Des commentaires xénophobes rapidement dénoncés dans le Nord-Ouest

Une situation pour le moins tendue s’est produite à la suite de la publication d’une nouvelle sur les réseaux sociaux, mardi, faisant état de la découverte de cafards à l’Hôpital régional d’Edmundston.

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Bobby Therrien

IJL – Réseau.Presse – Acadie Nouvelle

xCertains internautes ont sauté sur l’occasion pour faire un lien plutôt boiteux entre l’augmentation de la présence de nouveaux arrivants dans la région et l’apparition de cette infestation.

Ces messages publiés sur les réseaux sociaux ont tôt fait de soulever l’indignation d’une partie de la population et d’élus qui se sont immédiatement portés à la défense de ces immigrants.

Tout comme il l’avait fait en novembre 2022, alors qu’un débordement de commentaires du genre envers les nouveaux arrivants s’était produit en ligne, le maire d’Edmundston, Éric Marquis, a réagi à ces propos qu’il considère comme inacceptables.

«J’ai vraiment de la difficulté à comprendre le raisonnement de certaines personnes. C’est un petit groupe de gens, et non la population en général, qui pense comme ça, mais de voir ça écrit sur les médias sociaux, c’est d’une grande absurdité. Quand j’ai lu ça, je n’en revenais tout simplement pas.»

  1. Marquis considère néanmoins que ces paroles en l’air ont blessé plusieurs personnes de la communauté. Il s’est toutefois dit heureux de voir que beaucoup de gens ont dénoncé la situation dans les heures qui ont suivi.

«J’ai vu des gens, qui n’interviennent habituellement pas dans ce type de dossier, intervenir, car c’était devenu trop absurde pour eux. Ils ont mis le pied à terre pour essayer de remettre les pendules à l’heure.»

Le maire d’Edmundston dit avoir reçu des messages de nouveaux arrivants qui ont évidemment exprimé leur déception envers les commentaires publiés, mais aussi leur satisfaction de voir autant de gens se porter à leur défense.

L’ancien maire d’Edmundston et maintenant vice-président au développement pour le Collège communautaire du Nouveau-Brunswick, Cyrille Simard, est l’un des premiers à avoir dénoncé ces interventions teintées de racisme.

«Qu’on dise aux gens, par exemple, que nos gouvernements n’ont pas nécessairement bien planifié l’immigration, c’est légitime, mais qu’on associe tous les problèmes de la société au fait qu’il y a de nouveaux arrivants, je pense qu’on pousse la note à un niveau qui est inacceptable.»

Sans trop donner d’attention à ce qu’il considère comme une minorité de gens très vocaux, il juge qu’il est important d’intervenir quand la situation dépasse les bornes.

«On peut prendre une approche diplomatique, car il y a des gens qui ont besoin de réfléchir un peu plus à ce qu’ils expriment sur les réseaux sociaux. (…) Pour ceux qui sont plutôt extrémistes, avec des sujets comme le racisme, il faut dénoncer ça sur la place publique. Il y a un équilibre à établir dans tout ça.»

M. Simard a toutefois pris soin de clarifier que cette problématique n’est pas propre à Edmundston, même si elle a pris la région d’assaut avec les commentaires publiés, mardi soir, sur les réseaux sociaux.

Dans un appel au civisme, par l’entremise de sa page Facebook, le maire de Haut-Madawaska, Jean-Pierre Ouellet, a aussi dénoncé la situation, en indiquant notamment que des propos racistes et méprisants sont non seulement choquants, mais dangereux.

«On pointe du doigt. On généralise. On accuse sans fondement. Pendant ce temps, le tissu social se déchire, alimenté par des rumeurs, des frustrations mal dirigées et un manque flagrant de compassion.»

«La pauvreté n’a pas de pays d’origine. La souffrance ne parle pas une langue étrangère. Le civisme, lui, devrait parler toutes les langues, toutes les croyances, tous les horizons.»

Chez certains nouveaux arrivants, la prolifération de commentaires désobligeants envers leur groupe touche une corde sensible.

Originaire de la Colombie, Luz Angela Toro Lara a exprimé ce désarroi provenant de l’attitude de certaines personnes à l’égard des immigrants.

Elle a notamment demandé aux gens qui se permettent de critiquer les nouveaux arrivants de façon virulente sur les réseaux sociaux de prendre un instant pour se mettre dans leurs souliers.

«Imaginez devoir tout quitter : votre pays, votre famille, votre langue, votre histoire. Imaginez arriver dans un pays inconnu, le froid dans le corps et la peur au cœur et, malgré tout, vous lever chaque jour pour travailler dur, sans répit, sans plainte. Maintenant, imaginez que malgré tous ces efforts, on vous regarde avec mépris, comme si vous ne valiez rien, comme si vous étiez un fardeau.»

«Ça suffit les préjugés! Nous méritons le respect. Nous sommes des êtres humains dignes, travailleurs, courageux. Nous ne demandons pas de privilèges, mais nous exigeons l’égalité et la dignité. Nos rêves, nos douleurs, notre valeur, tout cela compte aussi.»

Le coordonnateur du Partenariat local en immigration du Haut-Saint-Jean, Xavier Mues, est originaire de la Belgique. Il dit avoir remarqué une intensification de ce partage d’informations fausses et déplacées au cours des dernières semaines.

«C’est une minorité de la population qui s’exprime contre une masse silencieuse de gens qui ne réagissent pas, par politesse. À force de ne rien dire, ça attise davantage les commentaires.»

«Il y a une grande partie de la communauté qui est accueillante, mais il y a encore des gens qui sont fermés ou qui véhiculent des préjugés comme ceux qui ont été publiés hier (mardi).»

Selon M. Mues, il existe tout un éventail de prétextes pour s’attaquer aux nouveaux arrivants.

«Tantôt, on dit qu’ils reçoivent de prétendues allocations ou du logement gratuit. Tantôt, on dit qu’ils viennent voler nos “jobs” et causent des problèmes de logement. Ce sont des choses complètement fausses.»

Selon les explications de Xavier Mues, les gens qui immigrent au Canada doivent avoir des ressources financières assez grandes pour subvenir à leurs besoins pendant plusieurs mois.  Ils doivent aussi composer avec le coût des logements qui a augmenté au cours des dernières années.

De plus, les étudiants internationaux paient parfois jusqu’à quatre fois le prix d’inscription d’un étudiant du Nouveau-Brunswick.

Pour ce qui est de l’histoire de la présence de cafards dans un hôpital engendré par l’arrivée d’immigrants, il la considère comme une aberration lancée par des gens influencés par l’idéologie trumpiste provenant du sud de la frontière canado-américaine.

«Ça se rejette indirectement ici sur certains citoyens qui approuvent cette politique. Avec le climat socioéconomique difficile causé par des éléments comme l’inflation et la pénurie de logements, ça fait en sorte qu’il faut trouver des coupables.»

Selon M. Mues, il existe un réel risque que ce genre de discours influence négativement la perception de gens qui ne sont pas mal intentionnés, mais qui ne sont pas nécessairement au courant de ce qui se produit dans leur communauté.

 

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  • Date de création 2 juillet, 2025
  • Dernière mise à jour 2 juillet, 2025
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