Changement climatique : front commun des TNO, du Nunavut et du Yukon

Les inondations dévastatrices de Hay River et de la Première Nation K’atl’odeeche auront coïncidé avec le Forum des premiers ministres du Nord, guidé cette année par un constat de circonstance : le Nord canadien se réchauffe à un rythme trois à quatre fois plus élevé que la moyenne mondiale.

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Thomas Ethier
IJL – Réseau.presse – L’Aquilon

La première ministre Caroline Cochrane s’est jointe à ses homologues du Nunavut et du Yukon, le temps d’un sommet axé, en grande partie, sur les effets disproportionnés du changement climatique à travers le Nord. Dans une déclaration commune, les élus réclament d’Ottawa une attention, un soutien et des investissements accrus dans leurs efforts communs pour combattre les effets du réchauffement planétaire.

Signée le 9 mai par la première ministre des TNO et les premiers ministres du Yukon et du Nunavut, Sandy Silver et P. J. Akeeagok, la Déclaration des leadeurs du Nord sur le changement climatique désigne sept domaines d’intérêt qui nécessiteront la contribution d’Ottawa. « Les gouvernements du Nord ont besoin d’un financement stable et à long terme qui prend en compte la capacité fiscale et humaine limitée des territoires et les difficultés logistiques de travailler sur un territoire si vaste et si éloigné », peut-on lire dans le document.

 

Faibles émissions, conséquences majeures

En conférence de presse, la première ministre Caroline Cochrane, accompagnée de ses partenaires, a souligné l’importance d’efforts concertés, d’un océan à l’autre et à l’autre, pour contrer les effets du changement climatique. « Nous ne dépendons pas uniquement du gouvernement fédéral quand vient le temps de parler de changements climatiques. Les trois territoires doivent soulever cet enjeu au conseil de la fédération pour que tous les premiers ministres du Canada commencent à parler de changements climatiques.

« Il est temps que le gouvernement canadien et tous les premiers ministres fassent leur part financièrement. J’entends la voix des jeunes et que je suis d’accord : nous devons intensifier les efforts, et nous devons en faire plus. Il s’agit maintenant d’avoir les ressources pour être en mesure de le faire », a-t-elle fait valoir.

Les signataires de la Déclaration exigent essentiellement plus de financement pour des Infrastructures résistantes aux changements climatiques, de systèmes d’énergie renouvelable, non conventionnels et surs, la préparation aux situations d’urgence, la recherche, les connaissances et le renforcement des capacités nordiques, la santé et le bienêtre, la préservation de l’identité culturelle des groupes autochtones et les nouvelles possibilités économiques et de leadeurship.

« Les émissions de gaz à effet de serre provenant du Nord sont très faibles à l’échelle nationale ou mondiale, mais les répercussions attribuables au changement climatique que le Nord doit subir sont profondes. Malgré tout, nous souhaitons apporter notre contribution pour réduire et soutenir la transition vers une économie à faibles émissions de carbone », indique-t-on.

Des leadeurs autochtones de l’ensemble du Nord, incluant 11 leadeurs des gouvernements autochtones membres du Conseil des dirigeants des TNO, ont approuvé la déclaration. Les signataires y demandent entre autres de « reconnaitre l’importance des approches autochtones et de les soutenir, notamment en incluant les gouvernements autochtones dans la prise de décisions, pour favoriser la réconciliation et, dans la mesure du possible, l’intégration des connaissances autochtones. »

 

Remplacer le diésel par l’hydroélectricité

Aux Territoires du Nord-Ouest, la lutte au changement climatique doit commencer, selon Mme Cochrane, par le financement et la recherche de solutions pour un passage vers les énergies vertes et renouvelables, alors que plusieurs collectivités dépendent toujours du diésel.

Concrètement, c’est le projet d’agrandissement de la centrale hydroélectrique de la rivière Taltson qui arrive, selon elle, en tête des priorités. « On parle d’agrandir la centrale depuis plusieurs décennies. Nous commençons à bénéficier de l’intérêt du gouvernement fédéral, mais nous avons presque atteint un point de crise. Il s’agit d’hydroélectricité, de l’énergie verte qui permettra à plusieurs de nos collectivités de sortir du diésel », a-t-elle souligné.

« Nous tentons de permettre aux résidents de réduire leurs émissions de CO2, même si nous en produisons très peu en comparaison au reste du Canada, ajoute la première ministre. Nos collectivités dépendent beaucoup du diésel en hiver. Les gens du sud croient souvent que nous pouvons nous tourner vers l’énergie solaire ou éolienne. Ce sont de bons systèmes, mais ils ne fonctionnent pas 24 heures sur 24. »

« Ce que j’ai dit souvent au gouvernement fédéral, ajoute la première ministre, c’est que, malgré tous les systèmes de panneaux solaires et éoliens que vous pouvez nous fournir, nous aurons toujours besoin de systèmes d’appoint au diésel, pour les moments où le soleil ne brille pas ou que le vent ne souffle pas. »

La centrale Talston répondra aux besoins des résidents du sud du territoire et peut être du centre, mais il faut encore trouver des solutions pour les collectivités au nord. « Le changement climatique est bien présent. Nous n’avons pas encore toutes les réponses, mais nous devons continuer à chercher des réponses », a-t-elle conclu.

 

La souveraineté au-delà des armes

Sujet incontournable dans le contexte du déploiement militaire russe en Ukraine, les efforts pour solidifier la souveraineté de l’Arctique s’inscrivent dans les requêtes des élus du Nord. « Nous avons tous convenu que la souveraineté de l’Arctique doit commencer par la force et la résilience de nos citoyens. Nous avons discuté du besoin d’un financement fédéral coordonné, en fonction des intérêts et des besoins des gens du Nord », a indiqué le premier ministre Sandy Silver.

Comme l’a souligné le dirigeant du Yukon, la fonte des glaces et l’ouverture du passage du Nord-Ouest, en plus de se traduire par de futures occasions d’affaires pour le Nord, suscite également l’inquiétude face à l’intérêt exprimé par les puissances mondiales comme la Russie et la Chine. Un enjeu tant économique que de sécurité qui, comme le soulignent les élus du Nord, concerne tout le pays.

« Il est de notre responsabilité d’expliquer à la nation qu’en matière de sécurité, on ne parle pas uniquement de militarisation et de l’accord NORAD avec les États-Unis. Quand je parle de sécurité, je pense notamment aux soins de santé. Nous avons convenu entre premiers ministres qu’il sera important de partager ce message lorsque nous nous adressons à nos collègues du Conseil de l’Arctique », a souligné M. Silver..

Comme souligné dans la Déclaration, le Nord canadien se réchauffe à un rythme trois à quatre fois plus élevé que la moyenne mondiale. M. Silver et Mme Cochrane ont plus d’une fois mentionné les innondations qui ont forcé l’évacuation de quelque 250 familles de Hay River et de la première Nation K’atl’odeeche, attribuant l’intensité croissante des inondations dans le Nord au changement climatique.

Les signataires soulignent également l’augmentation des feux de forêt, les phénomènes météorologiques extrêmes, l’érosion le long des rivières et des côtes arctiques, les conditions imprévisibles de la glace, les pandémies et ledégel du pergélisol. « Il est critique de mettre les mesures appropriées en place pour garder les gens et les collectivités en sécurité », peut-on lire.

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Photos

Titre :  2022_05_13_Declaration_Environnement_CRD_Courtoisie_GTNO_FB_WEB.jpg

Légende : Caroline Cochrane, première ministre des Territoires du Nord-Ouest, en compagnie de Sandy Silver, premier ministre du Yukon, et de P.J. Akeeagok, premier ministre du Nunavut.

Crédit : Courtoisie GTNO – Facebook

 

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  • Date de création 12 mai, 2022
  • Dernière mise à jour 12 mai, 2022
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