Avenir du journalisme : «Avoir le courage de produire moins de contenu, mais de meilleure qualité»
La Voix acadienne - Le mercredi 5 février, l’Université de l’Île-Prince-Édouard accueillait une conférence sur le futur du journalisme professionnel. Quatre panélistes ont discuté de la confiance très faible du public dans les médias et du manque de temps et de moyens des journalistes pour creuser les histoires qui comptent.
Marine Ernoult / IJL – Réseau.Presse – La Voix acadienne
«Avec toutes les fausses informations et les attaques contre les médias, les gens ont l’impression que les journalistes ne racontent pas toute l’histoire», analyse la journaliste indépendante, Teresa Wright.
En conséquence, la confiance envers les médias, «jugés non pertinents», s’érode et les audiences s’effondrent, regrette-t-elle.
Le mercredi 5 février, l’Université de l’Île-Prince-Édouard organisait un forum public consacré à l’avenir du journalisme professionnel et de la radiodiffusion publique. Les quatre panélistes présents ont évoqué la défiance et la perte d’intérêt à l’égard des supports d’information.
«La confiance a commencé à s’envoler il y a environ 25 ans, lorsque les médias canadiens se sont lancés dans la chasse aux clics sur internet pour attirer plus de monde sur leurspages», affirme l’éditeur du journal The Eastern Graphic, Paul MacNeill.
«Et puis la COVID-19 a eu un impact majeur sur la manière dont les gens consomment les nouvelles. Le public pense que l’on censure les informations plus qu’avant», ajoute-t-il.
«Dire la vérité du mieux que l’on peut»
Paul MacNeill cite à cet égard une récente enquête menée par le Bureau du Conseil privé auprès de 17 000 Canadiens. Selon les résultats, plus de 40 % des sondés ne s’informent nulle part ou uniquement par le biais des réseaux sociaux.
«Lorsque les gens commencent à se déconnecter, ils sont beaucoup plus facilement manipulables», s’inquiète Teresa Wright.
«Sur les réseaux sociaux, on peut obtenir le genre d’histoires que l’on veut, mais n’importe qui peut mettre n’importe quoi, appuie l’ancien reporter national et régional à CBC, Ian Petrie. Il n’y a pas de sources fiables et on n’est pas nécessairement confronté à d’autres points de vue.»
Un avis que partage la journaliste et professeure au Collège Holland, Sally Pitt. À ses yeux, les journalistes sont tenus par un code de déontologie et des normes et pratiques journalistiques qui garantissent l’intégrité de leur travail, «fondé sur l’idée fondamentale de dire la vérité du mieux que l’on peut.»
«Il arrive que nous nous trompions, mais ce n’est pas à cause d’une mauvaise intention ou d’un agenda caché, insiste-t-elle. Parfois, on ne peut pas raconter une histoire parce qu’on n’est simplement pas en mesure de l’étayer.»
Face à l’influence croissante des réseaux sociaux, les panélistes estiment que les journalistes n’ont plus le temps et les moyens pour approfondir les histoires, «qui reflètent les nombreuses facettes et nuances des communautés», selon les mots de Sally Pitt.
«Courir après les communiqués de presse»
«Chaque jour, on nous demande de faire de la radio, de la télévision, d’écrire des articles pour Internet, d’être présents sur les réseaux sociaux, la qualité et la profondeur de ce qu’on peut faire s’en ressent forcément», observe Teresa Wright.
«Les journalistes ont tendance à courir après les communiqués de presse. Ils n’ont plus le temps de trouver des informations, de nouer des contacts pour découvrir les histoires importantes», poursuit Ian Petrie.
Le reporter met également en cause le pouvoir grandissant des communicants au sein des gouvernements et des entreprises, «qui veulent façonner la manière dont les médias racontent les histoires.»
«Avant, on pouvait avoir des conversations directement avec les hommes politiques, aujourd’hui, on doit envoyer de nombreux courriels et la réponse que l’on obtient ne veut souvent rien dire», renchérit Sally Pitt.
Teresa Wright considère pour sa part que les grandes salles de rédaction sont devenues «très réticentes à la prise de risques» : «Les journalistes ne sont pas nécessairement encouragés à rechercher des sujets compliqués ou controversés.»
«Les responsables de l’information devraient avoir le courage de produire moins de contenu, mais de meilleure qualité», conclut-elle.
PHOTOS :
1- Au premier plan, de gauche à droite, Sally Pitt, l’économiste James Sentance (modérateur du débat) et Teresa Wright. À l’arrière plan, de gauche à droite, Ian Petrie et Paul MacNeill. (Photo : Mike Needham, UPEI)
2- De nombreuses personnes ont assisté au forum sur l’avenir du journalisme, organisé par l’Université de l’Île-du-Prince-Édouard,le mercredi 5 février à Charlottetown. (Photo : Mike Needham, UPEI)
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- Date de création 12 février, 2025
- Dernière mise à jour 12 février, 2025