Des élèves campent au froid pour mieux comprendre les réalités du sans-abrisme
Christian Gammon-Roy
IJL – Réseau.Presse - Tribune : la Voix du Nipissing Ouest
Pour la deuxième année consécutive, les élèves des 7e et 8e années de l'École élémentaire catholique Saint-Joseph ont participé à l'évènement Camper pour une cause, passant la nuit du jeudi 28 novembre dehors dans des abris de fortune sur le terrain de l’école. Organisé par l'enseignante Nina Perreault, l'événement vise à simuler les difficultés que traversent les personnes sans abri. Des activités étaient aussi proposées par les bénévoles du groupe d’aide aux sans-abris, No More Tears, et le service Canadian Shield Health Care de North Bay, également présent pendant la nuit. Toutes les activités servaient à faire comprendre aux enfants les réalités du sans-abrisme, selon Mme Perreault.
«L'année dernière, j'avais plus d'élèves qui portaient encore un peu de jugement [sur les sans-abris], mais cette année, ils comprennent beaucoup mieux les raisons pour lesquelles une personne peut se retrouver un jour sans domicile,» décrit l’enseignante à propos de l'évolution des attitudes depuis l'événement inaugural de l'année dernière. Elle dit avoir constaté un changement chez les élèves qui étaient présents l'an dernier en 7e année et qui revenaient cette année en 8e année, ajoutant que ces élèves ont fait un excellent travail en tant qu'ambassadeurs de l'événement. Non seulement il y avait plus d'élèves impliqués - environ 33 par rapport aux 21 de l'année dernière - mais Mme Perreault a même remarqué l'intérêt des élèves de 6e année qui sont impatients de s'impliquer l'année prochaine. Selon elle, ses élèves ont pris à cœur les leçons de l’activité et sont ressortis plus empathiques et compréhensifs, dit elle fièrement.
Bien que la base de l'activité soit de braver le froid pendant la nuit dans une tente, il y avait aussi une série de «défis», chacun avec une leçon à glaner. «La soirée a commencé par une activité appelée «charge lourde», organisée par No More Tears. On a demandé aux élèves d'apporter des sacs à dos, qui ont été remplis de bouteilles de boissons gazeuses et de jus de fruits. Les participants devaient garder leur sac sur eux en tout temps; s'ils le laissaient sans surveillance, le personnel le «volait», simulant le risque réel que courent les sans-abris de se faire voler leurs biens s'ils les laissent sans surveillance,» décrit Amanda Wells, de No More Tears. Mme Wells était présente toute la nuit avec quelques bénévoles de son organisme.
Pendant ce temps, les travailleurs sociaux du service Canadian Shield Health Care ont organisé une chasse aux trésors et le «défi du gant de cuisine», où les jeunes devaient ouvrir des emballages de produits alimentaires en portant des gants de cuisine pour simuler le manque de dextérité dû aux mains froides. La chasse aux trésors avait une particularité. «Lorsque nous travaillons avec des populations non logées (…), nous voyons souvent des gens fouiller dans des conteneurs, des poubelles derrière les commerces, ou des gens qui se promènent dans les rues pour fouiller dans les ordures ménagères des gens, ce genre de choses. L'une de nos activités a donc consisté à créer des poubelles dans lesquelles étaient cachés des objets de grande valeur, afin de démontrer ce que c'est que de fouiller parmi les ordures pour trouver quelque chose à manger,» explique Robin Cheslock, directeur des services de soins intégrés chez Canadian Shield.
Ces poubelles contenaient des produits alimentaires emballés, comme des gâteaux et autres, mais ces «trésors» étaient enterrés parmi de simples «déchets». M. Cheslock rassure sur la sécurité de l’activité. «Tout à l'heure, vous avez vu quelqu'un souffrir d’un haut-le-coeur en fouillant dans la poubelle, mais il ne s'agit que d'articles propres en réalité. Nous n'avons pas apporté de vraies ordures, nous avons juste fait un mélange de choses» simulant des ordures, assure-t-il. Parmi les faux déchets, il y avait des emballages déchirés et, pour ajouter un peu de réalisme, de la salade de pommes de terre et de la salade de chou, avec beaucoup de mayonnaise.
Apprendre les difficultés que vivent les sans-abris n'était pas le seul objectif. «Je veux simplement que les enfants réalisent que cela peut arriver à n'importe qui,» explique Mme Perreault. À cette fin, on a demandé aux élèves de se mettre en rang et d'avancer ou de reculer, selon qu'un énoncé s'appliquait ou non à eux. Les élèves commençaient tous au même point, mais faisaient un pas en arrière lorsqu'on leur demandait s'ils avaient déjà dû sauter un repas parce qu'il n'y avait pas de nourriture à la maison, ou faire un pas en avant si leurs parents avaient un véhicule fiable. En fin de compte, l'événement a montré qu'il peut y avoir des disparités même entre pairs, et que tout le monde n'a pas les mêmes expériences de vie, ni les mêmes avantages.
Lors d'une session de débriefing le lundi 2 décembre, M. Cheslock a renforcé ce point en partageant ses propres expériences. À un moment donné dans sa vie, après avoir perdu son emploi, il vu sa santé se détériorer et il a finalement été contraint de vivre dans sa voiture. Il a expliqué que parfois, même des fondations apparemment solides peuvent s'effondrer et conduire une personne au sans-abrisme.
C'est au cours de cette session de débriefing que les élèves ont révélé ce qu'ils avaient appris et ressenti pendant les activités. Les émotions fortes, comme l’anxiété et la colère, aident à faire passer les leçons et à susciter de l'empathie pour les personnes qui vivent ces émotions au quotidien, explique Mme Perreault. «Le fait d'apporter un peu de réalisme dans la vie de certains enfants permet vraiment d'intégrer ce qu'ils apprennent en classe dans leur environnement extérieur,» ajoute M. Cheslock.
Avec le succès continu de Camper pour une cause et l'empressement des élèves de Saint-Joseph à poursuivre l'activité, il est clair pour Mme Perreault que l’événement reviendra chaque année. Elle mentionne que ça se fait pendant la période de l'Avent, reflétant le mandat de l'école catholique d'enseigner les valeurs catholiques. Elle n'a aucun doute que les élèves de Saint-Joseph continueront sur cette lancée même lorsqu'elle aura pris sa retraite, passant le flambeau à quelqu'un d'autre.
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Photos :
Les élèves de l'école élémentaire catholique Saint-Joseph qui ont participé à l'événement Camper pour une cause, ainsi que leurs enseignants et les bénévoles qui ont passé la nuit à les surveiller et à organiser des activités pour eux.
Le conseiller municipal Kris Rivard sert du vin, tandis que le chef des pompiers de Nipissing Ouest, Frank Loeffen, apporte des assiettes aux invités à la fête de Noël des aînés le 11 décembre.
Robin Cheslock, directeur des services de soins intégrés au Canadian Shield Health Care, s'est porté volontaire pour organiser des activités lors de l'événement Camper pour une cause. Il a demandé aux élèves de relever le défi du gant de cuisine, c'est-à-dire d'ouvrir un emballage alimentaire en portant un gant de cuisine, simulant la difficulté à utiliser ses mains pour effectuer des tâches de base avec les doigts gelés.
Robin Cheslock, directeur des services de soins intégrés au Canadian Shield Health Care, s'adresse aux élèves lors d'un débriefing après l'événement Camper pour une cause. M. Cheslock leur a fait part de ses propres expériences de vie en tant que travailleur social et en tant que sans-abri à une époque.
Crédit photos : Christian Gammon-Roy
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- Date de création 21 décembre, 2024
- Dernière mise à jour 21 décembre, 2024