Des animaux victimes de la pénurie de vétérinaires

Un résident d’Edmundston a récemment été consterné d’apprendre qu’une clinique vétérinaire d’Edmundston a refusé de soigner son chat mal en point.

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Bobby Therrien

IJL – Réseau.Presse – Acadie Nouvelle

 

Le 3 juin, Bruce Albert a apporté Balou, son chat âgé de 12 ans, chez le vétérinaire, car il craignait pour sa santé. À sa grande surprise, la clinique a refusé d’évaluer son cas, même si, selon lui, il s’agissait d’une urgence.

«On a refusé de le soigner parce que je n’avais pas de compte d’ouvert. On n’a pas voulu en ouvrir un non plus, même après avoir répété plusieurs fois que c’était urgent.»

Quelques minutes plus tard, son animal de compagnie est décédé dans le stationnement de la clinique vétérinaire, sans qu’il n’ait pu connaître la cause de son départ.

«Je suis retourné à l’intérieur avec mon chat mort dans mes bras pour leur dire que mon bébé était maintenant décédé.»

La publication de M. Albert a évidemment engendré une foule de réactions et de commentaires de la part du public. Plusieurs personnes ne se sont pas gênées pour critiquer la décision de la clinique.

Nicole Jewett, registraire pour l’Association des médecins vétérinaires du Nouveau-Brunswick, rappelle que comme les cliniques vétérinaires sont privées, elles peuvent limiter leur nombre de clients.

«Ça va dépendre du nombre d’employés qu’ils ont et du nombre d’animaux qu’ils peuvent voir dans un contexte sécuritaire. Il faut quand même qu’ils aient le temps de voir les animaux.»

«L’idée est de s’occuper des clients courants, le mieux possible, mais il y a tant d’heures dans une journée pour s’occuper de tout le monde.»

Elle croit que le propriétaire d’un animal qui n’a pas de dossier chez un vétérinaire pourrait essuyer un tel refus. Par contre, s’il y a des inquiétudes concernant la survie de l’animal, elle estime que les cliniques vétérinaires doivent au moins essayer de le stabiliser. Si la clinique est surchargée, le vétérinaire peut ensuite l’envoyer à un autre endroit pour qu’il reçoive d’autres traitements ou proposer de l’euthanasier si sa condition est trop grave.

«Si l’animal paraît stable pour la personne au triage, la clinique peut refuser des services si elle n’est pas en mesure de le prendre tout de suite. On peut soit le référer à un vétérinaire qui prend d’autres clients, ou à une clinique d’urgence.»

Le problème, c’est que les deux seules cliniques d’urgence dans la province se trouvent à Riverview et à Saint-Jean. Selon Mme Jewett, les gens du nord du Nouveau-Brunswick peuvent toutefois tenter leur chance du côté du Québec.

Il reste que, comme dans bien des domaines d’activités, la médecine vétérinaire fait également face à une pénurie de main-d’œuvre et à une hausse de la clientèle.

Elle explique que pendant la pandémie, beaucoup de gens ont décidé de s’acheter un animal de compagnie, ce qui a eu pour effet d’augmenter le nombre de propriétaires d’animaux.

La croissance démographique des dernières années n’aide pas non plus, certains nouveaux arrivants étant propriétaires d’animaux.

Le nombre de vétérinaires n’a toutefois pas changé, ce qui a eu comme effet d’augmenter leur charge de travail.

«Tout d’un coup, on a eu une demande pour des vétérinaires qui est devenue très aiguë (…) Le problème, c’est que l’on n’a pas assez de vétérinaires au Nouveau-Brunswick, que ce soit ceux pour les animaux de compagnie, mais aussi ceux qui travaillent avec les animaux de ferme.»

Selon Nicole Jewett, cette surcharge de travail a aussi apporté beaucoup de stress, autant du côté des clients qui se soucient du bien-être de leurs animaux, que chez les professionnels qui sont victimes de leur lot de critiques.

«On leur dit souvent qu’ils se fichent des animaux et qu’ils ne veulent pas aider. Ce n’est pas qu’ils ne veulent pas, ils ne peuvent pas. Il y a beaucoup de vétérinaires qui ont fait des “burnout” ou qui ont développé des problèmes médicaux ou de santé mentale. Il y en a qui ont carrément abandonné la profession.»

«Il faut comprendre que ça fait de la peine de dire non aux gens, car la plupart des vétérinaires ont choisi ce métier parce qu’ils aiment les animaux.»

Selon Mme Jewett, la relation entre les humains et leurs animaux a changé au fil des ans. Elle croit que les animaux vivent de plus en plus dans les maisons et que les propriétaires voient davantage leur ami à quatre pattes comme un membre de la famille.

«Les services offerts aux humains, les gens les veulent pour leurs animaux. Il y en a beaucoup qui vont payer pour une IRM, des chirurgies compliquées, des traitements contre le cancer. Ce sont des choses que l’on offre aux animaux et que les gens veulent. On essaie de satisfaire la demande, mais on manque de personnel pour offrir ces services.»

Il y a environ 350 vétérinaires au Nouveau-Brunswick, ce qui comprend ceux qui n’habitent pas dans la province, mais qui viennent parfois pour apporter leur aide dans les cliniques.

La plus grande proportion de ces vétérinaires se trouve évidemment dans les régions urbaines au détriment des régions rurales.

«C’est vraiment difficile pour les régions rurales parce qu’il faut qu’il y ait suffisamment de population pour nous assurer qu’une clinique fonctionne. Ça peut être difficile d’attirer des vétérinaires dans ces régions. C’est dommage et c’est quelque chose que l’on voit partout au Canada.»

Le début d’une stratégie

De son côté, l’Association des médecins vétérinaires du Nouveau-Brunswick tente de mettre en place des stratégies afin d’atténuer l’impact du manque de professionnels dans le domaine.

On a notamment permis aux vétérinaires de faire de la télémédecine et d’établir des relations avec leur clientèle qui leur permet de faire des prescriptions, sans nécessairement avoir recours à un examen physique en personne.

L’association essaie aussi d’attirer des vétérinaires en provenance d’autres pays, en plus de solliciter le gouvernement provincial pour qu’il puisse éventuellement financer davantage de places pour des étudiants du Nouveau-Brunswick qui souhaitent devenir vétérinaires.

«Tout de suite, on a 13 sièges à Charlottetown, au Collège vétérinaire de l’Atlantique et deux à la faculté de médecine vétérinaire à Saint-Hyacinthe. Le gouvernement a dit non à nos demandes, alors on demande au public de discuter avec leur député pour aider à convaincre le gouvernement que l’on a besoin d’autres vétérinaires et techniciens.»

 

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Photo : Balou, le chat de Bruce Albert, est décédé quelques minutes après qu'une clinique vétérinaire d'Edmundston ait refusé de le voir. - Facebook/Bruce Albert

 

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  • Date de création 26 juin, 2024
  • Dernière mise à jour 26 juin, 2024
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