Des eaux plus chaudes et moins de glace : le golfe change

Des eaux plus chaudes et moins de glace : le golfe change

Le réchauffement des eaux profondes du golfe du Saint-Laurent et l’absence de glace inquiètent les chercheurs de Pêches et Océans Canada. Année après année, de nouveaux records sont battus.

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Marine Ernoult

Initiative de journalisme local – APF – Atlantique

Les scientifiques de Pêche et Océans Canada ont relevé en 2020 les températures les plus chaudes jamais enregistrées dans les profondeurs du golfe du Saint-Laurent (depuis 1915, année où les relevés ont commencé). «On est désormais au-delà de l’enveloppe connue des températures du golfe, c’est sans précédent, ça va changer durablement l’écosystème», observe Peter Galbraith, chercheur en océanographie physique pour Pêches et Océans Canada.

Les eaux du golfe se divisent en trois couches. En surface, l’eau se réchauffe au même rythme que l’air ambiant avec de très forts écarts de températures selon les années. La couche intermédiaire froide, comprise entre 30 et 120 mètres de profondeur, est proche de 0° Celsius et est également sensible aux variations saisonnières. Il y a enfin une couche profonde qui va jusqu’à 500 mètres. C’est là où les bouleversements sont spectaculaires.

En moyenne, sur l’ensemble du golfe, Peter Galbraith et ses collègues ont enregistré une température de 6,8 degrés à 300 mètres de profondeur. «À partir de 2009, dernière année la plus froide, tout s’est mis à monter. Depuis 2015, on est en record centenaire, et chaque année on bat le record de l’année d’avant», rapporte le spécialiste. En dix ans, la température des eaux profondes a ainsi augmenté de 1,5 degré.

Courants océaniques perturbés

Les courants océaniques sont responsables de la situation. Dans le détroit de Cabot, les eaux des courants du Labrador et du Gulf Stream se mélangent et sont aspirées vers les profondeurs du golfe. Ces dernières années, les scientifiques ont constaté que l’apport d’eau froide et bien oxygénée du Labrador diminue, au profit d’une eau plus chaude, plus salée et moins oxygénée provenant du Gulf Stream. Autrement dit, il y a plus d’eau chaude dans le mélange pénétrant dans le golfe.

Comment expliquer cette tendance, qui va se poursuivre dans le futur d’après Peter Galbraith? Plusieurs hypothèses sont avancées. Selon la première, ce serait l’augmentation du CO2 dans l’atmosphère qui bouleverserait le parcours des vents, ce qui modifierait ensuite les courants marins, comme le Gulf Stream. «Sa circulation serait ainsi modifiée, il se dirigerait un peu plus au nord qu’avant, avec une influence directe sur l’eau qui entre dans le Saint-Laurent», complète Peter Galbraith.

Une autre étude, publiée en décembre 2020, désigne plutôt le courant du Labrador comme responsable. Son amplitude et sa force diminueraient au large de Terre-Neuve. «Il bifurquerait ou se séparerait en plusieurs courants sur le long chemin qu’il parcourt avant de parvenir au détroit de Cabot», détaille le spécialiste.

Seulement 2 km3 de glace

Cet hiver, l’autre enjeu pour les chercheurs de Pêches et Océans Canada, c’est l’absence de glace. Seulement 2 km3 se sont formés dans le golfe, contre 22 km3 en temps normal à cette époque de l’année. Peter Galbraith indique qu’une telle situation n’est arrivée que quatre fois dans l’histoire récente : en 1958, 1969, 2010 et 2011. Et avant 1958, cela ne s’était jamais produit.

«Avec le réchauffement climatique, ça devient de plus en plus fréquent car la formation de glace est liée à la température de l’air», complète Gilbert Denis, chercheur sur le climat et la physique des océans à Pêches et Océans Canada. «Si on se projette dans le futur, ça prendra un hiver anormalement froid pour avoir de la glace», abonde Peter Galbraith. Bref, l’absence de glace va devenir la nouvelle normalité.

Selon les relevés des treize stations météorologiques réparties dans le golfe, la température moyenne en décembre 2020 était 3,7 degrés Celsius au-dessus de la normale (par rapport à la moyenne climatologique 1991-2020). «On s’attend à peu près à la même chose pour le mois de janvier qui était aussi très doux», ajoute Peter Galbraith. Sans couvert de glace pour les protéger, les communautés côtières de l’Î.-P.-É. sont plus que jamais vulnérables aux tempêtes et à l’érosion.

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PHOTOS : (incluant titre de la photo, légende et crédit du photographe ou courtoisie)

Peter Galbraith : Peter Galbraith, (le plus à gauche sur la photo), chercheur pour Pêches et Océans Canada, observe qu'«on est désormais au-delà de l’enveloppe connue des températures du golfe, c'est sans précédent, ça va changer durablement l'écosystème.» (courtoisie)

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  • Date de création 8 février, 2021
  • Dernière mise à jour 8 février, 2021
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