Changement d’heure, toute une histoire
La Voix acadienne - L’Île-du-Prince-Édouard, comme le reste des provinces de l’Atlantique, vient de passer à l’heure d’hiver. Les Prince-Édouardiens ont gagné une heure de sommeil. Ce changement d’heure est remis en cause par les scientifiques pour ses conséquences négatives sur la santé. La question revient aussi régulièrement dans le débat public.
Marine Ernoult / IJL – Réseau.Presse – La Voix acadienne
Dans la nuit du 2 au 3 novembre dernier, l’Île-du-Prince-Édouard, comme le reste du Canada atlantique, est passée à l’heure d’hiver. Concrètement, il s’agit d’une heure de gagnée : les insulaires ont pu dormir 60 minutes de plus durant la nuit de la bascule. À leur réveil, ils ont reculé leur montre d’une heure.
Dans quelques mois, les Insulaires devront à nouveau régler leur montre pour le passage à l’heure d’été. Cette fois, ils perdront une heure de sommeil.
À l’origine, ce changement d’heure a été décrété pour accroître la production et limiter la consommation d’énergie. Mais il est aujourd’hui très critiqué par la communauté scientifique, qui préconise de l’abolir et de rester à l’heure d’hiver, dite normale, toute l’année.
«La majorité des gens aiment l’heure d’été, car ils veulent des soirées plus longues. C’est pourtant mieux d’être exposé à plus de lumière le matin», explique le directeur du Centre d’étude des troubles du sommeil de l’Université Laval à Québec, Charles Morin.
«Notre cerveau est plus sensible à la lumière trente minutes après le réveil, ça permet de mieux réguler notre horloge biologique pour la journée» appuie Véronique Daneault, associée de recherche au Centre d’études avancées en médecine du sommeil à Montréal.
Hausse du risque de crises cardiaques
Selon Véronique Daneault, le passage à l’heure d’été, dite avancée, a des impacts négatifs sur la santé.
«Ça entraîne une plus grande privation de sommeil. Les gens se couchent plus tard le soir étant donné qu’il fait jour plus tard, mais ils se lèvent toujours aussi tôt le matin», détaille-t-elle.
Résultat, la chercheuse explique que le risque de crise cardiaque et d’accident cardio-vasculaire est plus élevé pour les personnes ayant des prédispositions.
En 2008, une étude suédoise, s’appuyant sur des statistiques du pays entre 1987 et 2006, constatait déjà «une augmentation statistiquement significative du risque de crise cardiaque» dans la semaine suivant le changement d’heure, notamment lors du passage à l’heure d’été.
«Il y a aussi les impacts plus individuels de privation de sommeil comme la somnolence, les troubles de la mémoire et de l’humeur, l’irritabilité», poursuit Charles Morin.
Une autre étude de septembre 2015, conduite par l’Union européenne, confirme que «la santé peut être affectée par le changement de biorythme du corps, avec de possibles troubles du sommeil et de l’humeur.»
Les deux spécialistes évoquent par ailleurs une hausse des accidents de la route et du travail.
Plus d’accidents de la route
La question de l’abolition du changement d’heure revient ainsi régulièrement dans le débat public. À plusieurs reprises, les provinces de l’Atlantique ont songé à l’abandonner, sans jamais aller jusqu’au bout. Le gouvernement québécois vient, lui, de lancer une consultation sur le sujet.
«C’est à souhaiter que tout le monde y mette fin en même temps, que les provinces s’alignent aussi sur l’est des États-Unis», observe Charles Morin.
Il y a quelques années, le Congrès américain a adopté une loi supprimant le changement d’heure, avant de faire machine arrière un an plus tard.
Au Canada, seuls la Saskatchewan et le Yukon ont décidé de ne plus s’y conformer, respectivement depuis 1966 et 2020. L’Ontario a bien adopté une loi pour y mettre fin, mais elle n’est jamais entrée en vigueur.
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ENCADRÉ :
Les bons réflexes
Quelle que soit l’heure indiquée sur le cadran, la longueur du jour va diminuer inexorablement jusqu’au 21 décembre, le jour le plus court de l’année.
«On ressent cette diminution de la luminosité naturelle dans l’environnement, on se sent moins réveillé le matin, on a moins d’énergie», observe la chercheuse Véronique Daneault.
«C’est pour cela qu’au réveil, il faut bien allumer toutes les lumières chez soi, ça permet d’envoyer des signaux de réveil à notre cerveau», ajoute-t-elle.
Elle recommande au contraire de diminuer la luminosité de la maison deux à trois heures avant le coucher et d’éloigner les écrans, sources de lumière bleue, pour «sécréter de la mélatonine et avoir un bon sommeil réparateur».
PHOTOS :
1- «La majorité des gens aiment l’heure d’été, car ils veulent des soirées plus longues. C’est pourtant mieux d’être exposé à plus de lumière le matin», explique le professeur Charles Morin. (Photo : Gracieuseté)
2- Véronique Daneault explique qu’à cause du changement d’heure au printemps le risque de crise cardiaque et d’accident cardiovasculaire est plus élevé pour les personnes ayant des prédispositions. (Photo : Gracieuseté)
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- Date de création 4 novembre, 2024
- Dernière mise à jour 4 novembre, 2024