À l’Île-du-Prince-Édouard, les fidèles retrouvent leur communauté

À l’Île-du-Prince-Édouard, les fidèles retrouvent leur communauté

Après plus de deux mois de fermeture pour limiter la propagation du nouveau coronavirus, les lieux de culte ont été autorisés à rouvrir à l’Île-du-Prince-Édouard, sous certaines conditions. Les fidèles peuvent à nouveau vivre leur foi ensemble. Mais les messes du dimanche demeurent encore impossibles.

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Marine Ernoult

Initiative de journalisme local ─ APF – Atlantique

«C’était une si belle expérience, comme si l’un de mes enfants était parti longtemps et que je le retrouvais enfin. J’étais tellement heureuse que j’en ai pleuré». Angèle Richard, 84 ans, se souvient avec émotion de la première messe à laquelle elle a pu assister à l’église catholique Saint-Paul de Summerside, le 1er juin dernier. Après deux mois et demi de confinement sans prière collective, la fidèle avait hâte de retrouver les membres de sa communauté. «Ils me manquaient, ce sont des proches, on a tissé des liens très forts».

Comme tous les lieux de culte, l’église Saint-Paul avait dû fermer ses portes à la mi-mars sur décision des autorités pour limiter la propagation du virus. Avec le début de la phase 3 du plan Renouveler l’Î.-P.-É. ensemble, les lieux de culte ont pu rouvrir sous certaines conditions. Les offices sont limités à quinze personnes et s’accompagnent d’un protocole sanitaire strict. Les fidèles doivent s’inscrire sur un registre en donnant leur nom et leurs coordonnées pour le suivi des contacts si un cas de COVID-19 devait apparaître. Les livres de prières ne doivent pas être partagés. Après chaque messe, les bancs et les prie-Dieu sont nettoyés. Il faut également respecter la distanciation physique et se laver les mains chaque fois que l’on touche quelque chose.

Entre joie et prudence

À Tignish, l’église catholique du père Albin Arsenault a été confrontée à un afflux de fidèles pour la reprise des célébrations en public. L’abbé a dû refuser des gens dans sa paroisse de Palmer Road. «On a créé des listes de personnes pour alterner et donner l’occasion à tout le monde de venir aux offices, explique-t-il. Quand c’est complet, j’essaye aussi d’offrir une seconde messe dans la journée.» Le père Michel Painchaud, lui, préfère attendre. Il remarque d’ailleurs que certains croyants ont toujours peur. «Il y a encore beaucoup de restrictions et ce n’est pas facile de trouver le personnel pour nettoyer l’église, affirme le prêtre responsable des paroisses catholiques de Notre-Dame-du-Mont-Carmel et de Baie-Egmont. Sans compter les incertitudes liées au virus, je ne veux pas mettre mes paroissiens en danger.»

Jusqu’au 1er juin, les croyants étaient restreints à une pratique individuelle dont ils avaient du mal à s’accommoder. «J’ai l’habitude de venir à l’église tous les jours, alors quand elle a fermé, cela a créé un grand vide en moi», souligne Angèle Richard qui explique «avoir prié à la maison chaque jour, regardé les offices à la télévision et sur son ordinateur». De leur côté, les pères Albin Arsenault et Michel Painchaud, qui ne pouvaient plus dire la messe en public, la faisaient seuls chaque jour. Mais le dialogue avec la communauté leur manquait.

Messes en ligne 

Les initiatives ont vite fleuri pour ne pas laisser les paroissiens dans un vide spirituel. Le diocèse catholique de Charlottetown s’est mis à diffuser les messes sur internet. Le Père Albin Arsenault a également participé à l’initiative The power in prayer et a récité le chapelet en ligne. Garder le contact avec les anciennes générations via les réseaux sociaux n’est pas toujours évident. Les pères Michel Painchaud et Albin Arsenault ont réussi à maintenir les liens par téléphone. «On a essayé d’être créatif pour continuer à animer la vie paroissiale», souligne Albin Arsenault.

Si les célébrations publiques ont aujourd’hui repris en semaine, les offices du dimanche, pouvant réunir plusieurs centaines de personnes, restent impossibles à organiser dans les conditions actuelles. L’évêque du diocèse catholique de Charlottetown, Richard Grecco, fait pression sur la province pour qu’elle autorise les rassemblements dans les églises à 30 % de leur capacité. Le 26 juin prochain, avec l’entrée dans la phase 4 du Plan Renouveler l’Î.-P.-É. ensemble, les rassemblements publics et organisés de 50 personnes seront autorisés,  mais pour l’évêque, cela reste insuffisant. Le médecin hygiéniste en chef de l’Île, Heather Morrison, a confirmé, lors de son briefing du 11 juin dernier, que des discussions sont en cours afin d'augmenter cette limite pour les rassemblements religieux.

L’autre déchirement pour les prêtres, ce sont les funérailles, encore réduites à leur plus simple expression en attendant la phase 4. Elles doivent durer moins longtemps, les prières sont écourtées et le nombre de personnes autorisées reste restreint. «C’est ma plus grande peine, la difficulté que l’on a à accompagner les mourants, de ne pas être capable de célébrer pleinement les funérailles», confie Michel Painchaud.

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PHOTOS : (incluant titre de la photo, légende et crédit du photographe ou courtoisie)

Eglise Saint-Paul : Comme tous les lieux de culte à l'Île, l'église Saint-Paul à Summerside a rouvert lundi 1er juin. Mais les offices sont limités à 15 personnes et n'ont pas encore repris le dimanche. (photo Marine Ernoult)

Messe sur Facebook : Les initiatives se sont multipliées pour maintenir le lien avec les paroissiens. Les messes sont retransmises sur les réseaux sociaux, comme ici à l'église Central Street à Summerside. (Photo Marine Ernoult)

Restrictions églises : Les paroissiens qui veulent assister à une messe à l'église Saint-Paul doivent s'inscrire à l'avance. (photo Marine Ernoult)

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  • Date de création 14 juin, 2020
  • Dernière mise à jour 14 juin, 2020
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