Bon été pour les abeilles: le fragile optimisme des producteurs de miel
Lorsque Jill Davies a commencé à produire du miel il y a 15 ans, elle s’est heurtée d’entrée de jeu à un défi colossal: la perte de toutes ses abeilles, plusieurs hivers de suite. Aujourd’hui, elle réussit à sauver 80% de ses colonies. Mais entre la météo extrême provoquée par les changements climatiques et l’apparition de nouvelles menaces, naturelles ou pas, elle sait que ses butineuses ne seront jamais à l’abri d’une mauvaise surprise.
______________________
Charles Fontaine
IJL – Réseau.Presse –Le Droit
Près de Curran, à une soixantaine de kilomètres à l’est d’Ottawa, Jill Davies produit du miel et des produits dérivés comme du savon et autres cosmétiques sous l’enseigne Buzzz Honey. Ses abeilles virevoltent entre ses poules, ses chats et sa chienne Daisy, pour polliniser la vaste variété de cultures de sa propriété de cinq acres. Les fleurs sauvages appréciées par les abeilles, comme la verge d’or et le trèfle, y côtoient tous les légumes et arbres fruitiers cultivés pour sa propre alimentation.
Le goût de son miel évolue, comme il se doit, au fil des saisons. Vers la fin juillet, par exemple, le trèfle et le tilleul sont très présents et on sent des notes mentholées avec une sensation de croquer dans de la cire d’abeille.
La dame de 58 ans n’a pas toujours eu cette facilité à produire du miel de qualité. À ses premiers hivers comme apicultrice, la plupart de ses ruches mouraient. Après plusieurs essais-erreurs, elle a trouvé le tour pour bien protéger ses abeilles.
«C’est comme n’importe quoi, on n’est pas bon dès le départ. À un certain moment, j’ai compris comment bien gérer mes ruches. La question est de savoir quel traitement appliquer et quand le mettre. Tout d’un coup, je me suis mise à perdre moins de ruches.»
Depuis cinq ans, elle perd entre une et trois ruches sur ses 15, ce qui est normal selon elle.
«Ce n’est pas réaliste de garder toutes les ruches durant l’hiver. La reine peut mourir. Si on n’applique pas de traitement, il n’y a cependant pas moyen d’avoir du succès.»
Mme Davies utilise l’acide formique et oxalique biologique pour protéger ses colonies du varroa, un parasite destructeur très répandu chez les abeilles.
Malgré toutes les précautions, la nature aura toujours le dernier mot, rappelle-t-elle. «Mère Nature est la reine de tout! Nous sommes chanceux d’être sur du sable ici, alors ça sèche plus vite. Un grand froid peut tuer une colonie, mais c’est rare dans la région.»
Bonne année 2023
Après une année catastrophique en 2022, l’apiculture se porte beaucoup mieux jusqu’à maintenant cette année.
Selon un sondage mené par l’Association des apiculteurs de l’Ontario, la moitié des apiculteurs de la province ont perdu plus de 50% de leurs ruches l’an dernier. Ce printemps, 60% des apiculteurs ont constaté qu’ils avaient perdu moins de 20% de leurs colonies durant l’hiver, ce qui est bon signe, selon le président Ian Grant.
«Tout dépend où l’on est en province. Dans le Sud-Ouest, il y a plus de pluie, alors c’est une saison plus difficile.»
Jill Davies a réussi à contrer la grande population de mites cette année avec ses traitements. D’un côté, la pluie abondante a gardé ses abeilles dans les ruches, mais elle a aidé ses cultures à pousser plus rapidement.
«Ça aurait été mieux s’il avait moins plu, mais c’est une bonne année en général, conclut-elle.»
Aide aux apiculteurs
Les conditions pour mener des colonies d’abeilles en bonne santé sont de plus en plus difficiles depuis quelques années, affirme M. Grant.
«L’apparition du varroa autour de 1980 a tout changé. Depuis, le parasite ne cesse de proliférer. Ces dernières années, toutes sortes de réalités nuisibles ont augmenté et la météo est plus violente. Ajoutons à cela, l’augmentation des prix des traitements et de l’équipement.»
Les gouvernements du Canada et de l’Ontario viennent de lancer un programme d’aide de 1,3 million de dollars dans le cadre du Partenariat canadien pour une agriculture durable afin de venir en aide aux exploitations apicoles. Les fonds servent à financer le matériel qui prévient la propagation des maladies. Jusqu’à 50% des dépenses pour les projets approuvés peuvent être financés par l’initiative. Les apiculteurs de moins de 50 ruches peuvent recevoir jusqu’à 4500$ et les plus grands producteurs ont droit à un remboursement maximal de 25 000$.
«J’espère que ma demande sera acceptée, lance le propriétaire de Blue Shoes Honey, Brian Lacey. C’est un bon montant qui peut faire une grande différence pour un apiculteur, mais le fond total n’est pas assez élevé. La majorité des apiculteurs ne pourront pas recevoir d’aide.»
En 2021, la province comptait 3227 apiculteurs, donc le montant alloué ne serait pas suffisant pour tous les accommoder. Avec cette aide, M. Lacey se procurerait de nouvelles colonies et des produits pour contrôler les maladies.
Ian Grant apprécie aussi l’appui offert pour maintenir les ruches en santé. Il aimerait toutefois voir plus d’investissements dans la recherche pour prévenir les maladies.
«Plus d’un tiers des aliments que nous consommons sont pollinisés par les abeilles, relève-t-il. Il faut les protéger. J’aimerais aussi voir plus de fonds dans l’agriculture en général, c’est primordial.»
Après trois extractions cette année, la saison est bien mielleuse pour Ian Grant. Il touche du bois pour que ça se poursuive jusqu’à l’automne.
-30-
Photos
Jill Davies réussit maintenant à sauver 80% de ses colonies chaque année. (Etienne Ranger/Le Droit)
Jill Davies a appris à bien prendre soin de son cheptel d'abeille. (Etienne Ranger/Le Droit)
Les gouvernements du Canada et de l’Ontario viennent de lancer un programme d’aide de 1,3 million de dollars dans le cadre du Partenariat canadien pour une agriculture durable afin de venir en aide aux exploitations apicoles. (La Voix de l'Est, Jessy Brown)
- Nombre de fichiers 4
- Date de création 23 août, 2023
- Dernière mise à jour 23 août, 2023