Dans l’arène des chahuteurs

Dans l'arène des chahuteurs

Arène 15 mai

 

ÉMILIE PELLETIER

Initiative de journalisme local — Le Droit

 

Chahuteur cinq étoiles

Depuis l’arrivée du gouvernement Ford au pouvoir, les interruptions chahuteuses se font nombreuses à Queen’s Park. Le président de la chambre doit souvent intervenir et rappeler les élus à l’ordre, dont les commentaires peuvent parfois être lancinants, désobligeants 

et malins. 

En juin 2019, après avoir passé une année entière en poste, les partis d’opposition avaient dénoncé un « changement de culture » et une dégradation du décorum à l’Assemblée législative de l’Ontario, soulignant la profilération d’insultes incessantes. 

Le chef du parti Vert, Mike Schreiner, avait d’ailleurs qualifié le premier ministre Doug Ford de « chahuteur en chef ». 

Cette semaine, le député progressiste-conservateur Deepak Anand a tenu à souligner les talents de chahuteur de son collègue Mike Harris : « J’ai la chance de me lever pour la deuxième fois aujourd’hui, et cette fois pour soutenir mon collègue, un merveilleux collègue, un fier père de famille, et un chahuteur cinq étoiles », a lancé M. Anand, qui s’apprêtait à expliquer les raisons pour lesquelles il souhaitait appuyer le projet de loi de Mike Harris.

Ce dernier a hoché de la tête, souriant, acceptant fièrement le titre de chahuteur cinq étoiles. « Je le prends », s’est-il exclamé.

 

Les présidents n’aiment pas y passer la nuit

Quand les sujets doivent être débattus d’urgence à Queen’s Park, ou lorsqu’ils nécessitent l’intervention de plusieurs personnes, le leader parlementaire peut demander au président de la chambre que soit tenue une session nocturne.

Chacun leur tour cette semaine, le vice-président Rick Nicholls et la présidente par intérim Jennifer K. French, dont les rôles commandent en général une pleine neutralité, ont fait savoir clairement qu’ils n’aiment pas y passer la nuit. 

Quand le leader parlementaire Paul Calandra a déclaré, mardi, comme il le fait presque chaque jour, qu’il n’y aurait pas de séance nocturne cette journée-là, Rick Nicholls n’a pas pu dissimuler son soulagement : « Merci, quelle bonne nouvelle ! », s’est-il exclamé, en s’excusant par la suite pour son élan d’enthousiasme. 

Quelques jours plus tard, Paul Calandra a fait cette même déclaration, mais cette fois, teintée de sarcasme : « Je sais que ça va bouleverser l’Assemblée, mais il n’y aura pas de séance nocturne ce soir. »

« Merci, je suis certaine que vous aurez le plein accord de la chambre », a répondu Jennifer K. French, ne pouvant elle non plus cacher sa joie. 

La sieste des grands délinquants

Connu comme un lecteur avide de poésie, le député néo-démocrate Percy Hatfield a voulu alléger l’atmosphère après avoir récité, durant les débats, une œuvre plutôt sombre et morbide. 

« Je vais vous laisser avec un peu de légèreté de - je l’ai trouvé bien drôle - Robyn Urback dans le Globe and Mail : “Pendant une journée à la mi-avril, la province de l’Ontario a transformé les tout-petits en petits hors-la-loi. Flânant dans les aires de jeux, avec un mépris effronté des ordres de la santé publique, ces délinquants de la taille d’une pinte ont ouvertement bafoué l’annexe 3 de la Loi sur la réouverture de l’Ontario, qui interdisait l’utilisation des terrains de jeux extérieurs, des structures de jeux et des équipements de jeux. La police n’a cependant pas osé intervenir, car ces délinquants peuvent parfois devenir violents, surtout quand ils n’ont pas fait leur sieste de l’après-midi.” »

Le député a poursuivi en lançant une pointe aux membres du gouvernement Ford : « Je connais mes amis de l’autre côté de la chambre, même si vous n’avez pas fait votre sieste cet après-midi, je ne m’attends pas à ce que vous soyez violents. »

Fordisme de la semaine 

« Have a few pops. »

Quand Doug Ford utilise cette expression, il ne parle pas de boisson gazeuse, mais bien de boisson alcoolisée.

« J’ai parlé à mes copains. Je sais ce qui se passe. Ils vont jouer avec un copain ou deux, et (...) après avoir joué au golf, ils vont prendre quelques pops, et c’est ça, le problème », a-t-il déclaré cette semaine en tentant de justifier sa décision de ne pas permettre l’ouverture des terrains de golf. 

Il avait utilisé cette expression en 2013 lors d’une conversation avec son frère, Rob Ford, alors maire de Toronto, après qu’il eut été aperçu ivre en public. À l’époque, la police de Toronto avait en sa possession une vidéo où l’on pouvait voir Rob Ford fumer du crack. « Arrête de boire en public. Tu peux rester dans ton sous-sol, prendre quelques pops. C’est tout. »

 

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  • Date de création 15 mai, 2021
  • Dernière mise à jour 14 mai, 2021
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