Cérémonie de graduation au Collège de l’Île : «Ce n’est pas un simple bout de papier, c’est tous mes efforts qui ont payé»
La Voix acadienne - Le vendredi 20 juin, une cinquantaine d’étudiants et d’étudiantes du Collège de l’Île ont reçu leur diplôme et leur certificat à Charlottetown. Venus des quatre coins du monde, ils témoignent de leur parcours, des défis auxquels ils ont été confrontés et de leurs perspectives d’avenir.
Marine Ernoult / IJL – Réseau.Presse – La Voix acadienne
«C’est beaucoup de bonheur, ce n’est pas un simple bout de papier, c’est tous mes efforts qui ont payé. J’ai beaucoup appris sur moi-même», confie l’éducatrice de la petite enfance, fraîchement diplômée, Ornella N’guessan.
La jeune femme de 29 ans, originaire de Côte d’Ivoire, fait partie des 55 étudiants et étudiantes du Collège de l’Île qui reçoivent leur diplôme et leur certificat vendredi 20 juin.
Arrivée en juillet 2024, elle se souvient de l’intégration difficile au début, «toute seule, sans ses parents et ses amis». Elle évoque les difficultés pour trouver un logement, la plongée dans un environnement anglophone inconnu.
«À plusieurs reprises, je me suis dit ‘j’en peux plus, ça suffit, j’abandonne tout, je veux rentrer, c’est trop difficile’», partage-t-elle.
Mais elle tient bon, car elle a fait de nombreux sacrifices pour venir étudier au Canada : «Je sais tout ce que j’ai laissé derrière moi, j’ai dû beaucoup économiser, vendre les biens que je possédais.»
Les étudiants internationaux paient plus de 12 000 dollars de droits de scolarité pour l’année de formation accélérée d’éducateur·trice de la petite enfance.
«Le plus grand défi, c’était d’apprendre la langue»
À ses côtés, Leslie Ostalie reçoit également son diplôme d’éducatrice de la petite enfance : «C’est une fierté, de la joie mêlée de chagrin, un poids qui s’enlève de mes épaules.»
Durant les premiers mois de la formation accélérée, la Martiniquaise, en reprise d’études, a dû elle aussi s’accrocher.
Toutes les trois semaines, elle avait un nouveau cours avec, à chaque fois, des exercices à faire et des examens à réviser. Pour la soutenir, sa mère est restée six mois avec elle.
«On avait une grosse charge de travail, c’était très intense, je travaillais du lundi au dimanche jusqu’à 23 heures, je me demandais parfois ce que je faisais là, raconte-t-elle. Mais j’ai continué, car ça a toujours été mon rêve de travailler au Canada.»
L’intégration n’a pas non plus été facile pour le Togolais Christian N’toukon et le Camerounais Donatien Tchote, tous deux commis comptables.
«Ça n’a pas été aussi simple qu’on le pensait, la vie en anglais, la recherche d’un logement, le coût de la vie très chère à l’île», explique Donatien Tchote.
«Mais aujourd’hui on est contents et fiers du travail abattu. C’est intellectuellement enrichissant de connaître d’autres cultures», poursuit Christian N’toukon.
Gloria Plaza, d’origine chilienne, est, elle, venue étudier à l’Île-du-Prince-Édouard pour améliorer sa carrière professionnelle et donner le meilleur avenir possible à ses deux enfants.
Arrivée dans la province en 2023 sans parler un mot de français ni d’anglais, la mère de famille de 37 ans est aujourd’hui graduée en administration des affaires.
«Je suis très heureuse, c’est beaucoup de sentiments dans mon cœur, je ne pensais jamais que j’y arriverais », dit-elle. «Le plus grand défi, c’était d’apprendre la langue, c’était difficile et stressant, ça me tournait la tête.»
«J’ai pas de mots, c’était super le fun»
La plus jeune graduée du Collège de l’Île et la seule Québécoise, Andrée-kim Chiasson, s’est sentie «spéciale» pendant ses deux ans de formation de travailleuse jeunesse.
«J’ai pas de mots, c’était super le fun l’école. J’ai pu rencontrer du monde de partout, j’ai fait de belles connaissances, j’ai même appris l’espagnol», témoigne la jeune fille de 18 ans qui vient des Îles-de-la-Madeleine.
À l’image des autres étudiants internationaux, la recherche d’un logement et le coût de la formation ont représenté «des défis» pour Andrée-kim Chiasson : «Heureusement, mes parents m’ont soutenue et puis ici, je me sentais comme chez nous, ça ressemble beaucoup aux îles.»
Leur diplôme en poche, Ornella, Leslie et Gloria veulent rester à l’Île-du-Prince-Édouard. Au fil des mois, elles ont réussi à s’intégrer et à se faire des amis des quatre coins du monde.
Ornella N’guessan travaille d’ores et déjà à temps partiel à la garderie L’Île Enchantée de Charlottetown tandis que Leslie Ostalie, bilingue, a trouvé une place dans une garderie anglophone.
«Je suis très famille, donc c’est un peu dur par moment, mais j’aime vraiment l’île, la tranquillité, la vie très calme», affirme Leslie Ostalie.
Gloria Plaza a de son côté un peu plus de mal à décrocher un entretien d’embauche. Elle ne se décourage pas pour autant et continue de chercher en français et en anglais. Avec un seul objectif en tête, obtenir sa résidence permanente.
PHOTOS :
1- «Grâce aux enseignants, j’ai réalisé qu’il faut bien se connaître soi-même pour pouvoir bien prendre soin des enfants», partage Ornella N’guessan. (Photo : Marine Ernoult)
2- Venir au Canada est un gros travail, mes parents ont débloqué des fonds pour que je continue mes études», explique Christian N’toukon (à gauche). «Le marché de l’emploi est compliqué en ce moment, je resterai à l’île si je trouve un travail ici», dit Donatien Tchote (à droite). (Photo : Marine Ernoult)
3- Après plusieurs mois de cours très intenses, Leslie Ostalie a pris conscience du besoin de «prendre soin de soi» et d’arrêter d’être trop perfectionniste. (Photo : Marine Ernoult)
4- Après sa graduation, Andrée-kim Chiasson retourne aux Îles-de-la-Madeleine pour travailler comme travailleuse jeunesse dans une garderie. (Photo : Marine Ernoult)
5- Gloria Plaza, vendeuse de pièces détachées automobiles au Chili, s’est installée à l’Île-du-Prince-Édouard avec ses deux enfants et son mari, qui travaille dans la construction. (Photo : Marine Ernoult)
6- Le vendredi 20 juin, 55 étudiants et étudiantes du Collège de l’Île ont reçu leur diplôme au Collège Holland à Charlottetown. (Photo : Marine Ernoult)
- Nombre de fichiers 7
- Date de création 23 juin, 2025
- Dernière mise à jour 23 juin, 2025