Aztrazeneca, le vaccin qui fait douter

Aztrazeneca, le vaccin qui fait douter

Le vaccin AstraZeneca/Covishield contre la COVID-19 continue à faire parler de lui, alors que l’Île-du-Prince-Édouard, suivie par d’autres provinces au Canada, a suspendu son utilisation à la suite d’un avis du Comité consultatif national sur l’immunisation.  En Europe, où plus de 20 millions de personnes l’ont reçu, la détection de quelques cas de caillots sanguins sème le doute.  Pourtant, les autorités sanitaires continuent de le recommander.

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Marine Ernoult

IJL – Réseau.Presse – La Voix acadienne

  

L’Île-du-Prince-Édouard a pris tout le monde de court en suspendant, lundi 29 mars au matin, les prises de rendez-vous dans les pharmacies pour l’immunisation avec le vaccin Covishield, développé par AstraZeneca et fabriqué en Inde.  La nouvelle a fait le tour du pays, avant même qu’elle soit officielle.
Lors d’une conférence de presse le même jour, Heather Morrison explique avoir appris, «tard dimanche soir», que le Comité consultatif sur l’immunisation (CCNI) recommandait que ce vaccin ne soit pas utilisé chez les adultes de moins de 55 ans, en raison de la détection de rares cas de thromboses en Europe suite à l’injection.  La thrombose, ce sont des caillots sanguins qui bloquent la circulation du sang dans les veines, et dans les cas les plus graves, on peut en mourir.  Après l’annonce du CCNI, plusieurs provinces ont aussi suspendu l’utilisation du sérum.

Aucun cas de thrombose au Canada

«Avec un consentement éclairé, le vaccin AstraZeneca contre la COVID-19 peut toujours être proposé aux adultes de 55 ans et plus étant donné que le risque d’hospitalisation et de décès dû à la maladie COVID-19 est accru dans cette population, et que la thrombose semble être un évènement plus rare dans ce groupe d’âge», précise le CCNI.  À l’Île, le vaccin était réservé jusqu’alors aux 18-29 ans travaillant dans certains secteurs, en raison de son efficacité inférieure à ceux de Pfizer-BioNTech et Moderna.

À ce jour, aucun cas de thrombose n’a été détecté au Canada ni à l’Île-du-Prince-Édouard suite à la vaccination, rappelle la médecin hygiéniste en chef de la province, qui se veut rassurante pour les personnes déjà vaccinées.  «Des millions de personnes ont reçu ce vaccin», insiste Heather Morrison.  Elle demande toutefois à celles qui ont déjà reçu une dose, un peu plus de 1 600, de surveiller l’apparition de symptômes jusqu’à 20 jours après l’injection.

La pause demandée par le CCNI va permettre de faire un point sur les bénéfices et les risques de ce vaccin, sachant que le modèle Covishield reçu au pays est différent de celui utilisé en Europe.  «Nous pensons que c’est la meilleure décision avec les données venant d’Europe», ajoute Heather Morrison, qui espère que cela ne va pas rendre les gens plus méfiants vis-à-vis de la vaccination.

Le mardi 30 mars, Marion Dowling explique que certains rendez-vous ont été annulés par des gens craintifs.  La cheffe des soins infirmiers à Santé Î.-P.-É. insiste sur le fait que les vaccins proposés à l’heure actuelle dans les centres de vaccination ne sont que ceux de Pfizer-BioNTech et Moderna.  En Europe, AstraZeneca a d’ailleurs discrètement changé le nom du vaccin fabriqué là-bas, qui s’appelle désormais Vaxzevria.

 

En Europe, un lien avec de «très rares» cas

Au 31 mars, l’Î.-P.-É. a reçu 2000 doses de Covishield, 23 985 doses de Pfizer-BioNTech et 5900 doses de Moderna.  Les livraisons de Pfizer-BioNTech sont maintenant de plus de 4600 doses par semaine, 8200 doses de Moderna vont venir en avril, et 6300 doses de Covishield doivent aussi être réceptionnées.  Lors de sa conférence de presse de la semaine passée, Heather Morrison n’était pas en mesure de dire comment ces doses allaient être utilisées.  L’Île va-t-elle reprendre la vaccination des jeunes avec ce vaccin? Ou désormais le réserver aux plus âgés? Il en est de même en ce qui concerne la seconde dose pour les personnes qui ont déjà reçu une dose AstraZeneca, plus d’informations seront données dès que possible.

En Europe, l’Agence du médicament (EMA) recommande, après examen, de poursuivre la vaccination avec AstraZeneca, notant, le 18 mars, que «les avantages du vaccin dans la lutte contre la menace encore généralisée du COVID-19 (qui entraîne lui-même des problèmes de coagulation et peut être fatal) continuent de l’emporter sur le risque d’effets secondaires».  Même si le vaccin «peut être associé à de très rares cas de caillots sanguins associés à une thrombopénie, c’est-à-dire de faibles niveaux de plaquettes sanguines».
Au pays, Santé Canada recommande aussi de son côté, de poursuivre la vaccination quelle que soit la tranche d’âge, n’adoptant pas la même position que le CCNI, mais a publié une série de symptômes à surveiller et a demandé aux fabricants de fournir des données plus détaillées.

Même si ces évènements ralentissent le rythme de la vaccination, Heather Morrison maintient l’objectif d’une première dose donnée aux adultes pour fin juin : «On a assez de doses de Pfizer et Moderna.» Au 31 mars, la province insulaire a administré 25 133 doses, dont 7 212 secondes doses.  Cela signifie que l’Île a vacciné avec au moins une dose presque 17 % de la cible, fixée à un peu plus de 100 000 personnes (80 % de la population adulte).

 

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  • Date de création 25 mai, 2021
  • Dernière mise à jour 25 mai, 2021
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