Des conditions de vie «perturbantes» pour des patients psychiatriques au N.-B., selon l’Ombud

L’Ombud du Nouveau-Brunswick, Marie-France Pelletier, dénonce l’utilisation de mesures de contention comme des salles d’isolement et l’usage de sangles pour attacher des patients à des lits dans les hôpitaux psychiatriques de la province.

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Alexandre Boudreau

IJL – Réseau.Presse – Acadie Nouvelle - Atl

Mme Pelletier dit avoir été «personnellement perturbée et attristée» par les conditions de vie endurées par les patients mentionnés dans son rapport dévoilé mardi à Fredericton.

Elle a réalisé une enquête sur le recours parfois «excessif» aux salles d’isolement et aux contentions physiques, l’usage de sangles aux poignets, aux chevilles ou à l’abdomen pour attacher une personne à un lit ou à une chaise.

Elle a lancé son enquête après avoir reçu 12 plaintes entre 2021 et 2023, toutes émanant du Centre hospitalier Restigouche (CHR), à Campbellton. Certains de ces incidents ont mené à des congédiements.

Elle a ensuite élargi son enquête à l’ensemble de la province. Elle a déterminé que plusieurs problèmes du CHR étaient des symptômes d’une défaillance plus large et d’un système sous pression.

Les mesures de contention doivent normalement être utilisées le moins souvent possible, et seulement dans les cas où les patients sont à risque de se blesser ou de blesser les autres.

Mais elle a déterminé que l’usage de ces mesures ne suivaient pas les politiques en place, et que des patients ont passé de très longues périodes en contention. Les employés ne disposaient pas non plus de bonnes directives pour déterminer quand ils devaient les soulager de ces mesures restrictives.

Il y avait aussi des techniques de recours à la force inadéquates, selon elle.

Dans certains cas, des patients ont passé entre deux heures et 285 heures consécutives (presque 12 jours) dans une salle d’isolement. D’autres patients ont passé entre trois heures et 58 heures physiquement attachés à un lit.

Certaines personnes en isolement sont devenues désorientées par rapport au temps, parce qu’il n’y avait pas d’horloge dans leur salle.

12 heures sans eau en appelant à l’aide

Dans son rapport, l’Ombud rapporte les expériences vécues de huit patients sous des noms fictifs.

L’un d’eux, Hugo, s’est lui-même plaint du traitement qui lui a été réservé au CHR, où il a été admis pour une évaluation ordonnée par la cour.

L’équipe de l’Ombud a examiné 339 heures de vidéo de son temps passé en salle d’isolement.

Malgré les affirmations du personnel, Hugo n’était pas surveillé pendant son isolement.

Le personnel ne répondait pas à ses besoins ni à ses appels à l’aide.

«Après avoir indiqué qu’il avait soif, Hugo est resté 12 heures sans pouvoir s’hydrater, car personne n’est revenu à la salle d’isolement pour lui offrir de l’eau.»

Il ne pouvait pas non plus aller aux toilettes régulièrement et s’est soulagé sur le plancher de la salle d’isolement. Il est demeuré 20 heures dans la même salle avec ses excréments et son urine. Il est lui-même demeuré souillé longtemps puisque son accès à une douche était limité.

Après deux jours d’isolement, il a dit au personnel de l’hôpital que personne ne lui répondait.

«On a pu observer Hugo en train d’enrouler un drap autour de son cou à plusieurs reprises, ainsi que se cogner la tête et se projeter hors du lit. Le personnel a fini par intervenir et lui a donné une couverture de sécurité.»

Un autre patient, Adam, a dit avoir subi une agression sexuelle lorsque des employés ont baissé son pantalon pendant qu’il était en contention. Six employés jasaient et ricanaient en français, une langue qu’il ne parlait pas, et avait l’impression qu’on se moquait de lui. L’affaire a été signalée à la GRC, mais aucune accusation n’a été déposée.

Des progrès tangibles, selon Vitalité

La régie de santé Vitalité, qui gère le Centre hospitalier Restigouche, a indiqué mardi qu’elle accorderait des entrevues à ce sujet le lendemain.

Le service des communications a envoyé une déclaration écrite de la part de Sébastien Lagacé, vice-président adjoint de la santé mentale et du traitement des dépendances.

«Les situations décrites sont inacceptables et vont à l’encontre de la philosophie de soins que nous défendons.»

Il indique que la régie travaille avec l’Ombud depuis près de trois ans pour encadrer ces mesures de contrôle. Le réseau a fait des progrès «tangibles» et est parvenu à réduire «significativement» le recours aux mesures de contention, selon lui.

«Aux personnes qui ont vécu ces situations, nous tenons à exprimer toute notre considération et notre volonté ferme d’apporter des changements durables.»

Le ministre responsable des Services de santé mentale et de traitement des dépendances, Rob McKee, a remercié les familles qui ont témoigné de leurs expériences à l’Ombud.

«Des changements importants sont déjà en cours, notamment une formation plus poussée, une mise à jour des protocoles et une surveillance plus étroite de l’utilisation des dispositifs de contention.»

David Coon, le chef des verts, a critiqué le manque de gestion locale des hôpitaux comme le CHR. Il juge que la gestion centrale des régies ne ressent pas l’urgence de gérer ces problèmes de terrain.

«C’était troublant. Mon impression est que le système est inhumain, la dignité des gens n’était pas respectée alors qu’ils étaient dans la pire situation possible», a-t-il affirmé en réaction au rapport.

Pas de données

Le député progressiste-conservateur Kris Austin a affirmé que le rapport a eu l’effet d’un «coup de poing à l’estomac».

Il a demandé à Mme Pelletier combien de patients sont affectés par l’usage excessif de force ou de mesures de contention.

«La difficulté avec cette question, c’est qu’il n’y a pas de données», a répondu l’Ombud.

Elle a signalé dans son rapport que les régies ne répertorient pas l’utilisation de ces mesures. Elle se rend compte des défaillances lorsque les patients déposent des plaintes.

Nous avons demandé à Marie-France Pelletier si les situations décrites dans son rapport se produisent toujours, ou si les améliorations mentionnées par Vitalité ont permis d’y remédier.

Elle a affirmé que son rapport dépeint le portrait «de l’époque», et qu’il semble y avoir eu une amélioration de la situation au CHR au courant de son enquête.

«La situation qui prévalait à l’époque n’est pas nécessairement celle qui prévaut aujourd’hui».

Mais la situation est encore difficile à vérifier en l’absence de données sur l’utilisation des mesures de contention. Elle n’a pas reçu de plaintes récemment.

Mme Pelletier a recommandé la mise en place d’un système de suivi des patients pour mesurer l’utilisation de mesures de contention. Elle a également émis plusieurs autres recommandations aux régies de santé Vitalité et Horizon.

L’Ombud a aussi fait plusieurs recommandations au gouvernement, y compris de modifier la Loi sur la santé mentale pour diminuer l’utilisation de mesures de contrôle restrictives.

Toutes les recommandations ont été acceptées par les régies et le gouvernement.

Beaucoup d’encre a déjà coulé sur divers problèmes au CHR. Quatre autres rapports ont été écrits sur divers problèmes à cet établissement entre 2017 et 2019. L’hôpital a également été visé par un recours collectif de patients maltraités, qui s’est soldé par un règlement de 17 millions $.

 

 

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Photo : Marie-France Pelletier, Ombud du Nouveau-Brunswick, dans la salle des comités de l’Assemblée législative, à Fredericton. - Acadie Nouvelle: Alexandre Boudreau

 

 

 

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  • Date de création 30 septembre, 2025
  • Dernière mise à jour 30 septembre, 2025
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