Comment sont établies les priorités de déneigement à Ottawa?

Contrairement à plusieurs grandes villes à travers le pays, Ottawa n’offre aucune ressource pour suivre en temps réel les opérations de déneigement et d’entretien des routes.

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Par Clémence Labasse
IJL - Réseau.Presse - Le Droit

En février, près de 110 cm de neige sont tombés sur la capitale nationale. Trois semaines après que de puissantes tempêtes de neige aient recouvert la région de la capitale nationale d’un tapis de neige épais, les équipes de déneigement de la ville s’acharnent toujours à déblayer les rues. Et cela pourrait prendre encore quelques semaines pour que le système retourne à la normale.

Alors qu’à Gatineau, les résidents sont en mesure de suivre en temps réel les efforts de déneigement grâce à une carte en ligne, à Ottawa, les habitants n’ont pas de ressource similaire.

Dans une lettre ouverte publiée le lundi 24 février, la conseillère municipale du quartier Somerset, Ariel Troster, dénonce l’opacité des communications de la Ville sur ses priorités. «Nous ne sommes pas en mesure de fournir une explication aux nombreuses questions des résidents qui demandent pourquoi la rue X passe avant la rue Y».

«Nous savons que le personnel de la Ville a une vision globale de la meilleure façon d’effectuer le nettoyage, mais nous n’en sommes pas informés.»

 

Les déneigeurs privés et le public dans le noir

Pour les entreprises privées de déneigement, ce manque de transparence a un impact non négligeable sur leurs activités.

«La Ville ne partage pas son plan avec nous. […] Ainsi, si une tempête se prépare, nous devons simplement deviner quand la Ville décidera d’envoyer ses équipes, son matériel et ses sous-traitants pour déblayer les rues résidentielles», explique Kent Pettie, président de l’Association des entreprises privées de déneigement d’Ottawa.

«Ce jeu de devinette devient un problème de sécurité, affirme M. Pettie. Notre personnel travaille souvent de très longues heures. Nous pourrions gérer leur temps et emploi du temps beaucoup plus facilement si nous savions quand la Ville allait évacuer la neige. »

«Notre problème est que la Ville n’a pas enlevé beaucoup de neige encore. Comme les bancs de neige sont toujours très hauts chaque fois que les petits chasse-neige passent sur les trottoirs, ils vont balayer la neige sur les propriétés de nos clients, qui devront à nouveau être déneigées».

Pour les résidents, l’information sur la venue des équipements de déneigement dans leurs quartiers est également parcellaire.

Pour savoir si des opérations s’en viennent — et s’ils devraient en conséquence déplacer leurs véhicules stationnés dans les rues — les Ottaviens doivent attendre de voir si des panneaux seront placés dans leurs rues par les services municipaux. Des panneaux jaunes pour des opérations de journée, des panneaux rouges pour les opérations de nuit, et des panneaux verts dans les zones commerciales.

Durant les 10 jours après que la première tempête de neige ait touché la région, les services de la Ville ont reçu 23 000 appels à leur numéro ressource, le 3-1-1, dont de nombreuses demandes de déneigement.

La plupart de ces requêtes n’ont pas été suivies, car un «avis de tempête hivernale» avait été décrété par les autorités. Durant celui-ci, Ottawa demande à ses résidents de s’abstenir d’utiliser le 3-1-1, et leurs demandes ne sont pas prises en compte par la planification de la Ville, sauf en cas d’urgence. L’avis a été levé le 24 février, et les requêtes au 3-1-1 sont maintenant traitées.

Pour le reste, des mises à jour générales sur l’état des opérations, les prévisions météorologiques et la réponse prévue de la Ville sont publiées périodiquement sur le site web d’Ottawa. Sur ses réseaux sociaux, la municipalité donne aussi quelques mises à jour, particulièrement sur la mise en place et la levée des interdictions de stationnement pour l’ensemble de la ville.

Aucune information précise n’est donnée sur les lieux où, à travers ses 12 900 kilomètres de routes et 2 300 kilomètres de trottoirs et de sentiers, les équipes de déneigement d’Ottawa s’activent à tout moment.

 

À quand un «Where Is My Plow?» 2.0

Si Ottawa n’offre présentement aucune ressource en ligne permettant de suivre en temps réel le travail des déneigeurs, il fut un temps où la Ville avait tenté de le faire.

Il y a 10 ans, en 2015, elle avait lancé «Where Is My Plow» (Où est mon chasse-neige) — une ressource en ligne qui permettait aux utilisateurs de connaître l’heure estimée à laquelle une rue résidentielle serait déneigée, en se basant sur les informations GPS des véhicules de déneigement.

Un an plus tard, la Ville a mis fin à ce service.

«Nous avions mis en place ce système, qui devait être un modèle prédictif pour que les résidents sachent quand nous serions là. Malheureusement, ce système n’a pas fonctionné, nous l’avons donc retiré», commente Bryan Denyes, responsable de zone pour le service des routes d’Ottawa.

L’un des problèmes majeurs mentionnés alors était que l’application ne fournissait de l’information que sur les chasse-neige actifs dans les rues résidentielles. Comme il n’y avait rien d’indiqué sur les artères et grandes routes de la ville, les usages pouvaient avoir l’impression fautive qu’aucune opération de déneigement n’était en cours dans leur quartier.

L’application était aussi sujette à de nombreuses pannes et bogues. À l’époque, le gestionnaire des services publics de la ville Kevin Wylie avait expliqué qu’ils allaient retravailler l’application.

«Depuis, nul autre essai du genre n’a été tenté dans la capitale fédérale. Pourtant, tous les véhicules de déneigement sont toujours équipés de GPS», affirme Kevin Wylie.

À l’interne, les gestionnaires ont accès à une carte qui leur permet de suivre les opérations et de mieux établir leur planification, un outil nommé Citizen Impact, développé il y a environ 2 ans.

«Il s’agit d’un logiciel réalisé avec notre principal fournisseur de GPS, qui indique où se trouve notre équipement, où il a été, en prenant en compte les délais temporels, relate M. Wylie. Quiconque le regarde peut voir si une route ou un trottoir a été déneigé ou non».

La Ville considère à l’avenir partager cet outil avec les entreprises privées de déneigement de la région, mais le gestionnaire souligne que le logiciel est «toujours en phase de test» pour le moment.

Il n’y a aucun projet de mettre cette carte à disposition du public.

Un processus bien rodé, mais mal communiqué

Malgré ce qu’a pu laisser entendre la conseillère municipale de Somerset, les services des routes informent quotidiennement les conseillers municipaux de leur planification du déneigement, explique Bryan Denyes.

«Tous les après-midis, vers 16 h, les conseillers reçoivent des mises à jour sur notre travail, notamment quelles rues seront déneigées durant les opérations de nuit, et celles de jour le lendemain. Nous ne pouvons pas faire de projections plus loin, car nous devons constamment examiner ce qui a pu être accompli durant les opérations au jour le jour», soutient M. Wylie.

Pour coordonner les efforts des équipes de déneigement, les fonctionnaires s’appuient sur les normes de qualité pour l’entretien hivernal (NQEH) établies par la Ville et le conseil municipal. Ce document, mis en œuvre en 2003, codifie le temps de réponse admis pour le déblaiement des routes, selon le niveau de priorité qui leur est accordé.

«Les grandes artères sont déneigées la nuit, car nous ne pouvons pas opérer de manière efficace dans le trafic» explique le gestionnaire.

«Pour les routes résidentielles, nous travaillons durant la journée quand la plupart des gens sont au travail, les enfants à l’école et que le trafic sur ces routes est réduit. Nous prenons également en compte quand nous avons déneigé la route pour la dernière fois, et nos standards de qualité pour chaque catégorie de route. Est-ce que les bancs de neige ont rendu les routes plus étroites? Si oui, nous allons prioriser ces endroits.»

La taille des bancs de neige a un impact non négligeable sur la rapidité des opérations

«Ça demande des ressources supplémentaires sous la forme de camions plus hauts, afin de pouvoir charger encore plus de neige, pour que les équipes continuent d’avancer», estime M. Wylie.

Selon les analyses de la Ville, la quantité de neige accumulée dans ces bancs de neige est 50 % de plus que ce que ses services constatent lors de leurs opérations habituelles.

Ainsi, si les équipes ont déjà déneigé plus de 628 km et ont commencé à s’attaquer aux bancs de neige quelques jours après les tempêtes de février, le travail est encore loin d’être fini, en particulier sur les voies piétonnes.

Un processus de révision des normes de qualité pour l’entretien hivernal a commencé en 2020, et plusieurs consultations publiques ont été tenues. Les modifications devaient entre autres permettre d’améliorer l’entretien hivernal des rues résidentielles, des trottoirs, des pistes cyclables et des sentiers destinés à la marche ou au vélo.

Cinq ans plus tard, cette mise à jour n’a toujours pas été adoptée.

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PHOTOS:

Titre: LD_Déneigement | En deux semaines, la Ville d'Ottawa a déneigé l'équivalent de 628 km de route. (Étienne Ranger, Archives LeDroit/Étienne Ranger, Archives LeDroit)

Titre: LD_BancNeige | Dans les rues où les opérations de réductions des bancs de neige ont déjà eu lieu, l'accumulation des différentes couches de neige est particulièrement visible. (Clémence Labasse/Le Droit)

Titre: LD_NormesOtt | Les délais auxquels les équipes de déneigement de la Ville sont contraints après une tempête hivernale, selon ses règlements. (Ville d'Ottawa)

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  • Date de création 7 mars, 2025
  • Dernière mise à jour 7 mars, 2025
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