Briser le silence sur la violence familiale

Le Barreau du Nunavut et Pauktuutit Inuit Women of Canada s’allient dans le cadre d’une campagne sur la dénonciation de la violence familiale et les mauvais traitements au Nunavut.
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Karine Lavoie
IJL – Réseau.Presse – Le Nunavoix

La violence fondée sur le sexe à l’égard des femmes inuites représente un problème majeur sur le territoire. On relève un taux de victimes de crimes violents chez les femmes nunavoises treize fois plus élevé que dans l’ensemble du pays.

Afin d’aider les Nunavummiut à reconnaître les différentes formes d’abus et de les informer sur les différentes ressources d’aide, le Barreau du Nunavut s’est associé à l’organisme Pauktuutit Inuit Women of Canada afin de mettre sur pied la campagne Brisons le silence. Lancée le 8 mars dernier à l’occasion de la Journée internationale des femmes, cette campagne se déploie de diverses façons afin de sensibiliser le plus de personnes possible sur tout le territoire.  

Le recours au système de justice demeure toujours aujourd’hui un enjeu majeur pour les femmes inuites du Nunavut.

La prévention et l’éducation pour amorcer le changement 

Le Barreau du Nunavut s’engage à offrir de l’information juridique accessible à toute la population en plus de travailler au développement de divers outils d’éducation : « Il y a plusieurs thèmes importants en matière d’information juridique, mais on ne se cachera pas que la prévention de la violence familiale est un dossier complexe; un gros dossier qui méritait des fonds attitrés seulement à la prévention de la violence », affirme Nalini Vaddapalli, directrice au Barreau du Nunavut.

L’organisation a donc pu aller de l’avant dans ses actions pour lutter contre la violence familiale lorsque la Fondation du droit de l’Ontario et le gouvernement fédéral ont octroyé en 2019 des fonds qui ont permis de faire de la recherche sur le sujet en se déplaçant dans les communautés pour vérifier spécifiquement si les gens connaissaient la Loi sur l’intervention en matière de violence familiale (LIVF). L’information recueillie a ensuite permis de développer la campagne Brisons le silence.

Les organisateurs de cette campagne se donnent comme objectif d’informer les gens sur ce qu’ils peuvent faire lorsqu’ils sont victimes de violence familiale : « En fait, c’est de rendre la justice plus accessible, d’indiquer surtout dans les communautés quelles sont les ressources et les options légales qui sont ouvertes aux personnes. Le projet était particulièrement sur la LIVF », indique Romy Leclerc, coordonnatrice de projets au Barreau du Nunavut. Elle spécifie aussi que la violence familiale est un problème complexe et que cela va au-delà d’une simple loi et du cadre légal.

Que ce soit via des rencontres avec la population, des représentations de films pour amorcer des discussions, des affiches promotionnelles, des balados, ou encore, par l’entremise de la page Facebook Break the silence, cette campagne de sensibilisation tente de rejoindre autant de gens que possible. « Facebook est une partie importante de la communication. C’est une plateforme qu’on essaie pour partager l’information. Par exemple, nous avons fait une publication [à la fin mai] pour expliquer ce qu’est la LIVF », précise Romy Leclerc.

Une campagne dans le respect des valeurs inuites

Selon Nalini Vaddapalli, l’établissement du lien de confiance est essentiel dans une démarche de dénonciation de la violence familiale. En ce sens, la première étape réalisée avant une visite est toujours de contacter le hameau de la communauté afin de s’assurer que la population est à l’aise. « L’approche pour entrer en contact avec les communautés est un art en soi », affirme-t-elle en spécifiant que s’associer avec des avocats qui exercent dans les différentes communautés du Nunavut et certaines personnes-clés est nécessaire.

« Il faut absolument reconnaitre les besoins et l’approche particulière pour chaque communauté. Donc on fait beaucoup d’efforts à l’avant-plan pour trouver quelqu’un qui connait bien ces communautés et on essaie d’établir un lien de communication qui va nous permettre d’ajuster notre approche avant d’atterrir dans la communauté », ajoute-t-elle.

Le fait que la plupart des experts et des professionnels au Nunavut ne sont pas Inuits fait en sorte qu’il y a un écart entre les façons de faire et les connaissances : « Ça crée une barrière sur la guérison; ça crée une barrière sur l’empowerment à penser qu’on est capable de sortir d’une relation violente », croit Nalini Vaddapalli.

La méfiance toujours présente envers le système de justice

Étant donné la nature sensible du sujet, la participation aux rencontres d’information demeure difficile, mais Nalini Vaddapalli estime que, peu importe le nombre de participants, l’important est d’établir des premiers liens qui pourront ensuite être nourris. « La perception du système de justice est fragile au Nunavut. Je sais que pour les bailleurs de fonds c’est important, mais il y a tout un contexte donc il ne faut pas s’inquiéter s’il y a seulement trois personnes qui ont participé [à la dernière rencontre]. C’est comme ça qu’on développe ces liens-là et ce n’est pas à court terme : on est en train de bâtir quelque chose », affirme-t-elle.

Grâce à cette campagne, des partenariats stratégiques ont été créés avec différentes organisations, ce qui constitue une grande réussite selon Nalini Vaddapalli puisque cela permettra d’offrir de bons outils de formation et fera également en sorte qu’il y ait davantage d’information accessible pour les Nunavois : « Sans le gouvernement, sans la GRC, sans le Refuge pour femmes, sans le Conseil du statut de la femme du Nunavut, sans le ministère de la Justice, nous ne pourrions pas vraiment croire au changement en matière de prévention de la violence familiale », conclut-elle.

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Crédit : Barreau du Nunavut
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Le taux de victimes de crimes violents chez les femmes est treize fois plus élevé au Nunavut que dans l’ensemble du pays.

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  • Date de création 11 juin, 2021
  • Dernière mise à jour 15 juin, 2021
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