Des musées en quête d’argent
La Voix acadienne - Les nombreux musées de l’Île-du-Prince-Édouard sont confrontés à des difficultés économiques. Les acteurs du secteur réclament plus de financements pérennes pour soulager les bénévoles, embaucher des salariés à l’année et mettre davantage en valeur les collections.
Marine Ernoult / IJL – Réseau.Presse – La Voix acadienne
«L’aspect monétaire est toujours un défi. La plupart des musées communautaires sont saisonniers, car ils n’ont pas le budget suffisant pour engager un gestionnaire à l’année», déplore la directrice de l’Association des musées communautaires de l’Île-du-Prince-Édouard, Johanne Vigneault.
L’organisme regroupe une soixantaine de sites et musées patrimoniaux, qui tirent la majeure partie de leurs revenus des droits d’entrée, des donations, des achats dans les boutiques attenantes et des subventions publiques.
Chaque année, la province alloue 300 000 dollars de subventions aux musées pour leur permettre de prendre soin de leurs collections, de monter des expositions, ou encore de développer des programmes éducatifs et d’interprétation. Ottawa offre de son côté des fonds qui permettent de payer des emplois d’été étudiants.
«Ça reste insuffisant, souligne Johanne Vigneault. On a besoin de financements plus stables et de programmes d’ai-de pour employer des gens de manière permanente, et pas seulement six mois pendant la saison touristique.»
La communauté au secours
Lorsqu’un musée nécessite des rénovations, en l’absence de fonds dédiés, les responsables doivent bien souvent compter sur le soutien de la communauté.
«On se demande toujours “est-ce qu’on va y arriver?” Les gens sont obligés de couvrir les dépenses et de faire eux-mêmes les travaux», confirme Johanne Vigneault.
Le directeur général du Musée et de la Fondation du patrimoine de l’Île-du-Prince-Édouard, Matthew McRae, parle également de «challenge pour trouver des sources de revenus.» La société de la Couronne provinciale rassemble sept musées, dont trois sont ouverts toute l’année.
Le responsable évoque les droits d’entrée, les donations, les achats en boutique, les subventions provinciales et fédérales, autant de manières «de réussir à payer les factures et les quelque 70 employés.»
«Nous sommes reconnaissants des fonds alloués par la province et le fédéral, mais on a tellement de travail à faire, tellement d’immeubles à maintenir, ça peut être difficile», partage-t-il.
Les musées, créés dans les années 1970, commencent en effet à dater. «On veut essayer de les rafraîchir, moderniser les parcours d’interprétation, pour créer plus de liens avec la communauté et attirer des écoles», explique-t-il.
Des bénévoles vieillissants
Aux yeux de Matthew McRae, les gouvernements ont tout intérêt à investir dans le secteur culturel : «D’un point de vue économique, il y a un vrai retour sur investissement. On parle de lieux qui attirent des visiteurs, créent un sens de la communauté.»
La province semble en avoir pris conscience : elle a récemment débloqué 1,8 million de dollars afin d’acquérir et d’aménager un lieu où seront entreposées les collections d’objets culturels et naturels de l’île-du-Prince-Édouard.
Au-delà du manque chronique d’argent, les musées sont confrontés à un certain épuisement des bénévoles.
«C’est grâce à des passionnés qu’on a autant d’institutions ouvertes, ils donnent énormément de leur temps et de leur énergie. Mais beaucoup vieillissent et ne sont pas toujours en bonne santé», observe Johanne Vigneault.
«On a besoin de trouver un nouveau modèle, d’assurer la relève, pour que les sites continuent à fonctionner dans le futur» abonde dans le même sens Matthew McRae.
Johanne Vigneault appelle ainsi à revaloriser les emplois et les salaires dans le monde culturel et muséal, afin d’attirer plus de jeunes.
PHOTOS :
1- Matthew McRae veut attirer plus d’insulaires : «C’est important de connecter avec la communauté, les musées ont un rôle social important à jouer.» (Photo : Marine Ernoult)
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- Date de création 26 mai, 2025
- Dernière mise à jour 26 mai, 2025