Coupes en éducation: «De graves lacunes de gouvernance», selon Kelly Lamrock
Selon le haut fonctionnaire Kelly Lamrock, même le gouvernement ne semblait pas être au courant des résultats potentiels lorsqu’il a imposé des compressions de 43 millions $ aux districts. De plus, les justifications communiquées par le gouvernement ne reflétaient pas la réalité, selon lui.
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Alexandre Boudreau
IJL – Réseau.Presse – Acadie Nouvelle - Atl
Kelly Lamrock, le défenseur des enfants et des jeunes, soutient que le gouvernement Holt a été pris au dépourvu par les conséquences de ses propres compressions budgétaires de 43 millions $ imposées aux districts.
Il décrit un «échec systémique majeur» dans la conception du budget en éducation. Il a signalé les failles au gouvernement, et celui-ci a partiellement rebroussé chemin en réduisant l’ampleur de ses coupes à 28 millions $ un mois et demi après les avoir annoncées. Cela a permis de conserver bon nombre de postes qui, s’ils avaient été coupés, auraient eu des effets «dévastateurs».
Dans son rapport publié lundi, il a toutefois salué la volonté «louable» du gouvernement de rectifier le tir une fois qu’il a été mis au courant des impacts de ses décisions.
Couper maintenant, mesurer plus tard
D’après Kelly Lamrock, le ministère ne connaissait pas l’impact de ces coupes initiales de 43 millions $. Le gouvernement avait demandé aux districts de réaffecter environ 170 enseignants travaillant dans les districts vers les salles de classe. Personne au ministère n’a vérifié à l’avance quelles tâches ces 170 enseignants effectuaient dans les districts, ni ce qui se passerait si on coupait leurs postes.
Bon nombre d’entre eux travaillent avec des élèves qui ont des besoins exceptionnels. D’autres sont des experts de certaines matières scolaires et aident à former les enseignants et à mieux comprendre le programme d’études. Certains sont justement des experts en littératie et en numératie, les deux secteurs qui sont prioritaires pour le gouvernement.
Si le gouvernement a été surpris de l’impact de ses coupes, c’est en partie parce que l’analyse du ministère de l’Éducation fournie au cabinet des ministres contenait «de nombreuses erreurs factuelles et omissions» et des lacunes dans ses renseignements, selon lui.
«Si le Cabinet avait été informé qu’environ 261 enseignants travaillaient pour les districts scolaires dans des fonctions autres que l’enseignement, il aurait peut-être examiné de plus près s’il était possible de supprimer la moitié de ces postes sans nuire à la qualité de l’enseignement en classe», peut-on lire dans le rapport.
Différentes personnes élues et non-élues au sein du gouvernement avaient aussi des compréhensions incohérentes de l’autonomie des districts scolaires, selon M. Lamrock. Parfois, le gouvernement fait de la microgestion chez les districts dans des dossiers qui devraient leur appartenir, et parfois, le gouvernement cite l’indépendance des districts pour éviter d’expliquer ses décisions. L’une des recommandations de M. Lamrock vise à mieux définir le rôle des districts et du ministère dans la conception des plans d’éducation.
Un tour de passe-passe de relations publiques
La ministre de l’Éducation et du Développement de la petite enfance, Claire Johnson, disait vouloir réaffecter plus d’enseignants en salle de classe pour mieux soutenir les élèves et ainsi améliorer les taux de littératie et de numératie.
«On veut quand même envoyer un message central à toutes les écoles et à tous les districts qu’on veut voir plus de ressources autour des élèves», a-t-elle affirmé le 30 avril.
Ces affirmations ne reflétaient pas la réalité, selon Kelly Lamrock. Cette lancée n’était pas le résultat d’un changement d’orientation politique.
En fait, le gouvernement Holt avait les mains liées par la nouvelle convention collective conclue entre le gouvernement Higgs et la Fédération des enseignants du N.-B.
Chaque classe doit avoir un enseignant. Selon la convention collective des enseignants, chaque classe ne peut pas avoir plus de 29 élèves, sauf exception.
En raison de la croissance de la population, le gouvernement Holt avait donc l’obligation légale de financer 170 nouveaux postes d’enseignants pour créer autant de classes.
Le gouvernement Holt a choisi de le faire en supprimant des postes d’enseignants affectés à d’autres tâches dans les districts. Malgré ce qu’ont affirmé la ministre et le ministère à répétition, il ne s’agissait pas réellement d’insuffler davantage de ressources dans les salles de classe, mais plutôt de créer les classes qu’il fallait créer en vertu de la loi, selon M. Lamrock.
«Le ministère n’a jamais établi de plan ni de directives visant à consacrer davantage de ressources à l’enseignement en classe», dit Kelly Lamrock, en affirmant que le plan de communications du gouvernement reposait sur un «tour de passe-passe».
La justification mise de l’avant par le ministère avait «une apparence de vérité», selon le défenseur, parce qu’il y a effectivement plus d’enseignants en salle de classe.
«Mais il serait extrêmement trompeur d’affirmer que les classes bénéficient d’un soutien accru. Il n’y a pas plus de soutien par enfant. Il y a simplement plus de classes remplies d’enfants et moins de soutien par enfant.»
Il indique qu’après coup, le ministère a cherché des exemples d’éducateurs de district licenciés qui ont pris un poste en salle de classe afin d’appuyer son argument.
Fait étrange, les fonctionnaires semblaient «sincèrement convaincus» que le gouvernement effectuait réellement des investissements dans les salles de classe. Selon M. Lamrock, il est possible que les communications du ministère, comme les déclarations publiques de la ministre, aient contribué à cette confusion.
«C’est un rapport très accablant sur comment les décisions ont été prises et, je dirais, sur comment elles sont prises en général. Je pense que ça démontre un manque de responsabilité», a dénoncé Megan Mitton, députée du Parti vert.
Le ministère n’a pas donné suite à notre demande d’entrevue avec la ministre, et a envoyé une déclaration au nom de Claire Johnson. Elle indique que le gouvernement accepte «en principe» toutes les recommandations du rapport.
Ces recommandations ratissent large, et portent autant sur la reddition de comptes et la préparation du budget que sur la composition des classes d’école et l’utilisation de salles d’isolement dans les écoles, chose que Kelly Lamrock a déjà dénoncée comme étant illégale.
«Nous restons déterminés à collaborer étroitement avec nos partenaires du secteur de l’éducation, les intervenants et les collectivités afin d’améliorer les résultats en littératie et en numératie dans toute la province», indique la ministre en rappelant que le gouvernement a lancé une consultation sur son prochain plan d’éducation.
L’opposition progressiste-conservatrice n’a pas répondu à notre demande d’entrevue.
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Photo : Le défenseur des enfants et des jeunes, Kelly Lamrock, dans la salle des comités de l’Assemblée législative, à Fredericton, le 15 septembre 2025. - Acadie Nouvelle: Alexandre Boudreau
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- Date de création 17 septembre, 2025
- Dernière mise à jour 17 septembre, 2025