Démission de Dennis King : quel est l’avenir pour les progressistes-conservateurs?
La Voix acadienne - Le jeudi 20 février, le Premier ministre de l’Île-du-Prince-Édouard a démissionné après six ans à la tête de la province. Dennis King considère qu’il n’est plus l’homme de la situation, alors que la guerre tarifaire avec les États-Unis menace l’économie du Canada. Deux politologues analysent les raisons de son départ précipité et les implications pour la vie politique insulaire.
Marine Ernoult / IJL – Réseau.Presse – La Voix acadienne
Le 20 février, Dennis King a quitté ses fonctions de Premier ministre de la province. L’homme politique renonce également à son siège de député de la circonscription de Brackley–Hunter River, dans le centre de l’île, et à son poste de chef du Parti progressiste-conservateur (PCC) de l’Île-du-Prince-Édouard.
«Je suis très surpris, il avait un gros gouvernement majoritaire depuis 2023, une forte cote de popularité et pas de gros scandale», réagit le professeur de sciences politiques à l’Université Mount Allison, au Nouveau-Brunswick, Mario Lévesque.
Aux yeux de l’universitaire, le retrait précipité de la vie politique de Dennis King «cache quelque chose de plus gros en arrière» : «Il a pris la guerre commerciale avec les États-Unis comme excuse. On aura l’histoire complète dans quelques années.»
Éviter de devenir «un Premier ministre boiteux sans crédibilité»
Pour le professeur de sciences politiques à l’Université de l’Île-du-Prince-Édouard, Don Desserud, ce départ n’est pas aussi étonnant qu’il n’y paraît.
Il rappelle à cet égard les propos tenus par Dennis King depuis un certain temps sur sa volonté de ne pas se représenter aux prochaines élections en 2027.
«Il n’y avait probablement pas de bonne façon de partir. Ce qui est surprenant, c’est l’immédiateté de la démission sans avertissement et sans attendre la sélection d’un nouveau dirigeant», souligne-t-il.
Selon lui, Dennis King s’est retiré rapidement pour éviter de devenir «un Premier ministre boiteux sans crédibilité», notamment vis-à-vis des Américains : «Ils auraient pu lui dire ‘Vous êtes en poste maintenant, mais vous n’allez pas le rester très longtemps, alors pourquoi devrions-nous faire attention à vous?»
Le PCC a choisi à l’unanimité le désormais ex-ministre de l’Éducation et de la Petite enfance, Rob Lantz, pour assurer l’intérim jusqu’au choix d’un nouveau chef permanent. Le député de la région de Charlottetown est devenu de facto Premier ministre vendredi 21 février.
Don Desserud qualifie ce nouveau chef du gouvernement de «très clinique et précis, connaisseurs des dossiers», tandis que Mario Lévesque évoque son positionnement, «plus à droite que Dennis King.»
Scrutins «absolument cruciaux» à venir
Quelle que soit l’orientation politique de Rob Lantz, les verts et les libéraux voudront le dépeindre comme un Premier ministre boiteux, «car il n’est là qu’en tant que chef de file intérimaire», avance Don Desserud.
«Il devra montrer qu’il est un leader fort avec de l’autorité et il aura besoin de l’appui solide de son caucus, poursuit-il. S’il y a le moindre signe de division interne, les partis d’opposition l’exploiteront autant que possible.»
Un test grandeur nature s’en vient pour l’union du PCC avec deux élections partielles. La première aura lieu dans la circonscription de Charlottetown - Hillsborough Park pour remplacer la députée provinciale conservatrice Natalie Jamison, la seconde à Brackley–Hunter River pour élire le successeur de Dennis King.
Don Desserud parle de scrutins «absolument cruciaux». En fonction des résultats, les libéraux pourraient asseoir leur emprise sur l’opposition officielle et les verts se rapprocher de leur succès historique de 2019. Le PCC pourrait quant à lui consolider sa majorité ou au contraire, en cas de défaite, envoyer un message négatif à ses partisans.
«Les verts et les libéraux pourraient profiter du départ de King, mais ils ne sont pas non plus dans une bonne place, ils ne sont pas bien organisés et manquent de leadership fort», analyse Mario Lévesque.
Longévité incertaine de Rob Lantz
La longévité de Rob Lantz au poste de Premier ministre est également incertaine. Don Desserud croit que le PCC ne se lancera pas dans une course à la chefferie avant un ou deux ans, «pour donner une chance à Rob Lantz et laisser passer les élections fédérales.»
Mario Lévesque estime, pour sa part, que Rob Lantz peut durer jusqu’aux prochaines élections provinciales en 2027, «s’il conserve le soutien unanime de son caucus.»
L’hypothèse d’élections anticipées n’est cependant pas à exclure, d’après les deux politologues.
«Si les conservateurs décident finalement d’organiser une convention pour élire un nouveau chef, ils passeront en mode électoral assez rapidement, relève Don Desserud. Surtout si la convention attire beaucoup d’attention, ils voudront profiter de l’impulsion.»
«C’est possible, mais ça peut être un pari risqué. À force, les citoyens pourraient s’enrager contre le PCC et les partis d’opposition pourraient gagner des sièges», ajoute Mario Lévesque.
En attendant, Don Desserud est persuadé qu’il ne faudra pas longtemps aux insulaires pour considérer Rob Lantz comme leur Premier ministre «à part entière».
Dès son assermentation en tant que 34e premier ministre de l’Île-du-Prince-Édouard, Rob Lantz a convoqué une rencontre du cabinet provincial qui a adopté une résolution visant à proroger l’Assemblée législative et à la convoquer dès le 25 mars prochain. La nouvelle session parlementaire commencera par un discours du Trône.
PHOTOS :
1- «Si votre gouvernement aide 75 % des gens, c’est un exploit. Mais il y a 25 % des gens qui ne reçoivent pas d’aide. Et à l’Île-du-Prince-Édouard, vous savez qui ils sont. Ce sont probablement vos voisins, vos amis, et cela entraîne une énorme responsabilité et un lourd fardeau», a déclaré l’ancien premier ministre Dennis King lors d’une conférence de presse jeudi 20 février. (Photo : Gouvernement de l’ÎPÉ)
2- Rob Lantz a été choisi par le PCC pour assurer l’intérim jusqu’au choix d’un nouveau chef permanent. Le député est devenu de facto premier ministre de l’Île-du-Prince-Édouard vendredi 21 février. On le voit en compagnie de l’Honorable Dr Wassim Salamoun, lieutenant-gouverneur de l’ÎPÉ. (Photo : Gouvernement de l’ÎPÉ)
3- Le politologue Mario Levesque se dit sceptique quant aux raisons évoquées par le premier ministre Dennis King pour justifier son départ : «C’est curieux, il abandonne de très bonne heure. On aura les réponses sur le long terme.» (Photo : Gracieuseté)
4- «Dennis King a dit qu’il était épuisé et je le prends au sérieux. Il y a une pression énorme sur lui et sa famille», observe le politologue Don Desserud. (Photo : Gracieuseté)
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- Date de création 25 février, 2025
- Dernière mise à jour 25 février, 2025