Des pharmacies de plus en plus sollicitées

La Voix acadienne - Face à des médecins de famille surchargés, le gouvernement de l’Île-du-Prince-Édouard renforce le rôle des officines. Les pharmaciens peuvent désormais diagnostiquer et traiter certaines des pathologies les plus courantes. Un système qui fonctionne, selon les spécialistes, à condition que les professionnels de santé collaborent et se partagent les informations des dossiers médicaux. 

 

Marine Ernoult / IJL – Réseau.Presse – La Voix acadienne

Le nombre de Prince-Édouardiens sans médecins de famille atteint des sommets à l’Île-du-Prince-Édouard (Î.-P.-É.). Dans la province, 22 % de la population est en attente, soit quelque 38 000 personnes.

Pour pallier cette pénurie de docteurs, le gouvernement provincial se tourne de plus en plus vers les pharmacies. Depuis l’automne 2022, le programme Pharmacie Plus autorise les pharmaciens à diagnostiquer certaines affections communes et à prescrire les traitements nécessaires. 

Le ministère de la Santé a dressé une liste de 35 maladies bénignes allant des hémorroïdes au mal de gorge en passant par les infections urinaires sans complications. Plus de 21 000 personnes ont profité du programme durant les six premiers mois après son lancement. 

«Il y a de très bons retours des patients, qui peuvent avoir facilement accès et sans attendre à un praticien pour un diagnostic», assure Erin MacKenzie, directrice générale de l’Association des pharmaciens de l’Î.-P.-É. 

Désengorger les salles d’urgence 

Dans la province voisine de la Nouvelle-Écosse, les pharmacies offrent également des rendez-vous gratuits aux patients qui veulent une médication pour des maladies mineures ou chroniques.

«Cela a donné de bons résultats, les statistiques montrent que cela permet d’éviter aux gens d’aller aux urgences alors qu’ils n’en avaient pas besoin», observe Erin MacKenzie. 

«Il s’agit d’un modèle efficace qui renforce le rôle de chaque professionnel de santé et désengorge les salles d’urgence, de plus en plus confrontées à des patients ayant des problèmes de santé mineurs», confirme l’urgentologue et professeur à l’Université de Montréal, Abdo Shabah.

Le spécialiste explique qu’il s’agit d’un système mis en place depuis au moins vingt ans aux États-Unis.

À l’Î.-P.-É., Erin MacKenzie se montre favorable à l’implantation de ce type de clinique : «Nous sommes toujours prêts à trouver des moyens de mieux répondre aux besoins du public.»

Limite de compétences  

Abdo Shabah mentionne par ailleurs «la facilité d’accès» des pharmacies : «Elles ont l’avantage d’être ancrées au cœur de la communauté, d’avoir des horaires flexibles et d’être ouvertes tard le soir.»

L’urgentologue insiste néanmoins sur le besoin de «coordination» et de «collaboration» entre les différents fournisseurs de soins pour assurer une bonne prise en charge des malades. 

Il évoque notamment la création de plateformes d’échange d’informations, ou encore la possibilité pour les pharmaciens d’avoir accès au dossier médical des patients. 

«La complémentarité est un défi, il y a beaucoup de résistances au changement et les barrières sont difficiles à briser, reconnaît Abdo Shabah. C’est pourtant essentiel si l’on veut avoir un modèle intégré et un continuum de soins.»

L’autre limite, selon lui, a trait à la compétence des pharmaciens. «Ils vont vouloir aller plus loin que leurs compétences. Pour que ça marche, on doit leur donner un mode d’emploi très clair», prévient-il. 

De son côté, Erin MacKenzie préfère parler du «bon prestataire au bon moment et au bon endroit» : «Il y a tellement de gens qui ont besoin de soins de santé, il est très important que tous les professionnels, y compris les pharmaciens, puissent utiliser l’intégralité de leur formation.»

Une seule certitude, quelles que soient les aptitudes et les qualifications des pharmaciens, ils ne pourront jamais remplacer les médecins de famille.  

  

 

PHOTOS :  

1- Abdo Shabah est urgentologue et professeur à l’Université de Montréal. (Photo : Gracieuseté)

2- Erin MacKenzie est directrice générale de l’Association des pharmaciens de l’Î.-P.-É.  (Photo : Gracieuseté)

 

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  • Date de création 12 juillet, 2024
  • Dernière mise à jour 12 juillet, 2024
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