Ce mot difficile à prononcer
«J’étais sous une emprise. Je vivais dans ma tombe, dans mon cauchemar. Ça m’a pris du temps à prononcer ce mot difficile à dire. Non.»
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Charles Fontaine
IJL – Réseau.Presse –Le Droit
Becky Harrison a été victime d’une agression sexuelle à l’âge de 13 ans. Compter sur l’appui de ses proches lui a permis de survivre. Voir d’autres filles et femmes vivre la même horreur l’a aidé à faire le saut et à dénoncer. Un an plus tard.
La jeune fille âgée de 15 ans a livré un témoignage qui a fait lever la foule d’une centaine de personnes mercredi soir à la salle de spectacle Optimiste de Rockland. Des gens de partout dans Prescott et Russell se sont rencontrés à l’occasion de la marche La rue, la nuit, femmes sans peur. Autant des petites filles, des garçons, des femmes âgées et des hommes ont manifesté pour la même cause, celle de sensibiliser la population à la violence faite aux femmes, plus particulièrement aux agressions à caractère sexuel.
Cette solitude qui effraie
Andréanne Gougeon a 61 ans. Elle entretient la même crainte de marcher seule quand il fait noir que dans sa jeunesse. Elle n’a pourtant jamais été une victime dans cette situation.
«Il y a quelque chose qui nous freine, parce qu’on est une femme, dit-elle. On a vécu des expériences pas nécessairement agréables quand on était jeune et on n’en a pas fait un cas à l’époque. Ça demeure dans notre esprit et ça vient nous hanter plus tard dans notre vie.»
Dorinne Armstrong répète à sa petite fille de ne pas marcher seule le soir, ce qui la désole. «Lorsque j’avais 14 ans, j’ai souvent été suivi le soir par le même monsieur. Je ne sors plus seule quand il fait noir. C’est ancré chez nous.»
«On est encore obligée de dire à nos filles de ne pas marcher seule le soir, s’afflige Marie-Pierre D’Anjou, responsable des communications et du développement communautaire de la Maison Interlude, qui vient en aide aux femmes victimes de violence. C’est encore plus vrai en milieu rural, où les services sont plus éloignés. C’est plus facile pour un agresseur de se camoufler sans être vu.»
Reconnaître les drapeaux rouges
Ginette Clément a été une victime pendant 40 ans de la part de son ex-mari. Elle s’en est aperçue il y a trois ans. Les papiers de séparation n’étant pas réglés, sa peine continue.
«C’est de la manipulation, de la condescendance et des menteries envers mes enfants et moi, explique-t-elle. Il m’a trompé à plusieurs reprises. Il ne nous donne pas d’amour. Cette marche sert à éveiller les jeunes, à questionner et à reconnaître les drapeaux rouges. J’ai confiance en la nouvelle génération.»
C’est le village de L’Orignal qui accueillera la prochaine marche des femmes le 18 septembre 2024. Conseillère au canton de Champlain, Mme Clément a accepté l’honneur, les larmes aux yeux. En prenant en compte de ce qu’elle a vécu, et de ce qu’elle vit.
Tabou en milieu rural
Le mouvement #moiaussi a pris plus de temps à s’imprégner en milieu rural, remarque la directrice générale du Centre Novas Martine Lanthier, qui a organisé l’événement. Elle souligne que la dénonciation est encore plus tabou en région, où les gens se connaissent davantage.
«Les valeurs traditionnelles comme le patriarcat sont plus implantées en milieu rural, souligne-t-elle. Les femmes ont peur de croiser d’autres femmes qu’elles connaissent dans les salles d’attente et que d’autres personnes soient au courant de leur situation. Il y a encore beaucoup de honte qui entoure l’agression sexuelle. Les victimes pensent que c’est de leur faute.»
Elle est toutefois rassurée que les jeunes femmes se sentent plus à l’aise de consulter qu’avant, où elles attendaient que le vase déborde.
Une marche qui soutient la même cause aura lieu le 21 septembre à l’Hôtel de Ville d’Ottawa, organisée par les CALACS francophones d’Ottawa.
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Vous ou vos proches avez besoin d’aide? N’hésitez pas à appeler l’un des organismes suivants.
Centre Novas: 613-764-5700
Maison Interlude: 1-800-461-1842
Valoris: 1-800-675-6168
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Photos
Des gens de partout dans Prescott et Russell se sont rencontrés à l’occasion de la marche La rue, la nuit, femmes sans peur. (Charles Fontaine/Le Droit)
Becky Harrison. (Charles Fontaine/Le Droit)
Andréanne Gougeon (Charles Fontaine/Le Droit)
Dorine Armstrong (Charles Fontaine/Le Droit)
Marie-Pierre D'Anjou (Charles Fontaine/Le Droit)
Ginette Clément (Charles Fontaine/Le Droit)
Martine Lanthier (Charles Fontaine/Le Droit)
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- Date de création 27 septembre, 2023
- Dernière mise à jour 27 septembre, 2023