Des grillons aux atocas, cette année ?

Des grillons aux atocas, cette année ?

Et si, l’espace d’un instant, on oubliait tourtières, ragoûts, dindes farcies, huîtres et bûches pour imaginer un réveillon avec des aliments alternatifs ? Le bonheur est peut-être dans les nouvelles protéines.

André Magny

Initiative de journalisme local – APF - Ouest

Mais qu’est-ce qu’on entend par aliment alternatif ? Que ce soit de la farine de grillon, des grignotines de pois chiches, de l’huile de caméline, des croustilles d’algue ou des galettes de légumineuses, c’est un peu tout ça l’alimentation alternative. Avec toutefois une grande tendance qui se démarque : la protéine végétale. C’est cette même protéine qui est utilisée dans certaines chaînes de restauration rapide et qui s’affiche aux côtés des hamburgers traditionnels.

Le producteur de bisons fransaskois Michel Dubé considère aussi son élevage de Prince Albert comme une forme de solution de rechange au bœuf produit à grande échelle, avec des méthodes axées davantage sur le rendement industriel que sur le respect de l’animal et la qualité d’une viande nourrie de manière plus écoresponsable.

Dubé donne aussi d’autres exemples d’aliments produits en Saskatchewan et qu’on retrouve maintenant dans le commerce ou chez les petits producteurs. C’est le cas des sangliers, des petits fruits comme l’argousier, les saskatoons (fruits de l’amélanchier), les camerises ou encore le riz sauvage, ressemblant à une herbe, les graines de chanvre, l’échinacée, sans oublier les graines de moutarde vendues en France pour la moutarde de Dijon !

À Saskatoon, le Centre de développement de l’industrie alimentaire (Agri-Food Innovation Centre) est un autre exemple de la recherche axée sur l’innovation alimentaire. On y produit notamment du riz à base de protéine de pois. Dans les cuisines du Centre, on y concocte aussi des plats enrichis de protéines végétales et de fibres de lentilles, destinés aux cantines scolaires.

Un marché en expansion

Selon Statistique Canada, entre 1981 et 2011, « la superficie ensemencée en légumineuses a atteint 2,2 millions d’hectares en 2011, ce qui représente une superficie plus de 11 fois plus grande qu’en 1981 ». À l’heure actuelle, c’est en Saskatchewan que se cultivent le plus de légumineuses. À elle seule, la province produit plus de 95 % de la production de pois chiches au Canada. Quant au Manitoba et à l’Alberta, ces deux provinces arrivent en deuxième et troisième places derrière l’Ontario en ce qui a trait à la culture des haricots secs canadiens.

Statistique Canada explique cette réussite dans la production des légumineuses par le fait que les provinces des Prairies ont un avantage particulier « en raison des sols, du climat et de l’élaboration de réseaux d’innovation, comme le Crop Development Centre à l’Université de la Saskatchewan. »

Plus de 12 000 fermes sont maintenant spécialisées dans les légumineuses, deux fois plus qu’il y a 40 ans.

Au ministère albertain de l’Agriculture et des Forêts, la demande croissante de la part des consommateurs pour ce type de protéines est une chance en or pour les producteurs de l’Alberta de développer un marché en pleine croissance. Selon le ministère, la culture des légumineuses a rapporté en 2019 plus d’un demi-milliard de dollars, ce qui représente environ 7,5 % de l’ensemble des cultures (fruits et légumes confondus).

Selon des chiffres de Financement agricole Canada (FAC), en dépit d’un contexte mondial difficile en raison de la pandémie, les prix pour les six derniers mois de l’année oscillent autour de 481 $ la tonne pour les lentilles rouges en Saskatchewan et de 243 $ pour le blé de printemps saskatchewanais.

Malgré ces chiffres optimistes, Michel Dubé estime cependant que c’est parfois « difficile d’obtenir de l’aide des gouvernements, parce que souvent les producteurs de produits alternatifs sont plus petits, moins connus des marchés locaux. Ces productions ne tombent pas dans les “normes” prescrites des programmes de soutien gouvernementaux. »

Des marchés à développer

Malgré certains appels en France, il nous a été impossible d’avoir une confirmation de l’ouverture prochaine de l’entreprise française multinationale Roquette à Portage-La Prairie, au Manitoba. L’annonce avait été faite en début d’année de la construction de cette filiale française, annoncée comme la plus importante usine de transformation de pois en Amérique du Nord. L’entreprise bretonne est un leader mondial dans les nouvelles protéines végétales et dans le développement de marchés liés à l’alimentation, la nutrition et la santé.

Il n’y a pas que les Français qui partent à la conquête de l’Ouest. Les Québécois aussi. Pour preuve l’entreprise Näak, spécialisée dans la production de barres énergisantes faites à partir de farine de grillon. L’un des deux fondateurs de Näak, William Walcker explique que « la poudre de grillon est l’un de nos produits phares, qui est en croissance chaque année depuis 4 ans. Les insectes comme protéine alternative connaissent une énorme croissance et cela va durer sur les prochaines décennies. » Son associé, Minh-Anh Pham, est basé à Vancouver pour développer le marché de l’Ouest. 

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Bas de vignette

Avec sa conjointe Josée Bourgoin, Michel Dubé élève une soixantaine de bisons à Prince Albert, en Saskatchewan. Crédit : courtoisie de Michel Dubé.

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  • Date de création 21 décembre, 2020
  • Dernière mise à jour 21 décembre, 2020
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