Suivre le parcours des Franco-Ontariens, tableau par tableau
Christian Gammon-Roy
IJL – Réseau.Presse - Tribune : la Voix du Nipissing Ouest
Afin de marquer le 50e anniversaire du drapeau franco-ontarien, l’artiste visuelle locale Alexandre Aimée a créé «une exposition franco-ontarienne» chez Maman Loup’s à Sturgeon Falls. Ouverte au public du samedi 13 septembre jusqu’à la fin du mois, l’exposition retrace les moments clés de la lutte pour faire respecter les droits des Francophones en Ontario. Créée à partir de matériaux récupérés, représentant la résilience des Franco-ontariens, chacune des œuvres reflète une période dans l’histoire franco-ontarienne, avec des couleurs froides pour les moments durs et des couleurs vives pour les victoires.
«C’est une réflexion sur mon parcours en tant que jeune membre de la FESFO et membre de la communauté franco-ontarienne, mais aussi pour ne pas oublier pourquoi mes ainés se sont battus,» décrit l’artiste. Il s’agit d’œuvres abstraites exposées en ordre chronologique, avec une description de chaque moment représenté par la pièce. Les gens sont donc guidés à suivre le parcours du peuple franco-ontarien à travers les œuvres.
Les thèmes de la lutte et du souvenir sont évidents, par exemple dans le portrait en noir et blanc de Gisèle Lalonde, accompagné des mots « SOS MONFORT! ». L’œuvre représente évidemment le mouvement de 1997 à 2002 qui a sauvé l’Hôpital Monfort, le seul hôpital de langue française en Ontario, alors menacé de fermeture par le gouvernement de Mike Harris. Mme Lalonde avait été à la tête de ce mouvement. Pour Alexandre Aimée, ce mouvement a marqué son éveil à la lutte pour la francophonie en Ontario. C’était une première prise de conscience pour la jeune artiste.
Une autre œuvre, Abstraction d’un mouvement, représente aussi une lutte, celle-ci contre le Règlement 17 qui interdisait d’enseigner en français dans les écoles ontariennes. L’image est tachetée de couleurs chaudes et vibrantes, évoquant des confettis. D’après la description, «les couleurs chaudes symbolisent la passion et le défi ardents des membres de la communauté qui se sont battus pour sauver leur langue et leur culture,» puis Aimée ajoute que les confettis représentent la fête qui suit toujours les luttes. Selon elle, chez les «Franco-ontariens, peu importe ce qui arrive, ça finit toujours en petit rigodon, puis on a toujours du plaisir. […] C’est ça que c’est notre culture, on parle fort, on célèbre fort, on se bat pour des causes très fort!»
Lorsqu’on lui demande si ces couleurs de célébration peuvent être interprétées comme une vision optimiste sur le présent et l’avenir, l’artiste invite à une certaine prudence. «Pour moi, ce qui me fait de la peine en tant que jeune adulte et mère, c’est que j’ai peur qu’on oublie la raison qu’on a tous nos droits. Donc, oui, c’est un party, mais pourquoi est-ce qu’on célèbre?» demande-t-elle. Selon Aimée, il est important de se rappeler aussi du sombre passé, d’où les contrastes dans son exposition.
En fixant l’avenir, Aimée décrit la peinture Le Bouquet, qui représente l’épanouissement du peuple franco-ontarien, ainsi que sa diversité. «C’est quoi d’être franco-ontarien? Ça vient avec plein d’accents. Ça vient avec plein de textures. Ça vient avec plein de différentes voix. Pour les Franco-ontariens, c’est vraiment de vivre en français en Ontario, et il y a beaucoup de gens qui sont des nouveaux arrivants au Canada, mais ils sont quand-même des Franco-ontariens parce qu’ils vivent en français,» décrit-elle. L’artiste souligne l’importance de tisser des liens, de «relier nos prochaines générations», d’unir toutes ces voix afin que la Francophonie puisse s’exprimer encore plus fort, surtout lorsqu’elle revendique le respect de ses droits.
Pour Aimée, les nouveaux arrivants franco-ontariens représentent de nouvelles voix dans la lutte pour notre langue commune, mais aussi pour guider son évolution. Elle souligne un élément commun : l’inconnu. Elle décrit les pionniers français qui se sont lancés dans l’inconnu il y a 400 ans, «puis là on a des gens où souvent c’est un choix, mais aussi il y a des réfugiés, donc c’est vraiment l’inconnu quand ils viennent. (…) On comprend tous qu’il faut être brave pour se rendre ici.»
Le site web mamanloups.ca a une page dédiée à l’exposition, offrant une description des œuvres et du thème. «Cette série s’articule autour de la résilience et le renouveau. Chaque œuvre (…) fait écho à l’esprit tenace de la communauté franco-ontarienne. L’utilisation d’objets trouvés, comme de vieux tapis et du carton, reflète la débrouillardise et la force d’une culture qui a su s’épanouir malgré les défis,» peut-on y lire. Or, pour les sensations et l’expérience complète, Aimée invite les gens à venir chez Maman Loup’s pendant les heures régulières, du dimanche au mercredi de midi à 18h.
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Photo :
L’artiste visuelle Alexandre Aimée avec quelques œuvres en exposition à Maman Loup’s à Sturgeon Falls. «Une exposition franco-ontarienne» a débuté le 13 septembre, et sera ouverte au public jusqu’à la fin du mois pour célébrer le 50e anniversaire du drapeau franco-ontarien.
Crédit photo : Christian Gammon-Roy
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- Date de création 19 septembre, 2025
- Dernière mise à jour 19 septembre, 2025