Anglophones à l’école franco, pas que du bon

Choisir le français pour nos enfants quand on est parents anglophones. Un choix culturel, éducatif, économique, politique ? 

_______________________

André Magny

IJL – Réseau.Presse – L’Orléanais

 

Pour un, le Conseil des écoles catholiques du Centre-Est (CECCE) accueille les enfants considérés comme des ayants droit ou encore démontrant qu’ils remplissent les conditions favorisant leur réussite scolaire.

 

Ces parents, tutrices et tuteurs qui choisissent un système d’éducation francophone pour leur enfant le font pour diverses raisons. D’après le CECCE, certains prennent cette décision parce que l’un des parents est francophone et tient à léguer l’héritage de la langue à leur enfant. D’autres le font parce qu’ils sont conscients que le bilinguisme constitue un atout et qu’il élargit de façon substantielle les options d’institutions scolaires ou programmes d’études que l’enfant pourra choisir après son secondaire.

 

Une affirmation qui va dans le sens de ce que croit François Charbonneau, professeur agrégé à l’École d’études politiques de l’Université d’Ottawa : «Les parents anglos qui envoient leurs enfants à l’école francophone, c’est souvent pour qu’ils puissent parler une langue qu’ils ne parlent pas souvent à la maison. Mais il y a beaucoup d’autres motivations, surtout économiques, pour que les enfants puissent avoir accès à des postes bilingues.»

Peu de statistiques

 

Au Conseil des écoles publiques de l’Est de l’Ontario (CEPEO) tout comme d’ailleurs au CECCE, on ne détient, dit-on, aucune statistique concernant le nombre d’élèves anglophones fréquentant des écoles françaises.

 

Contrairement à l’immersion, c’est vraiment toute la vie scolaire qui se passe en français. Le volet parascolaire ainsi que les activités sportives et culturelles se passent donc en français. Il s’agit de la grande différence distinguant les écoles de langue française à celles d’immersion selon le CECCE.

 

Parler l’autre langue… pas toujours facile

 

«Nous avons trouvé que notre nièce et notre neveu, qui vont à l’école française, communiquent mieux en français que les autres qui vont dans des écoles d’immersion.» Celui qui parle ainsi, c’est Steve McIntyre, papa d’un bambin de trois ans, bientôt quatre, qui vient de commencer à la maternelle de l’École élémentaire publique Louise-Arbour du CEPEO. Sa femme aussi est anglophone. Loin d’être perçus comme étant des extraterrestres, ils sont même le 2e couple à envoyer leur enfant dans un conseil scolaire francophone au sein de leur famille. «Ma femme et moi, nous voulons que nos enfants parlent mieux français que nous. Lorsqu’on habite Ottawa, le bilinguisme est nécessaire pour nos enfants d’avoir le plus d’opportunités pour succès que possible (sic)».

 

Steve McIntyre n’est pas un cas isolé. Dans Facebook, au sein du groupe Je suis Franco-Ontarien / Franco-Ontarienne, le sujet suscite plusieurs commentaires. Certains s’insurgent contre le fait que les conseils scolaires acceptent trop d’anglophones au détriment des petits francophones. C’est le cas de l’ancien conseiller scolaire Basile Dorion, qui s’était battu il y a 40 ans pour une école française à Penetanguishene. D’après lui, «nos enfants francos sont négligés, car toute l’attention est investie à montrer aux petits anglos à comprendre le français, tandis que ceux qui comprennent déjà, moisissent sur leur banc.»

 

Dans ses classes à Orléans, Mélanie - qui préfère garder l’anonymat et taire le nom de son école, car elle «ne parle pas trop en bien des comités d’admission» - mentionne que 9 de ses 16 bouts de choux sont strictement anglophones au jardin d’enfants. En maternelle, on en retrouve 5 sur 11. Sur le plan pédagogique, ça ne semble pas être toujours simple. Selon l’enseignante, secondée par une éducatrice de la petite enfance inscrite (EPEI), il faut passer plus de temps à revoir certains concepts d’apprentissage ainsi que sur l’acquisition du vocabulaire français, «car les enfants non francophones n’en ont pas.» Et pour couronner le tout, en raison de la COVID-19, Mélanie rappelle que les services d’aide aux élèves pour l’acquisition de la langue française ont été coupés. Selon elle, c’est beaucoup plus difficile pour les petits anglophones. Contraints à l’enseignement en ligne, «ils n’ont aucune exposition à la langue française dans leur milieu familial.»

 

Pourtant, si on se fie aux directives du ministère de l’Éducation en Ontario, les parents anglophones, qui n’entrent pas dans le cadre de l’article 23 de la Charte canadienne des droits et libertés concernant les ayants droit à l’instruction en français, ont tout à fait la possibilité d’inscrire leur enfant dans une école française. À la condition qu’ils soumettent une demande d'admission à une école de langue française. «La demande est alors étudiée par le conseil scolaire par l'entremise d'un comité d'admission.» Certains semblent trouver que les admissions s’obtiennent facilement…

Steve McIntyre, lui, ne regrette pas son choix. Il est d’avis que «si les parents anglophones ont la capacité de supporter leurs enfants et leur apprentissage de la langue française, je les encourage d’envoyer leurs enfants à l’école française.»

-30-

BP :

La présence d’anglophones dans les écoles francophones ne plait pas à tous. (Crédit : Archives de L’Orléanais)

  • Nombre de fichiers 2
  • Date de création 13 septembre, 2021
  • Dernière mise à jour 13 septembre, 2021
error: Contenu protégé, veuillez télécharger l\'article