Densification ou étalement urbain?

Construire davantage la cité ou partir au diable Vauvert pour s’éloigner de notre voisin, quitte à polluer davantage? La question n’est pas simple, mais mérite d’être posée.

André Magny – IJL Réseau.Presse – L’Orléanais

«La densification, c’est tendance!» Celui qui parle ainsi est Orléanais depuis 15 ans. Professeur en urbanisme et en développement international à l’Université d’Ottawa, Huhua Cao explique que la ville doit utiliser les terrains vacants de façon efficace. Il donne souvent comme exemple Toronto où il est difficile de s’y installer en raison du manque de terrains. Résultat, l’étalement urbain s’en suit avec un nombre croissant de voitures et de CO2 supplémentaire.

David Wise, gestionnaire à la Planification de politiques à la ville d’Ottawa, suit l’universitaire sur ce terrain : «Ottawa a participé à un certain nombre d’études sur la gestion de la croissance et des infrastructures et sur les besoins en logements. Ces études ont catégoriquement démontré qu’il est logique de densifier l’aménagement pour la viabilité financière comme pour la résilience sociale et environnementale de la Ville.»

D’accord, mais professeur Cao, comment inciter les gens à demeurer le long du Canal Rideau? «Le transport en commun! Plus on va mettre le prix du billet bas, plus on fait concurrence aux autos.»

Que répond la ville à cette proposition? Pat Scrimgeour, directeur des Systèmes-clients et de la Planification du transport en commun, explique que «les tarifs du transport en commun sont établis par le Conseil. Comme l’indique la motion du conseiller Hubley lors de la réunion du Conseil municipal du 13 avril, le personnel d’OC Transpo examine la possibilité d’une étude comprenant, entre autres, l’examen de diverses structures tarifaires liées à l’achalandage.» Est-ce à dire que le coût du billet standard à 3,60 $ pourrait diminuer si les bus et le O-Train sont toujours pleins ? Sans aller jusque-là, M. Scrimgeour mentionne que «si l’étude est approuvée, le Conseil disposera de données pertinentes pour prendre des décisions éclairées sur les structures tarifaires actuelles.» Une étude attendue d’ailleurs avec intérêt par les conseillers municipaux dont Laura Dudas du quartier Innes.

De son côté, David Wise, gestionnaire à la Planification de politiques à la ville d’Ottawa, est conscient de l’importance à accorder à la densification. «À la fin de 2021, la Ville a adopté le nouveau Plan officiel, qui vise à porter le taux de densification à 60 % de l’ensemble des mises en chantier de logements d’ici 2046, soit dans 25 ans.» Selon le gestionnaire municipal, le nouveau Plan officiel devrait permettre la construction de logements dits «intermédiaires manquants», genre de «townhouses», et viser des cibles de densité pour l’ensemble des secteurs de la ville dont Orléans, «afin de rehausser la densité et la diversité des logements par rapport à l’offre actuelle», ajoute David Wise.

La mairesse suppléante Laura Dudas ajoute que ce plan prévoit plus de densification que de nouveaux développements. Elle précise que les élus voient «déjà plusieurs nouveaux projets à travers la ville qui trouvent cet équilibre entre l’intégration avec les communautés environnantes, tout en construisant une densité substantielle autour de zones comme les centres de transport en commun.»

Et la gentrification dans tout ça?

Lorsqu’on parle de développement urbain, certains mentionnent les dangers de la gentrification, un phénomène qui tend à l’amélioration de vieux quartiers, mais qui pousse du même coup des résidents parfois à faible revenu à céder leur place à une clientèle plus huppée. Le professeur Cao ne s’en fait pas outre mesure : «C’est souvent dans les centres-villes que cela arrive. Je le répète, la densification, c’est tendance.» Donnant l’exemple de Shanghai dans sa Chine natale, Huhua Cao mentionne un chiffre étonnant pour qui vit en Amérique du Nord : «Il y a 90 % de gens qui habitent dans des condominiums là-bas.»

Si la densification s’annonce avec plein de promesses, ça ne veut pas dire qu’il faut garder les bras croisés. Le défi sera de taille pour Ottawa dans les prochaines années. David Wise en est bien conscient. «À Ottawa comme à Toronto, la crise du logement exerce de fortes pressions, qui font monter les prix du logement. Le problème est exacerbé par la version actuelle du Règlement de zonage, qui est caduque, restrictive et qui permet de construire des immeubles de quatre logements ou plus sur seulement 10 % de l’ensemble des lots résidentiels disponibles.»

Pour résoudre ce problème, la Ville devra travailler de concert avec le gouvernement provincial et le fédéral. «Pour ce qui est de ce qu’elle peut accomplir, la municipalité a une occasion exceptionnelle de hausser considérablement l’offre de logements en faisant évoluer son Règlement de zonage. D’après nos prévisions, il faudra loger 400 000 nouveaux résidents de plus dans les 25 prochaines années, ce qui nous obligera à aménager 150 000 nouveaux logements» de poursuivre M. Wise.

Il faudra que les infrastructures suivent également. Ce qui veut dire gérer les eaux pluviales, la capacité de viabilisation, le transport, les parcs pour suivre l’évolution des quartiers.

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Bas de vignette :

  • David Wise, gestionnaire à la Planification de politiques au sein de la ville d’Ottawa. Crédit : gracieuseté de la Ville d’Ottawa
  • Le professeur Huhua Cao de l’Université d’Ottawa croit fermement en la densification. Crédit : gracieuseté de Huhua Cao
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  • Date de création 28 avril, 2022
  • Dernière mise à jour 28 avril, 2022
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