Abolir les barrières: plus facile à dire qu’à faire
Depuis l’annonce du gouvernement américain qui prévoit l’imposition de barrières tarifaires de 25% sur les exportations canadiennes aux États-Unis, les premiers ministres de plusieurs provinces canadiennes et le fédéral ont exprimé le désir d’abolir certaines barrières qui entravent l’industrie agroalimentaire au pays. Mais c’est loin d’être chose faite.
Jean-Marc Dufresne
IJL – Réseau.Presse – Agricom
Un éleveur ontarien qui voudrait envoyer son bétail à l’abattoir dans la province voisine ne peut le faire que si l’abattoir en question respecte les normes fédérales. Or, certaines de ces entreprises fonctionnent en suivant plutôt les normes imposées par le gouvernement provincial, et ces normes peuvent varier d’une province à l'autre.
Pourquoi ne pas uniformiser?
La question qui vient spontanément est pourquoi ne pas simplement imposer la norme fédérale à toutes les entreprises touchées par le commerce interprovincial? « Ça n’est pas aussi simple », rétorque Max Hansgen, président du chapitre ontarien du Syndicat national des agriculteurs (National Farmer’s Union ou NFU).
« N’oublions pas que le Canada est un pays constitué d'États qui ont le droit de gérer certains domaines de responsabilité selon leur réalité régionale. Imposer une norme fédérale saperait cette autorité. De plus, le faire pourrait mettre une responsabilité très lourde sur les épaules des petits abattoirs, qui n’ont pas besoin de suivre les règles imposées à un abattoir à haut volume », dit-il.
Les coûts d’implantation de ces normes seraient aussi élevés, craint-il, alors qu’il est probablement plus réaliste d’harmoniser les normes des petits abattoirs d’une province à l’autre. « Le danger d’abattre les barrières entre provinces est que ça pourrait mettre la table pour des normes dictées par le prix le plus bas, plutôt que la salubrité des aliments. »
M. Hansgen croit aussi que la distance entre les fermes protège le système d’approvisionnement contre les catastrophes climatiques ou les fléaux comme la grippe aviaire, des risques plus difficiles à contrer quand toute une production est centralisée.
Un autre son de cloche
À l’Institut canadien des politiques agroalimentaires ( ICPA ), on voit les choses différemment. « La volonté populaire et politique est là. L’Accord de libre-échange a été modernisé en 2017, mais il est plein d’exemptions », souligne le directeur principal de l’organisme, Tyler McCann. « Le fédéral veut agir pour changer les choses, mais jusqu’à présent, les provinces défendaient farouchement leur marché. Les associations d’agriculteurs font aussi du lobbying soutenu. »
L’ICPA propose d’ailleurs un plan d’action concerté pour un retrait graduel des barrières interprovinciales, qui pourrait commencer par l’abattage et le transport interprovincial. « Pour ce qui est de la gestion de l’offre, je ne vois pas vraiment de changements significatifs avant plusieurs années; c’est du long terme », estime M. McCann.
Comme le Syndicat national des agriculteurs, l’ICPA croit que les normes du Québec et de l’Ontario en matière d’abattage sont très proches, alors que l’écart est plus grand avec le Nouveau-Brunswick. « On note aussi des standards différents pour les fruits et légumes d’une province à l’autre », déplore M. McCann.
Selon lui, la réflexion qui s’impose entre les différents paliers de gouvernement et l’industrie agroalimentaire ne doit pas uniquement se faire en raison de la menace de tarifs américains. « Il faut améliorer la productivité et minimiser l’impact potentiel de ces mesures afin de mieux positionner l’industrie pour notre avenir. »
La politique agricole de l’ICPA en fait d’ailleurs mention: « Supprimer les barrières internes: Les ministres FPT (fédéraux, provinciaux et des territoires) devraient agir sur un plan d'action sur la suppression des barrières commerciales internes et harmoniser les réglementations lors de leur réunion de juillet 2025. »
Pour Max Hangsen, les élections ralentissent l’avancement des discussions. « Mais c’est certain que tant en Ontario qu’au fédéral, des changements aux barrières entre provinces sera le sujet de l’heure. »
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Légende photo 1 : Il est parfois plus facile pour un agriculteur ou un éleveur de traverser la frontière américaine que de passer d'une province canadienne à une autre.
Légende photo 2 : Max Hansgen croit que l'abolition des barrières au commerce interprovincial n'est pas chose faite
Légende photo 3 : Tyler McCann propose l'ébauche d'un plan d’action concerté pour un retrait graduel des barrières interprovinciales
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- Date de création 19 février, 2025
- Dernière mise à jour 14 mars, 2025