Avec la démolition du Pont international, le Madawaska perd l’un de ses symboles
Il a, pendant plus de 100 ans, fait partie intégrante du paysage madawaskayen. Dorénavant, l’ancien pont international Edmundston-Madawaska n’existera plus que dans les souvenirs de ceux qui l’ont admiré.
_______________________
Bobby Therrien
IJL – Réseau.Presse – Acadie Nouvelle
Il a, pendant plus de 100 ans, fait partie intégrante du paysage madawaskayen. Dorénavant, l’ancien pont international Edmundston-Madawaska n’existera plus que dans les souvenirs de ceux qui l’ont admiré.
Avec la construction du nouveau pont International reliant les communautés d’Edmundston et de Madawaska (Maine) est venue la démolition de l’ancien pont qui a accompli cette tâche pendant 103 ans.
Le portrait est maintenant différent lorsque l’on se promène le long de la rue Saint-François, tout près du poste frontalier. L’imposante structure d’acier qui se dressait fièrement jadis manque maintenant à l’appel.
Pour l’historien Philippe Volpé, il s’agit effectivement d’un morceau important du patrimoine bâti du comté qui disparaît avec son démantèlement.
«Il est à parier qu’un bon nombre de personnes se souviendront pour un moment encore de cette structure d’acier de près de 1000 pieds, tour à tour peinte en noir, vert pâle et gris.»
Le maire d’Edmundston, Eric Marquis, avoue qu’une importante page d’histoire se tourne avec la démolition du pont.
«Tout de suite, il ne reste qu’un pilier de ciment et après, il ne restera plus rien.»
Le maire Marquis a toutefois confirmé que la Ville d’Edmundston a pu conserver des pièces et divers souvenirs associés à la structure.
«On a eu des pièces du pont, alors il faudra voir comment on veut les exposer pour montrer aux gens que, pendant plus de 100 ans, on avait ce pont-là qui reliait les deux côtés de la frontière canado-américaine.»
Selon Philippe Volpé, la structure, qui a été construite entre 1921 et 1922, a vu le jour dans une période d’essor démographique pour la région du Madawaska. Au-delà de son attrait architectural digne d’une carte postale, il estime que le pont incarnait alors un symbole de progrès économique, devant augmenter les échanges commerciaux de part et d’autre de la frontière internationale.
Après avoir épluché quelques documents historiques, il raconte que son ouverture officielle, le 4 septembre 1922, est célébrée en grande pompe. Des chars allégoriques, des fanfares, des dignitaires et une foule d’environ 15 000 sont au rendez-vous.
Pour Philippe Volpé, cet engouement monstre est aussi engendré par le fait que le pont réunissait dorénavant la population madawaskayenne. Celle-ci habitait sur l’une des deux rives traversées par le fleuve Saint-Jean qui a été établi comme frontière internationale en 1842.
«Le pont symbolisait surtout la réparation de liens sociaux brisés. C’est ce que nous pouvons lire dans la brochure souvenir de l’ouverture du pont publié en 1922 : “Ce pont resserre les cœurs séparés et rattache, avec des liens d’acier, le territoire divisé.”»
- Volpé reconnaît néanmoins que cet aspect unificateur s’est essoufflé au fil du temps, en particulier en raison de l’effritement des liens entre les deux communautés du Maine et du Nouveau-Brunswick, principalement à la suite des attentats terroristes du 11 septembre 2001.
«Ça a entraîné une solidification et une militarisation des frontières. De conviviale et familiale que pouvait être la traversée avant les attentats, le climat tendu de la nouvelle conjoncture a changé la donne.»
Comme le mentionne Philippe Volpé, ainsi que d’autres historiens et chercheurs, c’est à partir de ce moment que les traversées d’un côté ou l’autre de la frontière – que ce soit pour acheter du lait, faire le plein d’essence, se divertir ou visiter des proches – diminuent.
D’autres historiens comme Paul Buck et Patrick Lacroix, jugent que le Congrès mondial acadien a permis de renouer un peu plus ces liens qui se sont de nouveau estompés avec la COVID-19 et la fermeture des frontières.
Pour ce qui est de l’ancien pont en tant que tel, Philippe Volpé argumente qu’il est devenu, au fil du temps, une source de casse-tête et d’inquiétudes.
«Tantôt décrié pour contribuer à la venue de camions lourds au centre-ville d’Edmundston, le pont est de plus en plus évoqué dans la presse locale pour ses imperfections. Désuet, fatigué, grugé par la rouille, relique du passé, étroit, hors-normes, dangereux. Voilà ce que symbolisait le pont en fin de vie.»
Le Maine Department of Transportation indiquait d’ailleurs dans sa fiche de présentation du projet du nouveau pont, que l’ancienne structure centenaire ne répondait plus aux besoins des communautés et des entreprises locales en raison de sa largeur et de sa limitation de poids. Les autorités ont jugé qu’il aurait été plus coûteux de moderniser le pont actuel que d’en construire un nouveau.
Bien qu’il soit vanté pour son caractère moderne, Philippe Volpé s’est interrogé sur la valeur que l’on donnera au nouveau pont international.
«Il est à se demander quelle valeur lui est attribuée dans l’unification d’échanges sociaux, alors que les responsables politiques ne semblent en avoir que pour sa valeur en termes d’échanges commerciaux et de potentiel touristique. Qu’en est-il des liens entre les communautés autrefois intégrées d’Edmundston et de Madawaska?»
De son côté, Eric Marquis croit que cette page d’histoire qui s’est tournée avec la disparition de l’ancien pont se poursuivra avec le nouveau.
«L’histoire de nos communautés reste vivante avec le nouveau pont. C’est sûr que c’est une œuvre d’architecture différente de ce que l’on avait avant, mais c’est plus fonctionnel. Il y a des plans pour développer le transport en VTT ou en motoneige. Il y a eu beaucoup de changement du côté américain, notamment avec le nouveau port d’entrée. L’idée est de rendre les choses plus fonctionnelles, rapides et à l’image des frontières en 2024.»
-30-
Photo : Photo prise pendant la démolition du pont international. - Maine DOT
- Nombre de fichiers 2
- Date de création 25 octobre, 2024
- Dernière mise à jour 25 octobre, 2024