Des abeilles menacées

La Voix acadienne - La Journée mondiale des abeilles, le 20 mai, est l’occasion de revenir sur l’importance de ces butineuses pour l’écosystème. À l’Île-du-Prince-Édouard, les populations de pollinisateurs souffrent non seulement des rigueurs de l’hiver et des changements climatiques, mais aussi de la destruction de leur habitat et de l’usage des pesticides. 

Marine Ernoult / IJL – Réseau.Presse – La Voix acadienne

«Quand je me suis lancée dans l’apiculture il y a six ans, c’était pour sensibiliser mes trois filles à l’importance des abeilles dans notre environnement», raconte le président de l’Association des apiculteurs de l’Île-du-Prince-Édouard (PEIBA), Troy Fraser. 

Aujourd’hui, l’Insulaire possède 200 ruches qu’il exploite commercialement. Les abeilles qu’il utilise en raison de leur capacité à produire du miel sont dites domestiques. 

Ce sont des insectes vivant dans des colonies. Elles ont une structure sociale avec une reine et un groupe d’ouvrières qui aident à prendre soin des jeunes, à collecter le pollen et le nectar. 

«Ce ne sont pas des pollinisateurs indigènes, originaires du continent. Elles ont été introduites en Amérique du Nord dans les années 1600, lorsque les gens ont commencé à venir d’Europe», explique le professeur à la Faculté d’agriculture de l’Université Dalhousie, en Nouvelle-Écosse, Christopher Cutler.

À l’échelle de la province, une centaine d’apiculteurs, dont une vingtaine de professionnels, s’occupent d’environ 7 000 ruches. 

«Et nous ne sommes pas assez nombreux. Les producteurs de myrtilles et de pommes doivent importer des abeilles d’autres provinces pour faire polliniser leurs cultures», rapporte Troy Fraser. 

Un parasite destructeur 

Les apiculteurs de l’île sont également confrontés à des disparitions massives de colonies. En moyenne, sur les dix dernières années, leurs pertes annuelles avoisinaient les 37 %, contre 30 % au niveau national.

«Les chiffres fluctuent d’une année à l’autre, tout dépend du nombre d’abeilles qui survivent à l’hiver», observe Troy Fraser.

«Si vous avez un printemps frais et humide, comme cette année, cela signifie qu’il est beaucoup plus facile pour les champignons et les maladies fongiques de se développer chez les abeilles», ajoute Christopher Cutler. 

Au-delà des conditions météorologiques, une autre menace de taille pèse sur les insectes butineurs : le parasite «varroa». Cet acarien qui se nourrit du sang des abeilles au stade larvaire ou adulte, perce leur peau, déforme leurs ailes et leur transmet un virus très contagieux et mortel. 

Cette saison s’annonce néanmoins meilleure que les précédentes, selon Troy Fraser, qui évoque des pertes comprises entre 20 et 25 %.

Aux côtés des productrices de miel, la province compte de nombreuses abeilles sauvages. Il en existe plus de 800 espèces au Canada et 200 dans les Maritimes. La plupart d’entre elles sont solitaires et certaines vivent dans le sol. Elles ne produisent pas de miel, mais butinent afin de nourrir leurs petits.

«Dans l’ensemble, les populations se portent plutôt bien dans les provinces des Maritimes», affirme Christopher Cutler, qui reconnaît néanmoins le manque de données collectées sur le long terme. 

Victime de l’artificialisation des sols

Qu’ils soient sauvages ou domestiques, les insectes butineurs de la région sont victimes de la destruction de leurs habitats, liée à la bétonisation et à l’artificialisation des sols, souligne Christopher Cutler. 

«Il reste encore beaucoup d’espaces sauvages, mais on assiste quand même à une conversion de terres naturelles en zone urbaine», déplore-t-il. 

Le scientifique évoque également l’utilisation de pesticides et les changements climatiques parmi les autres menaces possibles. 

«La date de floraison de certaines plantes peut se voir avancée en raison de la hausse des températures et ne plus correspondre à l’arrivée des pollinisateurs. La quantité de nourriture des abeilles est alors plus limitée, détaille-t-il. On parle de désynchronisation des réponses entre espèces.»

À l’Île-du-Prince-Édouard, l’Association des apiculteurs organise chaque année des cours pour donner le goût aux insulaires de protéger des acteurs majeurs de l’environnement et de la chaîne alimentaire. 

La pollinisation représentant 35% de nos ressources alimentaires, si les abeilles venaient à disparaître, les conséquences seraient dramatiques.  

  

 

       

PHOTOS :  

1 et 1b- L’Insulaire Troy Fraser est apiculteur professionnel depuis six ans. Il possède 200 ruches.  (Photo : Gracieuseté)

2- «Les agriculteurs savent que les pesticides peuvent nuire aux abeilles. Ils essaient de minimiser les risques et font tout ce qu’ils peuvent pour éviter d’en pulvériser», assure le chercheur Christopher Cutler.

 

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  • Date de création 20 mai, 2025
  • Dernière mise à jour 20 mai, 2025
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