À la croisée des langues: l’identité de Clare en jeu? (partie 2)
Longtemps perçue comme un bastion francophone, la région de Clare voit aujourd’hui son paysage linguistique se transformer. La récente vague d’anglophones et d’allophones depuis la pandémie redéfinit l’équilibre culturel de la communauté.
_______________________
Jean-Philippe Giroux
IJL – Réseau.Presse – Le Courrier de la Nouvelle-Écosse
Installée dans la région depuis près de trois ans, Karen Cayen explique qu'elle a fait face à des obstacles afin de trouver sa place dans la communauté de Clare.
D'après son expérience, «à moins de savoir ce qui se passe, il n'y a aucun moyen d'apprendre ce qui se passe». Elle cite par exemple l'échange communautaire de Clare, qui a eu lieu plus tard en mai et dont elle a entendu parler grâce à une publication de la Municipalité de Clare.
Cependant, elle précise que la Municipalité n'a pas précisé où l'échange avait lieu. Et lorsqu'elle a finalement trouvé le lieu de l’échange, elle s'est aperçue qu'il n'y avait personne. «Et encore une fois, c'est l'une de ces choses que, si vous êtes un initié, je suis sûr que c'est génial. Mais je ne sais pas comment on devient un initié.»
Se sentir inclus
D’après les données du dernier recensement, la communauté acadienne de Clare, où 69,6 % ont déclaré connaitre le français, demeure la région la plus francophone de la Nouvelle-Écosse. Et sur ce territoire, la langue la plus courante est le français acadien.
Karen Cayen parle un peu français, dit-elle, et son arrière-grand-père faisait partie d'une grande famille acadienne du Nouveau-Brunswick. «Des gens m'ont dit que je n'avais pas d'origines acadiennes parce que je n'étais pas née ici entre certaines années. Et ce n'est pas très inclusif. Permettez-moi de vous le dire.»
«En ce qui concerne le gouvernement canadien, je suis Canadienne française. Mais je suppose qu'il y a une grande différence entre Canadien français et Acadien. Mon mari, qui est originaire de La Nouvelle-Orléans, est bien mieux accueilli ici que moi», soutient-elle.
Elle insiste sur le fait qu'elle aime vivre en Clare et que, sur le plan individuel, ses interactions avec les gens sont excellentes, et qu'il y a rarement un obstacle à l'accès aux services, puisque la plupart des gens sont parfaitement bilingues.
Karen Cayen souhaite simplement être incluse dans la communauté.
Elle ajoute qu'elle et son mari, Kim, font du bénévolat pour neuf activités communautaires différentes dans des villes comme Yarmouth et Weymouth, bien en dehors de Clare, «parce qu'il y a une inclusivité que nous n'avons pas connue. Cela se passe peut-être merveilleusement bien avec d'autres personnes, mais je soupçonne que le fait que nous n'ayons pas de famille ici, il se peut que cela en fasse partie.»
Axé sur l’ouverture
À titre de résidente de Clare, Réanne Cooper dit ne pas avoir été témoin de tension quelconque entre groupes linguistiques. «Je trouve qu'il y a quand même une ouverture. Bien sûr, on ne peut pas généraliser, mais il y a quand même une ouverture d’un grand nombre de monde qui vient, qui sont peut-être anglophones, mais qui s'intéressent à apprendre le français.»
«Ou de s'intégrer, ou qui ne sont pas nécessairement anglophones, mais que leur première langue n'est pas le français. Ça peut être d'autres langues également, mais qui démontrent cet intérêt-là à vouloir comprendre. Ça, je le vois.»
La conseillère municipale précise que le travail de la Municipalité de Clare demeure le même. Les réunions continuent d’être menées en français et en anglais, avec de l’interprétation en direct.
De plus, la majorité de la documentation qu’elle voit passer est presque toujours accessible en français et en anglais. «Donc, tout ça, ça n'a pas changé. Ça continue à être prioritaire [...] on fait sûr de pouvoir vivre et puis qu'on fonctionne en français.»
- Nombre de fichiers 4
- Date de création 30 juin, 2025
- Dernière mise à jour 30 juin, 2025