«Ce que j’avais appris au Collège Holland était très en avance»

«Ce que j’avais appris au Collège Holland était très en avance»

Normand Bernard, très attaché à ses origines acadiennes de l’Île-du-Prince-Édouard, fait carrière dans l’industrie de la mode à Montréal depuis près de 30 ans. Il doit beaucoup au Collège Holland pour ses succès. Le créateur de mode revient sur sa vie et nous donne son sentiment sur l’avenir du secteur.

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Propos recueillis par Marine Ernoult

À 56 ans, Normand Bernard, originaire de Miscouche, est un ancien étudiant (alumni) du Collège Holland. Depuis près de trente ans, le Prince-Édouardien travaille dans l’industrie de la mode à Montréal. Il nous parle de sa carrière et de sa vision du secteur.

Comment le Collège Holland a-t-il contribué à votre carrière?

Je suis très fier de l’éducation que j’ai reçue au Collège Holland. C’était très personnalisé, chacun pouvait avancer à son rythme, chaque talent était reconnu. Lorsque j’avais des questions ou de nouvelles idées en dehors du programme d'études classiques, mes professeurs me disaient «travaillons là-dessus ensemble». Plus tard, lorsque j’ai fréquenté d'autres écoles, je me suis rendu compte que ce que j’avais appris au Collège Holland était très en avance.

D’où vient votre passion pour la mode?

J’ai toujours aimé les vêtements. Quand j’étais jeune, je regardais ma mère s’habiller très chic pour les mariages et les événements. J’étais impressionné par ses belles robes. Le dessin était également ma grande passion. Au départ, je m’orientais plus vers l’architecture. Mais pour notre bal de finissants à la fin du secondaire, mes amies m’ont demandé de dessiner leurs robes. C’est là que je me suis découvert un véritable don pour la création. On a tellement de liberté quand on crée des vêtements pour femmes, on peut laisser libre cours à son imagination. À ce moment-là, je ne savais pas encore coudre, j’ai acheté ma première machine à coudre à 17 ans.

À la même époque, le Collège Holland venait de lancer le programme Fashion Technique & Design. J’ai décidé de m’y inscrire et j’ai adoré. Ce qui est magnifique avec la mode, c’est que  ça change tout le temps, c’est toujours en transition, jamais ordinaire. Pendant ma scolarité, j’ai eu la chance de recevoir la bourse de la fondation Simon Chang/Phyllis Levine, un prix décerné à des étudiants prometteurs dans le secteur de la mode.

Pouvez-vous nous en dire un peu plus sur votre carrière?

À l’Î.-P.-É., j’ai commencé à mon compte. Au début, la vie d’artiste n’était pas facile alors pour avoir un salaire stable, j’étais décorateur étalagiste pour certains magasins à l’Île. J’habillais les mannequins, je mettais en scène des vitrines des magasins pour mettre en valeur les vêtements. Pendant longtemps, j’ai créé des robes de soirée et de mariage sur mesure. Quand je suis parti à Montréal, en 1993, j’ai travaillé dans le prêt-à-porter haut de gamme et aussi dans la décoration d’intérieur, pour le mariage de Céline Dion notamment.

Il y a quinze ans, j’ai opéré un virage dans ma carrière. Je suis passé de la création à la gestion de la production et des opérations commerciales. Mais je n’ai jamais vraiment arrêté de créer. Il m’arrive encore de faire des robes sur mesure et même de reprendre mon rôle d’étalagiste. Et depuis un an, je travaille pour le groupe Simon Chang. La boucle est bouclée, après avoir gagné la bourse de Simon, je travaille pour lui.

Le secteur de la mode est de plus en plus montré du doigt comme un secteur polluant, gaspilleur de ressources, qu’en pensez-vous?

Il y a une nouvelle conscience éthique qui émerge dans le secteur. Nous sommes plus sensibles à notre impact sur l’environnement. On utilise de plus en plus de tissus bio et recyclés. Par exemple, je travaille actuellement sur une nouvelle collection que nous lancerons à l’automne. Les jeans sont en matières recyclées. Les compagnies qui veulent durer doivent d’être conscientes de l’enjeu écologique car les consommateurs font plus que jamais attention à ces valeurs.

Êtes-vous inquiet de l'impact de la pandémie sur l’industrie de la mode?

C’est clair que l’industrie est en train de changer à cause de la crise, de nombreuses entreprises disparaissent. C’est triste, il y a beaucoup de pertes d’emploi, mais d’un autre côté, c’est très excitant, ça ouvre la porte à de nouvelles compagnies. Surtout qu’avec la COVID-19, les gens travaillent plus de la maison. Ils recherchent désormais le côté confort des vêtements et beaucoup moins le côté chic pour aller au bureau. Je suis impatient de voir à quoi ressemblera l’industrie dans les prochaines années. On va devoir s’adapter. Je reste confiant, la crise passée, nos libertés retrouvées, il y aura une sorte de renaissance. Les gens auront à nouveau envie de sortir et de bien s’habiller pour aller voir des spectacles. Le côté social nous manque tellement aujourd’hui, ça va revenir en force, j’en suis sûr.

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PHOTOS : (incluant titre de la photo, légende et crédit du photographe ou courtoisie)

1 ou 2-Normand Bernard : Normand Bernard, créateur de mode qui a poursuivi une grande partie de sa carrière à Montréal, est le fils de Paul et Clara Bernard. Il a grandi à Miscouche à l’Î.-P.-É.

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  • Date de création 26 mars, 2021
  • Dernière mise à jour 29 mars, 2021
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