Barrières interprovinciales: forum sur les enjeux pour les agriculteurs

Le 8 avril prochain au Collège La Cité à Ottawa, le Regroupement des gens d’affaires de la capitale nationale (RGA) tiendra un important forum de discussion sur l’abolition des entraves provinciales qui freine la mobilité des travailleurs de la santé, de la construction et qui limite les échanges en agriculture.

 

Jean-Marc Dufresne

IJL – Réseau.Presse – Agricom

L’imposition de tarifs par l’administration américaine a poussé les différents paliers de gouvernements au Canada à réclamer l’abolition des barrières au commerce interprovincial. Or, on ne peut pas parler de ces barrières sans toucher à la question de la gestion de l’offre, ce système qui protège les marchés du lait, des œufs et de la volaille.

Pourquoi une gestion de l’offre?

Le système national de la gestion de l’offre coordonne la production et la demande tout en contrôlant les importations. Ça permet d’établir un prix stable sur les produits du lait, de poulet et de dindon, les œufs de consommation et les œufs d’incubation, autant pour les agriculteurs que pour les consommateurs.

Les États-Unis et l'Europe font partie des pays qui aimeraient bien nous voir abandonner le programme de gestion de l’offre. Ainsi, les barrières commerciales étant retirées, ils pourraient plus librement vendre leurs produits ici, et nous, là-bas. Mais tout n’est pas aussi simple.

Selon la Bibliothèque du Parlement du Canada, dans les années ‘60, le secteur agricole canadien a été marqué par la surproduction en raison de percées technologiques, ce qui entraînait des prix bas et instables et donnait lieu à des disputes entre producteurs et transformateurs.

« Face à cette situation économique difficile, les agriculteurs ont cherché à améliorer leur pouvoir de négociation en demandant à leurs gouvernements provinciaux de créer des offices de commercialisation », indique le site, qui ajoute que c’est dans ce contexte que le système de la gestion de l’offre a vu le jour.

Un système imparfait

Au chapitre de la production laitière, on constate une réglementation qui diffère d'une province à l'autre et la gestion de l'offre est gérée par des organismes provinciaux (en Ontario, Dairy Farmers of Ontario).

« La vente interprovinciale du lait est extrêmement restreinte », avoue la présidente de l’Union des producteurs agricoles de l’Ontario (UCFO), Renée-Claude Goulet. « En Ontario, le lait doit être transformé ici-même. Il peut même y avoir des tarifs imposés si le lait et les produits laitiers traversent les frontières provinciales. Les accords commerciaux fédéraux permettent certains échanges interprovinciaux, mais les offices provinciaux de la gestion de l’offre imposent souvent des licences supplémentaires ou des frais, rendant le commerce inefficace. »

En ce qui concerne l’ouverture du marché à l'international, Mme Goulet voit beaucoup de résistance. « Les fermiers d'ici ne veulent pas compétitionner avec les fermes américaines, qui, pour plusieurs raisons, arrivent souvent à vendre leur lait moins cher. Le sentiment général est mieux vaut adresser les lacunes de notre système plutôt que de s'en débarrasser complètement. »

Un système à protéger

Porte-parole de l'Union nationale des fermiers, Matthew Wiens croit en l’importance du système canadien.  « Nous produisons localement pour un marché intérieur. Grâce à la gestion de l'offre, nous bénéficions d'une certaine sécurité alimentaire pour les produits laitiers, la volaille et les œufs, ce qui n'est pas forcément le cas pour des produits comme le bœuf, le porc et les légumes. Grâce à la gestion de l'offre, les agriculteurs ne risquent pas de perdre leurs marchés et de devoir vendre leur exploitation en raison d'une guerre commerciale avec les États-Unis, car ils ne produisent pas pour le marché américain. »

Il croit que les accords commerciaux ont érodé la gestion de l’offre: «Aujourd’hui, 18 % du précieux marché laitier canadien est accaparé par les multinationales. Conséquence: l’argent des consommateurs canadiens pour l’alimentation s’envole. Empêcher une nouvelle érosion de la gestion de l’offre était la motivation du projet de loi C-282, qui visait à exclure la gestion de l’offre des futures négociations commerciales. »

Quoi qu’il en soit, l’UCFO voit un avenir prometteur dans l’abolition des barrières interprovinciales: « Plusieurs communautés agricoles franco-ontariennes longent la frontière entre l'Ontario et le Québec, donc pour les producteurs dans ces régions, une harmonisation des réglementations provinciales pourrait facilement ouvrir plein d'options intéressantes pour développer de nouvelles chaînes d'approvisionnement locales », croit sa présidente.

Les conclusions du forum Capitale Connecte du 8 avril seront acheminées aux gouvernement fédéral, de l’Ontario et du Québec pour appuyer leur réflexion respective.

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Légende photo 1 : Un forum sur l'abolition des barrières interprovinciales se tiendra le 8 avril à Ottawa.

Légende photo 2 : L'Accord Canada-États-Unis-Mexique est décrié par Donald Trump, qui en était pourtant l'un des signataires.

Légende photo 3 : Matthew Wiens veut s'assurer que la gestion de l'offre ne soit pas une victime collatérale de l'abolition des barrières interprovinciales.

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  • Date de création 26 mars, 2025
  • Dernière mise à jour 31 mars, 2025
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