réseau.Presse – Le Courrier de la Nouvelle-Écosse
Régie à l’échelle internationale par le Traité sur l'Antarctique (1959), ce continent n’appartient à aucun État. Les excursions sur son territoire sont consacrées au maintien de la paix, mais aussi à la recherche scientifique.
Dans le passé, les Canadiens ont contribué à plusieurs missions menées par d’autres nations, mais n'ont jamais mené leur propre expédition.
Enfin, jusqu'à maintenant. «[C'était] le temps de rassembler les universités, les différents départements fédéraux, puis de faire une mission multidisciplinaire pour qu'on puisse montrer un leadeurship canadien à l'international dans la recherche en Antarctique», précise Alexandre Normandeau, chercheur scientifique en géoscience marine de la Commission géologique du Canada, à Dartmouth.
Il explique que le Canada a un problème d’accès aux navires de recherche. Le gouvernement actuel est en train de pallier ce problème avec la construction de nouveaux navires, mais certes, le retard fait en sorte que beaucoup de chercheurs se fient aux missions internationales.
«Sauf que quand on fait ça, on se joint à leur programme de recherche. Donc, on ne crée pas notre programme de recherche. C'est ce qu'eux autres ont envie de faire, puis est-ce qu'on peut les aider, est-ce qu'on peut trouver une façon de collaborer avec eux.»
Le deuxième défi concerne l’obtention et l’accessibilité des échantillons. «Quand on joint des missions allemandes ou britanniques, tous les échantillons qui sont récoltés retournent dans leur pays respectif, puis, nous, on voyage dans ces institutions-là pour travailler sur ces échantillons-là.
«Les échantillons ne viennent pas nécessairement au Canada. Donc, c'est plus difficile de pouvoir travailler dans ces conditions-là.»
L’accès à une meilleure flotte pourrait montrer aux autres pays que le Canada est capable de mener ses propres missions scientifiques, puis, éventuellement, d’inviter d’autres pays à s’y joindre.
Une mission, plusieurs recherches
À bord du navire de patrouille extracôtier NCSM Margaret Brooke, chacun des scientifiques s’est focalisé sur un sujet de recherche en particulier, notamment en océanographie, en géologie ou en étude des contaminants.
Des questions de recherches ont été développées au courant de l’automne, en fonction de l’espace disponible pour l’équipement et les outils, et donc ce qu’ils étaient en mesure d’accomplir avec ce navire.
Pour sa part, le scientifique Alexandre Normandeau a étudié et échantillonné les zones côtières tout près des glaciers, et ce, dans le but de reconstruire l’évolution glaciaire dans la région et de constater son influence sur la formation des fonds marins.
«On sait que, dans l'Antarctique et l'Arctique, il y a une amplification polaire [...] mais on sait aussi qu'il y a eu des changements climatiques ou environnementaux au courant des 10 000 dernières années qui ont fait fluctuer l’avancée et le retrait des glaciers», explique M. Normandeau.
Ces échantillons de sédiments permettront de retracer les changements passés afin d’observer, par exemple, la hausse des températures au fil du temps.
Par exemple, s’il y avait, il y a 2000 ans, une augmentation de 1°C, ce serait de savoir de quelle manière le glacier a répondu à ce changement et de quelle façon les glaciers d’aujourd’hui répondent à une situation semblable.
Quelque 15 scientifiques ont pris part à la mission scientifique de fin-février, à destination des iles Shetland, plus précisément sur la côte ouest de la péninsule antarctique, afin de connaitre davantage sur le changement climatique et les extrêmes polaires.
M. Normandeau fait comprendre que l'Antarctique est un endroit idéal pour étudier ce qui se passe en Arctique, puisque les glaciers en Antarctique sont moins reculés qu’à l’autre extrême du globe. «Ça nous permet de remonter dans le temps pis de comparer.»
La fonte rapide de l’Arctique est causée par la perte de surfaces blanches sur lesquelles reflète la lumière. Plus la neige et la glace fondent, plus l’on voit la surface sombre de l’océan, qui absorbe donc plus de rayons du soleil, contribuant ainsi à un réchauffement additionnel.
Des écosystèmes en changement
Par l’entremise de cette mission, les scientifiques souhaitent approfondir leurs connaissances en ce qui concerne les changements de la température, mais aussi de la chimie et du biote des océans.
Cette région polaire, peu connue pour sa verdure, connait une multiplication végétative depuis les dernières décennies, dans des endroits comme la baie de Maxwell, où l’on découvre, entre autres, plus d’algues et de lichens.
L’équipe scientifique s’intéresse également à la façon dont ces zones sont touchées par la pollution, causée par la circulation de contaminants de la haute mer et de l’atmosphère, à savoir le mercure, les microplastiques et les polluants organiques persistants (POP).
«Le mercure est très stable dans l'atmosphère et parcourt de longues distances au gré des courants atmosphériques, depuis les sources d'émission jusqu'à des régions éloignées, comme l'Arctique et l'Antarctique», développe Alexandra Steffen d’Environnement et Changement climatique Canada.
«Le mercure peut rester dans l'air de six à douze mois, ce qui en fait un polluant mondial. Il se dépose également de l'atmosphère vers les océans, où il peut rester très longtemps.»
Pour les POP, il y a ce qu’on appelle l’effet sauterelle, qui affecte l’Antarctique en particulier. Ces polluants sont libérés dans l'environnement, certains s'évaporant dans l'air dans les climats chauds et voyageant dans l'air jusqu'aux régions tempérées.
L’hiver arrivé, ils passent de l'air au sol. Lorsque le temps se réchauffe, ils retournent dans l'air et aboutissent dans les régions polaires, agissant ainsi comme des sauterelles.
«De nombreux POP sont solubles dans l'eau et ont tendance à voyager beaucoup plus facilement dans les océans et avec les courants marins que dans l'atmosphère, ajoute-t-elle. Ces produits chimiques finissent par se retrouver dans l'environnement polaire, où ils sont alors "coincés" dans l'environnement gelé.»
Mme Steffen insiste sur le fait qu’il ne s’agit pas d’un phénomène simple à comprendre, puisque chaque type de contaminant se comporte différemment dans l'environnement. Or, ils sont regroupés dans une même classe, car «ils peuvent tous parcourir de longues distances, loin des sources d'émission, peuvent se bioaccumuler et se bioamplifier dans l'environnement, et sont nocifs pour la faune et la flore et, finalement, pour l'homme».
Les résultats de recherche de cette expédition canadienne seront publiés dans un futur proche, soit dans un an ou deux, informe Alexandre Normandeau.
- Nombre de fichiers 5
- Date de création 10 avril, 2025
- Dernière mise à jour 10 avril, 2025