Consultation publique sur l’utilisation des terres : « Ça tourne en rond »

La Voix acadienne - Une consultation sur l’aménagement du territoire s’est tenue le mercredi 24 septembre à la place de la Credit Union, à Summerside. L’événement visait à recueillir les idées, expériences et observations des habitants de l’Île en matière de gestion, de protection et d’utilisation des terres. La soirée, parfois marquée par des envolées émotives, a permis à plusieurs participants d’exprimer leurs inquiétudes face aux enjeux actuels. 

 

Éric Bergeron / IJL – Réseau.Presse – La Voix acadienne

L’Île-du-Prince-Édouard s’étend sur 1,4 million d’acres, dont plus du tiers, soit environ 500 000 acres, est consacré à l’agriculture. Depuis 1921, le nombre de fermes a fortement diminué, passant à seulement 1 921 exploitations. Durant la même période, la taille moyenne des fermes a augmenté de 374 %, atteignant désormais 422 acres.

Sur le plan économique, la province affiche une des plus fortes croissances au pays, avec une hausse du PIB de 3,6 %. Le secteur résidentiel est particulièrement dynamique : les mises en chantier ont bondi de 48 %, portant le nombre de chantiers actifs à 1 694.

La population connaît, elle aussi, une progression notable, en hausse de près de 3 % au cours de la dernière année. Elle s’élève désormais à plus de 178 000 personnes, ce qui exerce une pression croissante sur l’utilisation et la planification des terres de l’Île.

Les défis de taille

Shayna Wedderburn, de la firme de sondage Intelligent Futures, était chargée de recueillir les propos des citoyens lors de cette rencontre. Deux interprètes francophones étaient présents, munis de micros et de casques d’écoute mis à la disposition du public qui en nécessiterait dans la salle.

« L’Île vit de grands changements ces temps-ci, a déclaré Mme Wedderburn. L’érosion côtière, le développement résidentiel et commercial accru, l’arrivée de nouveaux habitants et la vente de très grandes parcelles de terre soulèvent d’importants enjeux. Le but de la rencontre ce soir est de déterminer de quelle façon, selon vous, le gouvernement provincial devrait gérer les ressources afin de subvenir aux besoins de la province. »

Elle a ajouté que, pour y parvenir, il serait essentiel de commencer par identifier les besoins économiques et environnementaux de l’Île.

Un certain déjà-vu

C’est alors que M. Greg Donald, directeur général du PEI Potato Board, a pris la parole :

«Permettez-moi, Mme Wedderburn, de vous demander, avec tout le respect, en quoi cette consultation diffère de celle d’il y a à peine quatre ans?» a-t-il lancé, en faisant référence au comité «Land Matters». Ce comité avait été mandaté pour conseiller le ministère de l’Agriculture et des Terres quant à la modernisation des lois provinciales sur la propriété foncière et l’aménagement du territoire. Il visait à engager le public, à recueillir les propos des parties et à formuler des recommandations fondées sur ces contributions. Le comité a organisé des consultations, reçu des présentations et des mémoires, et s’est livré à des délibérations pour élaborer un rapport final.

« Et depuis, selon M. Donald : Rien ! Rien du tout ! »

Un sentiment partagé par Eric Gavin, maire de la municipalité rurale d’O’Leary.

«Ce n’est pas la première fois que nous sommes tous assis autour d’une table à répondre aux mêmes questions, à formuler nos recommandations et à espérer que, peut-être, cette fois-ci sera la bonne. Trop souvent, les rapports issus de ces consultations finissent comme ramasse-poussière sur la tablette du ministre Myers », a-t-il lancé.

Le ministre de l’Environnement, de l’Énergie et du Climat, Steven Myers, n’avait toujours pas répondu à notre demande d’entrevue au moment de mettre ces lignes sous presse.

Robert Henderson, député de la circonscription 25, présent aux côtés de M. Gavin, a soulevé un enjeu qu’il juge si ancien qu’il peine à comprendre la lenteur du gouvernement à réagir.

«Les lots ont été dessinés à la fondation de l’Île en suivant un tracé rectiligne et rectangulaire, créant ainsi de longues parcelles étroites de 100 acres chacune, a-t-il expliqué. Or, la machinerie moderne peut difficilement fonctionner dans un tel cadre. Et si, par exemple, un ruisseau traverse un terrain, la portion non accessible entraîne une perte financière considérable. »

Selon lui, la province aggrave le problème en rendant extrêmement difficile le morcellement ou l’agglomération de ces terrains, ce qui empêche de les rendre véritablement rentables.

Son homologue, Hilton MacLennan, député du district 23, a proposé que le temps est peut-être venu pour le gouvernement de réinstaurer les banques foncières publiques.

« C’est un outil mis en place par les gouvernements pour gérer, régénérer et redistribuer des terres, a-t-il expliqué. Cela pourrait permettre à un jeune fermier, qui ne détient ni le capital ni le crédit nécessaire — des sommes à la portée de très peu —, d’acquérir éventuellement une terre à prix raisonnable auprès du gouvernement, d’y investir son temps et, à terme, d’en devenir propriétaire. »

Égaux, mais non équitables

« Les restrictions mises en place actuellement sur l’Île affectent généralement les petits : petits fermiers, petites entreprises et petites municipalités, a déploré Éric Gavin. Par exemple, un entrepreneur de grande taille, sans scrupules, dispose des moyens de payer les amendes liées à certaines coupes de plantes dites protégées sur un terrain en construction, tandis qu’une petite municipalité doit mettre un chantier en pause à la vue d’une quenouille. »

La municipalité rurale de O’Leary tente depuis 15 mois d’acquérir une acre de terrain voisin de l’actuel terrain de softball afin de le transformer en parc de baseball. « Ils nous mettent des bâtons dans les roues depuis plus d’un an, a ajouté M. Gavin. Ils changent sans cesse les règles du jeu et exigent de nous des sommes faramineuses pour notre petit projet. Contrairement à des villes comme Summerside, nous ne disposons pas des moyens nécessaires pour conclure le réaménagement du parc. »

De son côté, Monica Campbell, de Park Corner, a exprimé son désarroi face à la gestion gouvernementale des petites fermes familiales comme la sienne.

« Qui bénéficie de ces interdictions actuellement en place ? Nous sommes constamment sollicités pour nos terrains riverains par des promoteurs qui souhaitent les acquérir. Eux savent comment influencer les autorités pour atteindre leurs objectifs, mais nous, en tant que PME, sommes assujettis à des lois restrictives qui ne nous permettent pas de développer nous-mêmes notre parcelle. Pour survivre comme fermier, nous aimerions avoir recours à un revenu de location de gîtes sur nos propres terres. »

Tous les partis s’entendent pour dire qu’il reste beaucoup de pain sur la planche. Les consultations se poursuivent jusqu’au 17 octobre. Visitez le peilanduse.ca pour en savoir plus.  

PHOTOS :  

1- Alors que la population de l’Île-du-Prince-Édouard s’accroît, que l’érosion gruge peu à peu les côtes et que les terres agricoles se raréfient, les consultations publiques sur la gestion du territoire permettront-elles vraiment d’y remédier ? Et surtout, le gouvernement se hâtera-t-il d’agir ?  (Photo : Éric Bergeron)

2- Shayna Wedderburn, Stratégiste de la firme de sondage Intelligent Futures, aux commandes des consultations pour la soirée. (Photo : Éric Bergeron)

3- Eric Gavin mène un combat de longue haleine pour faire agrandir le terrain de softball dans son village d’O’Leary. (Photo : Éric Bergeron)

4- De gauche à droite, Robert Henderson, député circonscription 25, Eric Gavin, maire d’OLeary et Hilton MacLennan, député de la circonscription 23 étaient d’un commun accord qu’il est temps pour le gouvernement provincial de passer à l’acte et d’adresser les recommandations sur l’utilisation des terres. (Photo : Éric Bergeron)

5- Monica Campbell de Park Corner, jeune fermière débrouillarde qui en a profité pour se faire entendre. (Photo : Éric Bergeron)

 

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  • Date de création 1 octobre, 2025
  • Dernière mise à jour 1 octobre, 2025
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