Blaine Higgs: un virage à droite qui a dérapé
Le premier ministre sortant Blaine Higgs a échappé à une tentative de destitution à la tête de son parti, mais en a profité pour orienter sa formation davantage à droite, tout en rompant avec plusieurs figures influentes du passé. Selon des militants et d’anciens ministres, c’est son style de leadership qui lui a coûté la victoire.
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Alexandre Boudreau
IJL – Réseau.Presse – Acadie Nouvelle - Atl
Le résultat de l’élection de lundi parle de lui-même. Loin d’un résultat serré, les libéraux l’ont plutôt emporté haut la main, en défaisant même cinq ministres progressistes-conservateurs qui s’attendaient sûrement à être réélus.
Selon toute vraisemblance, l’effort de mobilisation des libéraux a joué en ligne de compte. Par exemple, dans Quispamsis, la circonscription de Blaine Higgs, le taux de participation a atteint 74,24%, et les électeurs ont fini par choisir le candidat libéral Aaron Kennedy, un nouveau venu dans le monde de la politique provinciale.
Mais selon des observateurs, une autre explication pour la défaite cuisante des progressistes-conservateurs est la nouvelle orientation du parti sous la chefferie de Blaine Higgs, plus particulièrement dans la dernière année et demie de son mandat.
Dans la foulée de la controverse sur la politique 713, deux ministres, Daniel Allain et Jeff Carr, ont été évincés du cabinet. D’autres, dont Dorothy Shephard et Trevor Holder, avaient démissionné du cabinet au préalable. Ils ont surtout été poussés vers la sortie, selon Roger Ouellette, politologue à l’Université de Moncton.
«Finalement, l’échec de la stratégie de Blaine Higgs fut d’amener son parti très à droite et aussi d’aller chercher un directeur de campagne très à droite, de l’extérieur de la province», affirme-t-il au sujet du gérant de campagne Steve Outhouse, originaire de l’Ontario.
«Le Nouveau-Brunswick, ce n’est pas l’Alberta»
Jean-Pierre Ouellet, maire de Haut-Madawaska et ancien ministre PC, affirme lui aussi que le changement de cap du parti lui a joué un mauvais tour lors du scrutin. Il estime que le parti doit maintenant se recentrer.
«C’est certain que l’orientation que Blaine Higgs voulait lui donner était beaucoup plus à droite qu’au centre. Le PC a toujours été centriste, et les gens de la gauche et de la droite pouvaient s’y identifier et pouvaient voter pour lui. Plus tu t’en vas vers la droite et plus les autres vont vers la gauche, ça crée une distinction et il n’y a plus beaucoup de place pour les indécis à travers ça.»
Il affirme aussi que le parti a «mal choisi son cheval de bataille» en s’appuyant sur ses changements à la politique 713, un enjeu que Blaine Higgs a présenté comme relevant des «droits des parents».
«Le Nouveau-Brunswick, ce n’est pas l’Alberta non plus», fait valoir M. Ouellet.
Lundi soir, après avoir appris sa défaite, Blaine Higgs s’est défendu d’avoir amené son parti plus à droite en parlant des droits des parents.
«Si défendre les parents, le droit des parents et les fondements de notre société, si cela, c’est considéré aller trop loin, on devrait s’arrêter et se demander, “où est l’équilibre ici?”»
On lui a demandé s’il aurait dû changer son fusil d’épaule après avoir constaté le mécontentement au sein de son caucus. M. Higgs a répondu que 85% de ses députés étaient d’accord avec ses changements à la politique 713.
«Quand on a ce genre d’appui sur un enjeu, c’est “ok, nous devons trouver le moyen de faire cela”.»
«Un leadership qui s’est complètement éloigné de ses racines»
Andrea Anderson-Mason, ancienne ministre de la Justice puis députée d’arrière-ban sous la bannière conservatrice, affirme que le parti a «perdu sa voie» (lost its way). Mais elle attribue surtout la défaite du parti à un manque de dialogue entre le bureau du premier ministre et les militants, ainsi qu’à d’autres facteurs, comme le départ de plusieurs députés d’expérience.
«Nous avons vu un leadership qui s’est complètement éloigné de ses racines. Nous n’avons pas eu de rencontres régulières avec les membres du parti, nous ne les avons pas consultés sur les orientations du parti, sur notre plateforme et sur les politiques. […] C’est le temps de revenir à qui nous sommes et de connecter avec les gens.»
Elle affirme que de nombreux membres du parti avaient tiré la sonnette d’alarme pour avertir le chef de la nécessité de garder les liens avec les membres, mais sans succès, selon elle.
D’après Andrea Anderson-Mason, la déception des membres était telle que sans l’effet négatif de l’association à Justin Trudeau sur les appuis du Parti libéral du N.-B., les électeurs du N.-B. auraient assisté à une défaite complète du Parti progressiste-conservateur comme lors de la victoire totale de Frank McKenna en 1987.
«Ça aurait été une perte totale», dit-elle.
Paul D’Astous, chef de cabinet du premier ministre défait, affirme que les décisions du gouvernement Higgs étaient toujours prises par consensus. Mais le résultat démontre que la stratégie n’a pas fonctionné.
«C’est sûr et certain que lorsqu’on a des dissidents, c’est à nous d’essayer de faire valoir pourquoi on propose des choses, et c’était peut-être trop à la droite pour eux.»
Il affirme aussi que la perte de députés d’expérience, comme Trevor Holder et Dorothy Shephard, explique en partie leur défaite.
«C’est sûr qu’on ne peut pas laisser une centaine d’années ou 150 ans d’expérience politique de côté et croire que les nouveaux vont s’adapter ou être capables de suivre les dossiers aussi facilement», affirme le chef de cabinet, en soulignant toutefois que les candidats progressistes-conservateurs du Nord étaient des candidats «de premier plan».
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Photo : Le premier ministre sortant Blaine Higgs - Archives
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- Date de création 24 octobre, 2024
- Dernière mise à jour 24 octobre, 2024