Dans Kent-Nord, une lutte entre deux agriculteurs
Un duel au soleil n’a pas forcément vocation à prendre l’aspect d’un règlement de comptes à O.K. Corral. Tout devrait rapprocher Kevin Arseneau et Patrice Finnigan, mais tout les oppose aussi. Sur les ondes de CJSE, l’échange est resté courtois tout en étant incisif.
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Damien Dauphin
IJL – Réseau.Presse – Le Moniteur Acadien
Le dernier débat électoral organisé à l’émission Parle Parle Jase Jase sur CJSE avant le bouclage du journal a opposé les deux principaux candidats dans Kent-Nord. Le travail de la terre est leur point commun et l’on peut dire, même si cela semble être un jeu de mots, qu’ils ont labouré le terrain.
«L’abordabilité est le sujet qui préoccupe le plus les gens que j’ai rencontrés, assure Pat Finnigan. Mais il y a aussi la santé : l’hôpital Stella-Maris ne fonctionne plus et risque de s’écrouler.»
Le député vert sortant, Kevin Arseneau, ancre son approche politique dans la ruralité du territoire qu’il représente depuis six ans. Il entend protéger le mode de vie rural et assurer que le logement soit abordable pour tout le monde. Il fustige la spéculation immobilière qui fait artificiellement monter la valeur des maisons.
«Ici, on ne bâtit pas des maisons pour les vendre et faire du profit, mais pour y passer sa vie et y mourir. Il faut mettre en place des mécanismes pour protéger ceux qui veulent rester chez eux plutôt que de bâtir pour faire un profit en revendant», professe-t-il.
Prendre soin des professionnels de santé
S’agissant de la santé, M. Arseneau a défendu la vision des Verts et s’en est pris au programme libéral. «C’est bien beau de promettre d’ouvrir des cliniques à droite et à gauche, mais qui va y travailler? Il faut recruter et faire revenir dans la profession les gens qui ont démissionné.»
Pat Finnigan a répondu que le Parti libéral entendait rémunérer les professionnels de la santé au même niveau que dans les autres provinces.
«Dans Kent, les gens arrivent à l’urgence et c’est fermé ; ils n’ont pas de médecin de famille et ne savent pas vers qui se tourner. Les médecins sont surchargés et ne sont pas payés comme ils devraient l’être. Il faut leur retirer le fardeau administratif en leur donnant du personnel de soutien.»
Imiter le Québec en immigration
Au sujet de l’immigration et de la francophonie, l’ancien député fédéral de Miramichi-Grand Lake de 2015 à 2021 a plaidé en faveur de l’adaptation aux circonstances. Il a évoqué son petit-fils qui, arrivant de l’Ontario sans parler le français, a quand même été admis en 4e année dans une école francophone malgré les réticences initiales.
«Les enfants sont des éponges. A Noël, il avait des conversations avec tout le monde», a-t-il témoigné.
De son côté, Kevin Arseneau plaide pour un plus grand contrôle et souhaite que la province imite le Québec pour défendre son caractère bilingue. Il voudrait augmenter les seuils d’immigrants francophones à hauteur de 40%.
«Il faut travailler sur la rétention. On attire des familles francophones ici mais ensuite on les perd assez rapidement au profit des plus grands centres. Pour les non francophones, pensons aux bibliothèques publiques. Elles sont sous-utilisées, alors que ce sont des points de rencontre merveilleux pour faire l’apprentissage d’une deuxième langue.»
Deux dollars pour nourrir les écoliers
Les deux candidats se sont confrontés sur l’inflation et les mesures économiques pour en atténuer les effets. M. Finnigan a notamment mis de l’avant le programme d’alimentation universel dans les écoles que promeut le Parti libéral. Or, M. Arseneau a répliqué avait calculé que le budget prévu par les Libéraux à cet effet ne laissait que 2 dollars par élève et par jour.
«Avec quoi on va nourrir les élèves avec 2 dollars? Certainement pas avec des produits locaux de qualité. Il faut que le budget suive et financer ce programme à la hauteur de ce que c’est.»
Le candidat libéral ne s’est pas laissé démonter et a trouvé son contre-argument dans la collaboration intergouvernementale.
«Nous allons aussi travailler avec le fédéral pour financer le programme, et les 2$ de la province seront suffisants.»
Divergences environnementales
Enfin, les questions environnementales ont, elles aussi, été abordées dans le débat. L’échange a donné lieu à une joute oratoire.
Kevin Arseneau a plaidé pour une stratégie collective et communautaire face aux conséquences du dérèglement climatique sur nos côtes. «Si on laisse tout le monde enrocher son terrain personnellement, cela aura un impact sur la place et ça va déplacer le problème plus loin.»
«Toute la planète est à point tournant. Il y a l’érosion mais aussi les coupes à blanc. Depuis un avion, j’ai vu de grandes étendues où il n’y avait plus d’arbres», a témoigné Pat Finnigan.
Celui-ci promeut une approche collaborative avec les municipalités, les organismes sans but lucratif, les Premières Nations et les industries pour trouver des solutions locales au changement climatique et à la perte en biodiversité. Toutefois, sur la question de l’épandage du glyphosate, Kevin Arseneau ne croit pas à la bonne volonté de ses adversaires.
«Ils continuent de dire qu’ils vont étudier la question, a-t-il dénoncé. A chaque fois que les libéraux ont eu la chance de se lever contre l’utilisation du glyphosate, ils ont fait le contraire. Il faut arrêter tout de suite d’en répandre sur les terres de la Couronne et faire cesser les coupes à blanc qui créent de l’érosion sur nos côtes riveraines.»
Rappelons que lors de l’élection générale de 2020, Kevin Arseneau avait été réélu avec 47,47% des suffrages exprimés. Le libéral Bertrand LeBlanc avait recueilli 34,62% des voix et Stephen Robertson, du PCNB, 16,09%. Roger Richard, un candidat indépendant, avait récolté 154 bulletins à son nom (1,82%).
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Photos
Kevin Arseneau
Pat Finnigan
Crédit : Courtoisie
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- Date de création 17 octobre, 2024
- Dernière mise à jour 17 octobre, 2024