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  • Date de création 20 novembre, 2021
  • Dernière mise à jour 17 novembre, 2021

À la découverte des langues des signes du Canada

C’est une exposition bilingue originale que nous propose depuis le 2 novembre le Musée canadien des langues. De la Nouvelle-Écosse aux Prairies, en passant par le Grand Nord et le Sud de l’Ontario, les visiteurs y découvrent six langues des signes qui font partie intégrante de la diversité linguistique du pays.

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Clément Lechat

IJL – Réseau.Presse – l-express.ca

 

 

Créé en 2011 et installé depuis 2016 sur le campus Glendon de l’Université York, le musée fête cette année ses 10 ans.

Projet de longue date

Avec l’aide de quatre étudiants du programme de maîtrise en études muséales de l’Université de Toronto, la directrice du musée, Elaine Gold, a préparé cette exposition pendant la pandémie. Elle a été dévoilée au grand public en octobre, à la bibliothèque Barbara Frum, puis au Centre d'excellence canadien pour les sourds Bob Rumball.

À Glendon, l’exposition est accessible gratuitement jusqu’au 7 décembre, entre 11h et 16h, les mardis, mercredis et jeudis.

Il faut compter une trentaine de minutes pour découvrir les sept bannières informatives qui composent l’exposition. Mais on peut y passer plus de temps en consultant des vidéos auxquelles on accède via un code QR.

Les visiteurs peuvent aussi profiter du déplacement pour consulter la bibliothèque du musée, riche en livres jeunesse et dictionnaires sur les langues autochtones.

«Les ressources et connaissances, notamment de la directrice, sont à la disposition de la population. Venir au musée, c’est découvrir beaucoup plus que l’exposition», insiste Lyse Hébert, professeure de traduction à Glendon, et vice-présidente du conseil d’administration du musée.

Langues des signes riches et diverses

«Le public ne se rend pas compte que les langues des signes sont très différentes les unes des autres. Si vous parlez la langue des signes américaine (ASL), cela ne veut pas dire que vous comprenez la langue des signes québécoise (LSQ)», explique Elaine Gold, par ailleurs fondatrice du musée et linguiste.

Les langues des signes ne sont en effet pas universelles, ni intercompréhensibles. Car les signes utilisés pour évoquer un concept ne sont souvent pas les mêmes. Tout comme la grammaire, l’ordre des mots, ou les styles.

Plus surprenant encore, il existe des variations au sein d’une même langue des signes. «À Sudbury, ils parlent d'une autre façon, dans le sens où ils sont beaucoup influencés par la langue de signes américaine», indique l’interprète Isabelle Lepage sur la chaîne YouTube du musée.

L'ASL et la LSQ ont en commun les chiffres, l’alphabet, le oui et le non, ou encore la façon d'évoquer la famille et le temps. Mais pas davantage. Pourtant «l’ASL et la LSQ sont en réalité des langues sœurs», souligne Elaine Gold.

«Je n’avais pas réalisé que l’ASL descendait de la LSF. Des personnes parlant la LSF sont venues en Amérique du Nord [au début des années 1800] et ont développé l’ASL avec des personnes sourdes. Si vous regardez l’histoire de la LSQ, la LSF est aussi à sa base», ajoute-t-elle.

Langues autochtones en péril

Avant de visiter l’exposition, on ne s'imagine pas forcément que les peuples autochtones ont eux aussi développé leurs propres langues des signes. L’exposition leur accorde une attention toute particulière.

Chez les Inuits, où le taux de surdité est plus élevé que dans la population générale, la langue des signes a émergé il y a au moins 100 ans.

Parlée par les sourds et leurs proches entendants, elle est cependant en danger d’extinction, avec environ 150 locuteurs actifs. En effet, les Inuits sourds d’aujourd’hui apprennent l’ASL à l’école. Tout comme ceux d’hier, envoyés dans des pensionnats entre les années 1950 et 1990, où ils perdirent l’usage de la langue des signes inuite.

Dans les Prairies canadiennes, la langue des signes des Indiens des Plaines ne compte plus qu’une cinquantaine de locuteurs parmi les Pieds-Noirs, les Dakotas, les Cris et les Assiniboines. Répandue bien avant l’arrivée des colons européens, elle était aussi bien parlée par les sourds que par les entendants. Elle constituait un moyen de communication pratique entre des communautés aux langues différentes. Commerce, diplomatie, cérémonies, chasse... Les contextes d'utilisation étaient nombreux.

Face à cette situation, ces communautés autochtones s’organisent pour sauver et revitaliser leurs langues des signes. D’autres, comme les Oneidas de la Thames, près de London, se sont même lancés dans la création de leur propre langage signé.

Marsha Ireland mène cette action en s’inspirant de la langue des signes des Indiens des Plaines. L’objectif est de pouvoir davantage impliquer les sourds dans la vie communautaire, grâce à une langue qui reflète véritablement leur culture iroquoise.

Langue de signes québécoise minoritaire

Employée au Québec et par les francophones canadiens, la langue des signes québécoise (LSQ) est utilisée par environ 6000 locuteurs au pays. En Ontario, la situation minoritaire du français complique encore davantage la vie des locuteurs de la LSQ.

Le défi est d'autant plus important pour les enfants sourds et malentendants. Le Consortium Centre Jules-Léger (CCJL) est à ce jour la seule école en Ontario qui puisse leur offrir une éducation bilingue français-LSQ. Située à Ottawa, elle dispose d'un service résidentiel qui représente un atout indispensable pour accueillir des élèves éparpillés partout dans la province.

«Avant le Centre Jules-Léger, les familles francophones en Ontario devaient choisir entre envoyer leur enfant à Montréal pour qu’il ou elle reçoive une scolarisation en français, ou se tourner vers les écoles anglophones spécialisées en surdité», rapporte Carine Jacques Lafrance, directrice générale du Regroupement des parents et amis des enfants sourds et malentendants franco-ontariens (RESO).

Belleville, Milton, London… Les autres écoles provinciales pour les sourds et malentendants sont toutes anglophones.

Pénurie d’interprètes

En milieu francophone, à cause d'une pénurie d'interprètes LSQ-français, aucun élève sourd ou malentendant n'est par conséquent accompagné dans les salles de classe de l'Ontario.

Une situation décriée par Carine Jacques Lafrance. «Un parent pourrait faire la demande à son école ou conseil scolaire pour retenir les services d’un interprète scolaire. Mais la profession d’interprète LSQ-Français est en croissance, et il serait probablement extrêmement difficile, voire impossible, de trouver quelqu’un. La Commission scolaire de Montréal n’arrive pas à combler les postes d’interprètes affichés pour répondre aux demandes.»

Face à cette pénurie, le RESO et le Centre Jules-Léger ne peuvent que conseiller les conseils scolaires pour mettre en place les meilleures pratiques à destination des élèves sourds ou malentendants.

Dans nos écoles

Interrogés, les conseils scolaires Viamonde et MonAvenir (Toronto et Centre-Sud de l’Ontario) affirment y avoir recours.

«Le personnel enseignant et les différents intervenants du Conseil scolaire Viamonde portent un masque avec fenêtre transparente pour permettre la lecture labiale et des indices faciaux par l’élève. Ils se positionnent près de l’élève et lui font face. Ou encore portent un système d’amplification MF au cou pour permettre à l’élève d’avoir un accès optimal à leur voix», énumère l’équipe enfance en difficulté du conseil scolaire.

Pour apprendre la langue des signes québécoise, le RESO propose des cours en ligne. De son côté, le collège La Cité a développé en 2019 Dico LSQ, une application mobile pour apprendre la LSQ par soi-même.

 

 

 

 

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Photos

 

Titre : Signes Elaine Gold

Légende : Elaine Gold, directrice du Musée canadien des langues.

Crédit : Clément Lechat

 

Titre : Signes Lyse-Hebert

Légende : Lyse Hébert, professeure de traduction à Glendon.

Crédit : Clément Lechat

 

Titre : Signes Carine Jacques Lafrance

Légende : Carine Jacques Lafrance, directrice générale du RESO.

Crédit : courtoisie

 

Titre : Signes exposition

Légende : Le musée dispose de pièces rares, comme ce jeu de cartes pour apprendre la langue des signes inuite.

Crédit : Clément Lechat

 

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