IJL - Ouest
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  • Date de création 1 octobre, 2021
  • Dernière mise à jour 1 octobre, 2021

Chez nos voisins, les francophones montent aux barricades

Fairy Creek, au sud de l’île de Vancouver, est le témoin d’un mouvement de désobéissance civile inégalé dans l'histoire du Canada. Des milliers de citoyens sopposent à labattage darbres anciens depuis le 9 août 2020. Alors que la coupe suit son cours suite à l’injonction accordée à la compagnie forestière Teal-Jones (Teal Cedar Products Ltd), l'escalade des tensions entre les manifestants et la Gendarmerie royale du Canada (GRC) tient la région en haleine.

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Marie-Paule Berthiaume

IJL - Franco.Presse - Le Franco

Les arrestations et les plaintes du public s’accumulent à Fairy Creek en dépit du jugement de la Cour suprême de la Colombie-Britannique ayant déclaré «illégales» les zones d'exclusion aux manifestants, les points de contrôle, les fouilles et les restrictions imposées aux médias par la GRC.

En date du 13 septembre, la Commission civile d'examen et de traitement des plaintes relatives à la GRC (CCETP) a indiqué par courriel avoir reçu 207 plaintes du public, dont 77 relevant de son mandat qui seront envoyées pour enquête.

La GRC a procédé à plus de mille arrestations depuis le début des protestations. Le sergent Chris Manseau dénote par courriel «une escalade dans les tactiques de protestation et les allégations au cours des dernières semaines, depuis que les forces de l'ordre ont supprimé tous les camps et supports de protestation dans la région.»

Un mouvement contestataire enraciné

Des manifestations contre la coupe des forêts anciennes ont commencé à s'organiser dès les années 1980 sur l’île de Vancouver. C’est aussi là qu’on y retrouve plusieurs écosystèmes forestiers exceptionnellement rares.

La plus célèbre de ces protestations, surnommée la «guerre dans les bois», avait mené à l'arrestation de 856 protestants à Clayoquot Sound à l’ouest de l’île en 1993.

Needle (Aiguille), natif de l’île de Vancouver, est présent depuis les débuts de la contestation de Fairy Creek. Membre du Rainforest Flying Squad (RSF), un mouvement d'action directe non violente mené par des bénévoles, il se rappelle que l’aventure a commencé lorsqu’un groupe de personnes veillant sur les terres de la vallée centrale Walbran a été alerté au début août 2020.

«lls ont été informés par cet adolescent américain, Joshua Wright, qui regarde constamment des images satellites, qu’une exploitation forestière était en cours. Ils ont fait arrêter les machines. Quelques personnes sont alors restées sur place pendant l'automne et l'hiver en bloquant les deux entrées grâce aux camps River et Ridge», relate celui qui s’est dédié au mouvement à partir de mars 2021.

Les manifestants se sont rassemblés une première fois devant les bâtiments du Parlement de la Colombie-Britannique le 27 mars 2021, en prévision de l'injonction. «Une fois l'injonction accordée le 1er avril 2021, le cours des choses s'est accéléré. Nous avons commencé à nous organiser davantage à l’extérieur des camps», relate Needle qui fait la navette entre Fairy Creek et Victoria.

Hazelnut

La jeune Québécoise Hazelnut (Noisette) compte deux arrestations et deux remises en liberté à son actif depuis son arrivée à Fairy Creek en janvier 2021. Anxieuse face à la crise climatique, elle s’est «souvent sentie impuissante dans la vie». Fermement décidée cette fois à faire une différence, la désobéissance civile lui semble désormais tout indiquée. «Quand on a signé la pétition et participé à la manifestation, il n’y a plus rien à faire d’autre que de désobéir», raisonne-t-elle.

Hazelnut se remémore avec nostalgie les nombreux camps des manifestants détruits par la GRC. «Il reste des gens qui vivent dans les bois en se mettant à risque pour empêcher les bûcherons de couper les forêts. Nous, on bloque l'industrie à leur arrivée le matin. Des gens se couchent par terre ou ils s’assoient en s'enchaînant avec leurs bras pour donner plus de temps à nos compagnons dans la forêt de s’organiser en toute sécurité», partage celle qui dit avoir récemment subi de la brutalité policière.

«C’est dur d’être victime et d’être témoin de violences policières, mais en même temps on sait pourquoi on est là. En étant à Fairy Creek, on comprend qu’on combat beaucoup plus que pour les arbres. C'est un combat pour la souveraineté autochtone et la réforme d’un système abusif et violent», confie-t-elle.

Needle

Le biologiste et écologiste de formation, Needle, se sent protecteur des forêts anciennes dans lesquelles il a grandi. Deux récents rapports indiquant l’urgence de conserver les forêts anciennes ont inspiré son aventure à Fairy Creek.

Le premier rapport, BC’s Old Growth Forest: A Last Stand for Biodiversity, a été préparé par la compagnie Veridian Ecological Consulting, présidée par la désormais célèbre scientifique Rachel Holt. L’autre, A new Future for Old Forests, est un examen stratégique des forêts anciennes commandé par le gouvernement de la province.

Quatorze recommandations en sont ressorties pour transitionner vers une sylviculture fondée sur l'écologie. Le ministère des Forêts a déclaré par courriel travailler sur les recommandations qui «suggèrent le report dans les zones où il existe un risque à court terme de perte irréversible de la biodiversité et des mesures supplémentaires pour changer le mode de gestion des forêts anciennes.»

Le biologiste et écologiste Needle s’inquiète cependant de l'abattage des forêts anciennes, sachant qu'elles sont les plus résistantes au changement climatique. «Elles peuvent aussi aider d'autres forêts à se régénérer plus rapidement et vigoureusement. Ce type de refuge pour la biodiversité permettra à d'autres forêts d’accueillir plus de biodiversité et de participer à sa préservation.»

Selon lui, les manifestants souhaitent que la Première Nation Pacheedaht puisse avoir le contrôle de ses terres, ce qui n'est pas le cas pour la zone exploitée par la compagnie forestière Teal-Jones. «Nous essayons simplement de tenir bon jusqu'à ce que le gouvernement fasse ce qu'il est censé faire en fournissant un financement de conservation aux Pacheedaht afin qu'ils n'aient pas à participer à l'exploitation des dernières forêts anciennes sur leurs terres [par un tierce partie] et qu'ils cessent d’être contraints d'accepter des accords terribles de ces entreprises forestières.»

Rainbow Eyes

La manifestante de la Première Nation Da'naxda'xw-Awaetlala sur l'île de Vancouver, Rainbow Eyes (Yeux arc-en-ciel), en est à sa quatrième arrestation et sa remise en liberté est désormais sous conditions. Lors de sa troisième arrestation, son tambour a également été confisqué et il est «toujours en prison». Le fameux tambour devrait comparaître en justice le 25 octobre.

Formée comme gardienne des terres pour sa nation à l'Université de Victoria, la femme dans la trentaine voit le mouvement comme le début possible de la réconciliation. «Ce sont les citoyens qui travaillent à la réconciliation devant l’absence du gouvernement, situation qui semble faire son affaire. John Horgan «s’il vous plaît, dites quelque chose». Justin Trudeau «dites quelque chose». La situation attire l'attention internationale, vous savez ce qui se passe mais vous restez silencieux. Voilà comment ça se passe. Nous le savons aussi dans les Premières Nations, chaque nation le sait. Ces gens laissent les choses s'effondrer puis ils interviennent quand ça leur semble bon pour l’économie», croit-elle.

Pour Rainbow Eyes, la fin potentielle de l’injonction le 26 septembre a peu de signification. «Je suppose que je serai heureuse que la GRC soit obligée de partir, mais je n’ai plus confiance dans le système. Ils trouveront toujours un moyen d’arriver à leur fin, à moins que nous fassions suffisamment de bruit, que nous soyons solidaires», conclut-elle.

Pendant ce temps, la GRC a demandé à la Cour suprême d'indiquer de façon précise ce qu’ils doivent faire sur le terrain pour s’assurer que l’injonction soit respectée.

*À noter: Le pseudonyme des manifestants a été utilisé à des fins de protection personnelle.

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