Débats: les chefs font passer leur message, Blaine Higgs ciblé par ses adversaires
Les débats en français et en anglais diffusés mercredi ont offert aux chefs de parti l’occasion de présenter leurs positions au grand public. À plusieurs reprises, le premier ministre sortant Blaine Higgs a été la cible d’attaques concertées de la part de la chef libérale Susan Holt et du chef des Verts, David Coon.
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Alexandre Boudreau
IJL – Réseau.Presse – Acadie Nouvelle - Atl
Pendant le débat francophone, enregistré à Moncton, les chefs se sont prononcés sur la santé, le coût de la vie et sur les changements dans la province, notamment ceux liés à la hausse de la population.
Sauf exception, il n’y a pas eu d’échanges tendus ni de grands éclats, et les chefs sont demeurés centrés sur le message de leur parti.
À part l’introduction et le mot de la fin, lorsqu’il a lu des déclarations en français préparées à l’avance, Blaine Higgs s’est exprimé en anglais et ses propos ont été traduits en français. Susan Holt et David Coon se sont exprimés en français tout au long du débat.
D’entrée de jeu, Susan Holt a tenté de faire contraste avec Blaine Higgs en mettant de l’avant son bilinguisme et le fait qu’elle a étudié en immersion.
Elle est aussi passée à l’offensive envers M. Higgs en accusant son gouvernement d’inaction dans des dossiers comme la santé, le logement et le coût de la vie.
«On a besoin de mettre en place une vraie solution. […] Ce que le gouvernement Higgs a fait aujourd’hui, ça ne fonctionne pas», a-t-elle dit au sujet des soins primaires, en répétant sa promesse de créer 30 cliniques collaboratives.
David Coon a critiqué les décisions des gouvernements libéraux et conservateurs et a condamné la «centralisation et la privatisation» en santé, en promettant de renverser la tendance et d’éliminer les listes d’attente pour avoir des soins tout en rétablissant une gestion locale des hôpitaux.
Blaine Higgs n’a pas répondu fréquemment aux attaques de ses adversaires, et a plutôt souligné les accomplissements de son gouvernement et ses promesses de réélection, sauf pour affirmer que les libéraux et les verts cherchent à «replonger le Nouveau-Brunswick dans le rouge».
Sur la santé, il a notamment affirmé que le Nouveau-Brunswick doit offrir des soins «différemment», en permettant aux gens de voyager pour avoir des soins plus rapidement que dans leur hôpital local, par exemple.
Il a aussi affirmé que son gouvernement a doublé le nombre d’infirmières en formation depuis 2018.
Blaine Higgs a également fait appel aux électeurs du Nord dans son discours de fermeture.
«Je veux lancer un appel spécial aux électeurs du Nord du Nouveau-Brunswick: nous avons besoin de vos voix à la table du gouvernement», a-t-il dit.
Chicane de chiffres
L’une des seules prises de bec a porté sur une question de données. Susan Holt a affirmé que 180 000 citoyens sont sans médecin de famille, une estimation qui s’appuie sur les données d’un sondage réalisé par le Conseil de la santé du N.-B.
Ce sondage a démontré que le nombre de personnes ayant déclaré avoir un médecin de famille a chuté de 93% à 79% de 2017 à 2023. Les 21% de Néo-Brunswickois qui n’en ont pas représentent environ 180 000 personnes, selon les dernières estimations de la population.
Blaine Higgs a remis ce chiffre en question en affirmant que le ministère de la Santé dispose d’une liste de personnes en attente d’avoir un médecin de famille, qui est beaucoup plus petite, soit d’environ 101 000 personnes.
«Je ne suis pas certain d’où viennent ces chiffres ou comment ils ont été inventés, mais ce n’est pas la liste que nous avons», a-t-il dit.
Susan Holt a affirmé à des journalistes par la suite qu’elle se fie à cette estimation des données du Conseil de la santé.
«Notre chiffre vient d’une entité indépendante. Nous autres, on pense que c’est une organisation fiable qui fait un bon travail au niveau des données.»
De son côté, Blaine Higgs a affirmé qu’il ne remettait pas en question les données du CSNB, mais plutôt l’interprétation que font les libéraux de ces données pour arriver au chiffre de 180 000.
Déclin du français
La modératrice Karine Godin a demandé aux chefs si le déclin du français au Nouveau-Brunswick est évitable, et comment ils feraient pour renverser la tendance.
David Coon a dit que la province devrait avoir plus de pouvoirs pour gérer le dossier de l’immigration et renverser le déclin du français.
Susan Holt a affirmé que l’immigration francophone doit être «à un bon niveau» pour éliminer ce déclin, et a dit vouloir une Loi sur les langues officielles «fortifiée, augmentée pour l’équité réelle» au N.-B.
Blaine Higgs a fait remarquer que l’immigration francophone s’est améliorée lors de son mandat. Il a aussi affirmé qu’il cherche à améliorer l’apprentissage du français chez les jeunes anglophones pour qu’ils puissent être bilingues d’ici la fin de leurs études.
Tous plus à l’aise en anglais
Bien que Mme Holt et M. Coon s’expriment en français, les trois chefs sont anglophones d’origine et sont plus à l’aise en anglais. C’était apparent lors du débat anglophone, et il y a eu un peu plus d’étincelles.
Une partie du débat a porté sur les sites d’injection supervisés, qui permettent aux gens de s’injecter de la drogue avec du matériel propre et d’avoir de l’aide en cas de surdose. Il y en a actuellement un seul dans la province, à Moncton, qui a ouvert ses portes avec du financement du gouvernement Higgs. Le premier ministre a depuis promis de ne plus permettre l’ouverture de centres de ce genre. La modératrice Clare MacKenzie a demandé aux candidats s’ils agiraient différemment.
Susan Holt ne s’est pas engagée clairement d’un bord ou de l’autre, et a affirmé qu’elle n’est pas au courant de demandes visant à ouvrir de nouveaux centres d’injection. Elle a dit vouloir appuyer le rétablissement des toxicomanes.
«Nous devons venir en aide aux personnes en difficulté. Le gouvernement a promis des lits pour le traitement des dépendances ici à Moncton, et six ans plus tard, ils ne sont toujours pas en place.»
C’est David Coon qui a formulé la réponse la plus claire. «Les sites d’injection supervisée permettent d’éviter la mort de la mère, du père, de la fille ou du frère de quelqu’un. Nous n’interdirions jamais [leur utilisation] si les communautés veulent cette solution», a-t-il dit en affirmant aussi vouloir améliorer les options pour les soins en santé mentale gratuits.
Blaine Higgs a sauté sur l’absence de prise de position de Mme Holt.
«Je ne pense pas que vous avez eu une réponse», a-t-il dit à la modératrice. «Vous n’en avez certainement pas eue [des libéraux]», a-t-il ajouté avant de réaffirmer sa promesse de ne plus permettre l’ouverture de centres d’injection supervisée.
Higgs refuse de renier des dépliants anti-trans
Pendant le débat anglophone, la modératrice Clare MacKenzie a posé une question à M. Higgs sur des dépliants anti-trans distribués au N.-B. par le groupe anti-avortement Campaign Life Coalition.
L’organisme affirme sur ces dépliants que «certains enseignants veulent faciliter la transition sexuelle» d’élèves «à l’insu des parents ou sans leur consentement». Or, au N.-B., il faut avoir 18 ans ou plus pour recevoir une chirurgie de confirmation de genre.
«Nous savons que votre parti n’a rien à voir avec ces dépliants, mais pouvez-vous reconnaître clairement qu’ils présentent des informations trompeuses aux électeurs?»
Blaine Higgs ne l’a pas reconnu, et a plutôt réitéré que son parti n’a rien à voir avec ces dépliants.
«Les déclarations qu’ils font sont leurs opinions. C’est ce qu’on voit de la part de plusieurs personnes, c’est leurs opinions», a dit Blaine Higgs.
Ses adversaires sont passés à l’attaque.
«C’est décevant d’entendre le premier ministre refuser de condamner les dépliants, ou même de reconnaître le fait qu’ils attaquent les enseignants ici au N.-B.», a répliqué Susan Holt en rappelant que le premier ministre a déjà déclaré que les enseignants «apprennent aux enfants à mentir».
«Clairement, ces dépliants vilipendent les enseignants, tout comme le fait M. Higgs. Les enseignants ne se sont jamais senti aussi peu respectés dans cette province», a dit David Coon.
Auto-évaluation
Après les débats, quand on a demandé au chef des verts d’évaluer sa performance, il a plutôt parlé du chef conservateur.
«C’est très intéressant. Je crois que M. Higgs pense qu’il va perdre. Il se sent défait, c’est mon sentiment. Très faible, il a parlé des activités de son gouvernement, mais pas d’idées nouvelles. Il n’avait pas d’énergie», a-t-il affirmé.
Blaine Higgs a rigolé quand on lui a demandé s’il se sentait «défait».
«Pas du tout», a-t-il dit.
«Je m’attendais à être la cible. C’est un peu ça la tradition. Mais je suis probablement le premier gouvernement au cours des 20 dernières années à pouvoir faire campagne sur un bilan de croissance», a-t-il dit pour expliquer pourquoi il s’est concentré sur ses accomplissements.
Susan Holt a été accueillie par un groupe de partisans libéraux qui l’ont chaudement applaudie à sa sortie du débat.
Elle a déclaré être convaincue que le débat s’est bien passé pour elle. Elle a également reproché au chef progressiste-conservateur son unilinguisme.
«C’était dommage que le premier ministre ne puisse pas faire un débat en français. Il a eu six ans pour apprendre la langue et il ne l’a pas fait. Je pense que c’est un petit peu triste de se retrouver dans une telle situation.»
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Photo : Les chefs Blaine Higgs, Susan Holt et David Coon lors du débat, mercredi, à Moncton. - Gracieuseté: Radio-Canada/Patrick Lacelle
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- Date de création 30 septembre, 2024
- Dernière mise à jour 30 septembre, 2024