Production télé: rentrée difficile à La Cité

L’heure de la rentrée scolaire a sonné au collège La Cité, mais pas pour ceux qui espéraient débuter leurs études en production télévisuelle. Alors que ces étudiants ont été forcés de changer leurs plans, les employeurs d’Ottawa et de l’Est ontarien se préparent à dénicher les talents francophones de demain ailleurs.

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Émilie Gougeon-Pelletier

IJL – Réseau.Presse – Le Droit

En citant des motifs financiers, au printemps dernier, le collège La Cité a annoncé l’abolition de neuf programmes d’études, y compris le seul programme de production télévisuelle offert en français dans tout l’Ontario.

Productrice et propriétaire de la société de production de cinéma ATO Média, Kristel Viduka embauche chaque année des stagiaires de ce programme.

Sans offre de formation francophone dans la province, elle s’imagine difficilement où son entreprise située à Ottawa pourra recruter.

«Ceux qui n’ont pas accès au programme iront au Québec ou même à Toronto [en anglais], dit-elle. La décision de La Cité de mettre un terme à ce programme est comme un coup de couteau à notre industrie, à nos productions. Ils ont coupé là où il y a des besoins.»

Pour le bon fonctionnement d’un plateau de tournage, il est essentiel de connaître les bases techniques comme discerner les différents rôles de chacun, dit-elle.

L’annulation du programme et le manque de main-d’œuvre francophone forceront les petites boîtes de production comme la sienne à devenir le «programme de formation», craint Kristel Viduka.

La dernière cohorte

Camille Lafrance a travaillé cet été avec ATO Média en tant que deuxième assistante à la réalisation sur la troisième saison de Gang de hockey.

Au printemps prochain, sa cohorte sera la dernière à être diplômée du programme de production télévisuelle à La Cité.

L’étudiante franco-ontarienne de 18 ans se souvient avoir choisi de s’inscrire au collège francophone d’Ottawa parce qu’elle voulait étudier chez elle, en français.

Le 9 avril dernier, ses camarades de classe et elle ont reçu un courriel, que Le Droit a pu consulter, leur apprenant «qu’après une analyse approfondie, le Collège La Cité a pris la décision que le programme Production télévisuelle n’acceptera pas de nouvelles inscriptions pour le trimestre d’automne 2025».

C’est seulement plus d’un mois plus tard, soit le 22 mai, que la nouvelle a été rendue publique.

Transparence

Camille Lafrance se souvient de l’incompréhension partagée avec ses amis au moment de lire ces lignes, mais aussi de l’inquiétude provoquée par «l’absence de réponses de la part de l’administration».

«L’administration n’était pas très coopérative pour répondre à nos questions», déplore-t-elle.

Quelques mois plus tôt, Tristan Yelle apprenait qu’il était admis au programme de production télévisuelle à La Cité.

Originaire de Casselman, le diplômé du programme de production médiatique de l’Université Carleton avait hâte de «mettre la théorie en pratique» et d’approfondir ses apprentissages dans sa langue maternelle.

Comme Camille Lafrance, il s’est dit frustré par le «manque de transparence» de l’administration de La Cité à la suite de l’annonce.

«Le plus frustrant, c’est que toutes les fois que j’apprenais quoi que ce soit, c’était à travers les médias.»

—  Tristan Yelle

La Cité a refusé de nous accorder une entrevue dans le cadre de ce reportage.

«Transformation profonde»

Dans un courriel envoyé au Droit, l’administration de l’établissement postsecondaire francophone réitère avoir fait ce choix dans un contexte où «le milieu de la production télévisuelle et des médias fait partie de ceux qui connaissent une transformation profonde».

On nous rappelle aussi que, «consciente de ces changements, La Cité a agi en amont» en lançant le programme de création de contenu médiatique, en 2023.

Le collège francophone a d’ailleurs proposé aux futurs étudiants, dont Tristan Yelle, de transférer vers ce programme.

Mais la formule ne l’intéressait pas.

Milieu francophone

Tristan Yelle, qui espérait se faire des contacts dans le milieu francophone, s’est plutôt inscrit au programme de production télévisuelle au collège Algonquin.

Il devra toutefois attendre à l’hiver pour participer à son premier cours, puisqu’il était déjà trop tard pour se joindre à la cohorte d’automne du collège anglophone lorsqu’il a appris que son programme de choix avait été coupé.

Le jeune homme travaille actuellement à la télévision communautaire de Rockland, TVC22.

Dans ce studio, plusieurs employés, anciens comme nouveaux, sont passés par le défunt programme, fait savoir la directrice générale, Renée Gratton.

«Nous sommes déjà dans un désert d’information, de journalisme civique local, et on dessert une communauté bilingue. À long terme, l’impact qui m’inquiète est qu’on s’anglicise encore plus, et que ça contribue à la perte du français, à l’assimilation», craint-elle.

Camille Lafrance se dit déjà marginalisée en tant que Franco-Ontarienne. Elle pense qu’en mettant le couperet dans le seul programme francophone en Ontario de production télévisuelle, La Cité s’éloigne de son rôle d’institution francophone en milieu minoritaire.

«On a de la difficulté à trouver des programmes adéquats pour nous et on n’a pas la même chance que les anglophones. Ça nous enlève des occasions de continuer dans un domaine qui rencontre déjà des difficultés. Les boîtes de production vont devoir s’adapter et accepter de la relève qui n’est pas formée.»

Les collèges au bord du gouffre

Renée Gratton se dit déçue que «La Cité [n’ait] pas consulté le milieu des affaires de la région».

«Si on avait été mis au courant du problème, peut-être qu’on aurait pu avoir des idées. On aurait pu aider», exprime la directrice générale de TVC22.

N’empêche, La Cité n’est pas le seul collège ontarien à avoir annoncé l’abolition de programmes au cours de la dernière année.

Plusieurs des 24 collèges de l’Ontario sont au bord du gouffre, eux qui composent avec des années de sous-financement provincial et la baisse du nombre d’étudiants étrangers à la suite d’une décision du gouvernement fédéral.

«Vous savez, avec les décisions unilatérales du gouvernement fédéral concernant le marché des étudiants internationaux, un rééquilibrage est en cours dans tous nos établissements de la province», a répondu le ministre des Collèges et Universités, Nolan Quinn, lorsque questionné à ce sujet à Queen’s Park, au printemps.

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Photos:

-Le collège La Cité a adopté un budget équilibré de 155 millions dans les derniers mois mais neuf de ses programmes ont été abolis. (Etienne Ranger/Archives Le Droit)

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  • Date de création 2 septembre, 2025
  • Dernière mise à jour 5 novembre, 2025
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