Curriculum de l’Alberta : trois cours sèment encore la controverse

Après avoir reçu de nombreux commentaires négatifs concernant l’ébauche du nouveau curriculum de maternelle à la 6e année parue en mars 2021, le ministère de l’Éducation a décidé de retravailler certains programmes. Toutefois, dès la rentrée scolaire 2022, il ira de l’avant avec la mise en œuvre de trois programmes (English Language Arts and Literature, mathématiques et éducation physique/bien-être), et ce, même s’ils comportent toujours de grosses lacunes.

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Gabrielle Beaupré

IJL-RÉSEAU.PRESSE-LE FRANCO

Stéfane Kreiner, enseignant et président de l’Association des enseignants et enseignantes francophones de l’Alberta (AEEFA), déplore que des erreurs significatives se trouvent toujours dans les nouveaux programmes qui seront enseignés à l’automne. Le programme de langue anglaise et de littérature met notamment «une grosse emphase sur la littérature ancienne et européenne et ne reflète pas la littérature courante, évolutive et mondiale».

Pour ce qui est du programme de mathématiques, les élèves apprendront des concepts qui ne sont pas appropriés à leur niveau. Par exemple, dans le programme actuel, «les enfants comprennent c’est quoi une fraction» en 4e année, mais n’apprennent à les additionner qu’en 7e année. Dans le nouveau programme, le concept d’addition sera désormais enseigné en 4e année.

Quant au programme d’éducation physique et de bien-être, il comporte un volet «qui parle de la nutrition et de comparer les valeurs nutritives des aliments. C’est une activité importante, mais pas nécessairement bien appropriée à l’école élémentaire». M. Kreiner explique qu’aborder les nutriments suppose que les enfants ont la possibilité de choisir ce qu'ils mangent, mais ce n’est pas nécessairement le cas. «Peut-être que leur nourriture vient d’une banque alimentaire ou d’une autre situation où que la considération nutritionnelle ne soit pas la priorité.»

Un espoir, mais peu d’attente

Concernant la révision des programmes d’études sociales, de sciences et de français langue première et immersion, les avis semblent aller dans la même direction.

Pour Tanya Saumure, présidente de la Fédération des conseils scolaires francophones de l’Alberta (FCSFA), ce recul partiel du Ministère est une «bonne nouvelle». La révision du programme de français langue première et littérature permettra à la FCSFA de continuer à travailler avec le Ministère afin que celui-ci «réponde aux besoins de nos élèves francophones» et qu’il ne soit pas qu’une traduction.

Quant à Stéfane Kreiner, il est content que le Ministère reporte la mise en œuvre des programmes de sciences et de français langue première et immersion afin de les peaufiner. «C’est un pas dans la bonne direction, mais ce n’est pas suffisant.»

Il dégage toutefois un point positif du nouveau curriculum. «Le nouveau programme sera plus facile à mettre à jour.» Une caractéristique qui permettra une plus grande flexibilité pour l’enseignement. Il souligne d’ailleurs que le programme actuel d’anglais langue et littérature mentionne toujours l’existence du CD-ROM, une véritable hérésie à l’ère numérique!

Les versions finales des programmes scolaires seront divulguées ce printemps. Le président de l’AEEFA a peu d’espoir. Il estime que le ministère de l’Éducation ne leur apportera aucun changement majeur.

Il reproche d’ailleurs au ministère son manque de transparence et d’authenticité dans le processus d’élaboration de ce nouveau curriculum. «Les enseignants qui ont été consultés ont tous signé des ententes de non-divulgation.»

La rédaction a fait une demande d’entrevue auprès du ministère de l’Éducation, mais celui-ci n’a pas donné suite.

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  • Date de création 19 janvier, 2022
  • Dernière mise à jour 19 janvier, 2022
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