Clement, Peterson, Chiarelli: souvenirs anglos du drapeau franco

Ce sont des décideurs anglophones, d’ex-politiciens qui ont vu le drapeau franco-ontarien flotter devant leurs yeux, à la suite de décisions qu’ils ont prises. Nous leur avons demandé ce qu’ils pensent aujourd’hui du drapeau vert et blanc, à l’occasion de son 50e anniversaire.

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Émilie Gougeon-Pelletier

IJL – Réseau.Presse – Le Droit

Avant la crise SOS Montfort, en 1997, le drapeau franco-ontarien n’avait jamais joué un rôle très important dans la vie du ministre conservateur Tony Clement.

«J’avais conscience de l’existence du drapeau, mais il ne faisait pas partie de ma culture d’enfance», se souvient l’ex-politicien qui a grandi dans les régions majoritairement anglophones de Hamilton et de North York, dans le Grand Toronto.

Cinq ans plus tard, toutefois, les choses avaient changé.

Un an après être devenu ministre de la Santé, il s’est rendu à l’Hôpital Montfort, en février 2002, pour annoncer que le gouvernement conservateur de Mike Harris ne mènerait pas la célèbre cause en Cour suprême et que l’établissement de santé franco-ontarien demeurerait ouvert.

L'ancien ministre conservateur ontarien, Tony Clement s’est rendu à l’Hôpital Montfort, en février 2002, pour annoncer que son gouvernement abandonnait ses efforts visant à fermer l'établissement, au grand plaisir de son président et directeur général, Gérald Savoie, ainsi que de la figure de proue du mouvement SOS Montfort, feu Gisèle Lalonde. (Archives Le Droit)

La réaction des Franco-Ontariens avait été «sévère», se souvient-il, et le drapeau était «une représentation visuelle de la communauté pour illustrer qu’il existe ici un groupe qui se préoccupe de la situation».

Avec le temps, Tony Clement en a appris beaucoup sur ce symbole de la communauté francophone ontarienne.

«C’est un superbe drapeau. C’est une particularité culturelle unique pour les Franco-Ontariens et donc, oui, il fait partie intégrante de notre culture, comme il se doit», affirme-t-il.

Loi sur les services en français

L’ex-premier ministre libéral David Peterson est d’accord. Il voit le drapeau de la francophonie ontarienne «avec beaucoup de fierté», dit-il.

Alors que le Canada était secoué par la montée du mouvement souverainiste au Québec, son gouvernement a adopté, en 1986, la Loi sur les services en français, qui permet aux francophones d’obtenir certains services gouvernementaux offerts par la province dans leur langue maternelle.

«J’ai personnellement beaucoup contribué à ce que cela se produise. N’oublions pas que j’étais au cœur des discussions sur l’Accord du lac Meech. J’étais au cœur des droits des minorités linguistiques, et tout cela était lié au pays que j’essayais de bâtir», se souvient l’ex-premier ministre ontarien.

La proposition a suscité «de vives controverses», rappelle M. Peterson.

Quand les libéraux ontariens ont adopté la Loi sur les services en français, l’Alliance pour la préservation de l’anglais au Canada (APEC), un groupe de pression contre le bilinguisme officiel, a affirmé - faussement - que les municipalités allaient elles aussi devoir fournir des services en français à leurs résidents.

C’est notamment cette pression qui a convaincu la ville de Sault Ste. Marie à se déclarer unilingue anglaise, en 1990, une résolution invalidée par les tribunaux, quatre ans plus tard.

«Il y avait beaucoup de choses anti-francophones qui se passaient. Des gens ont piétiné le drapeau du Québec à Brockville. Il y a eu des résolutions anti-francophones à Sault Ste. Marie, et il y avait toute cette polémique de ceux qui se demandaient pourquoi il devrait y avoir du français sur les boîtes de Corn Flakes.»

—  David Peterson, ex-premier ministre libéral ontarien

Mais cette Loi, «c’était un grand pas en avant pour cette minorité linguistique en Ontario et pour une déclaration sur la nature de notre pays», raconte l’ex-politicien.

Avant de raccrocher, David Peterson s’est dit heureux d’avoir été interrogé à propos du drapeau.

«Je n’y avais pas pensé, mais ce sujet me donne beaucoup de joie», a-t-il conclu.

Débats houleux à Ottawa

Le drapeau portant le trille vert et la fleur de lys blanche, créé en 1975, a été reconnu comme emblème officiel des Franco-Ontariens en 2001.

Malgré cette nouvelle reconnaissance, certaines municipalités ont hésité à hisser le drapeau devant l’hôtel de ville.

À Ottawa, le sujet a fait naître des «débats houleux», se souvient le maire de l’époque, Bob Chiarelli.

Alors que le public était invité à assister aux discussions du conseil municipal à propos du bilinguisme, des insultes, comme la célèbre appellation «French frog», ont parfois été lancées, raconte-t-il.

«Certains d’entre eux se sont mal comportés, et à quelques reprises, ils ont dû être escortés à l’extérieur», relate Bob Chiarelli.

Mais l’ex-maire francophile se réjouit du succès qu’ont eu les initiatives du drapeau et de la reconnaissance du caractère bilingue de la Ville d’Ottawa.

«Il y a eu des moments, lors des débats au conseil, où des personnes, disons, très ignorantes, criaient et hurlaient après ceux qui débattaient de la question du bilinguisme. Ce n’était pas un processus facile, mais nous y sommes parvenus.»

«Le drapeau me fait du bien», indique-t-il.

À Sudbury

À Sudbury, le conseil municipal a lui aussi débattu sur le hissage du drapeau franco-ontarien devant l’hôtel de ville, en 2003.

En entrevue, le maire de l’époque, Jim Gordon, raconte que lorsqu’il était enfant, son école anglophone était située à côté d’une école francophone.

«J’avais remarqué que les enfants ne pouvaient pas jouer ensemble à la récréation», déplore-t-il.

Il affirme aussi qu’à un très jeune âge, il était facile de constater les différends entre les francophones et les anglophones.

«J’étais à une fête dans une maison à Sudbury, alors que je n’étais qu’un jeune garçon. Et les adultes parlaient des français et des anglais, et j’ai entendu un oncle qui n’était pas très amical et qui voyait les francophones d’une manière très différente de la nôtre. Je voyais déjà qu’il pouvait y avoir des tensions entre les deux communautés.»

Jim Gordon trouvait important que les discussions concernant la communauté francophone se tiennent en public, en toute civilité.

«Les décisions concernant l’avenir de la communauté doivent être prises par les gens qu’ils élisent. Je ne pense pas que le maire devrait être responsable de prendre cette décision», affirme-t-il.

Finalement, la majorité du conseil s’y est opposé.

Trois ans plus tard, John Rodriguez décide que l’un des premiers gestes qu’il posera lors de sa première journée au travail en tant que maire de Sudbury sera de hisser le drapeau franco-ontarien devant l’établissement municipal, et qu’il flottera en permanence.

Avec le recul, Jim Gordon admet que c’était la chose à faire.

«Ces questions devraient être portées devant le conseil. Mais le fait qu’il ait agi ainsi, le fait qu’il ait pris une décision unilatérale, je pense que, plus que jamais, c’était la bonne approche», souligne l’ex-maire sudburois.

Jim Gordon voit le drapeau franco-ontarien comme un symbole de rapprochement entre les communautés linguistiques.

Il a certainement joué un rôle dans l’amour de ses enfants pour la communauté francophone, dit-il.

«Ce sont nos racines à nous tous», conclut l’ex-maire Gordon.

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  • Date de création 24 septembre, 2025
  • Dernière mise à jour 24 septembre, 2025
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