Mois du patrimoine acadien : les attentes sont hautes

La Voix acadienne - La Société acadienne et francophone de l’Île-du-Prince-Édouard (SAF’Île) prend acte de l’annonce de la création officielle d’un Mois du patrimoine acadien faite le 15 août dernier par Gilles Arsenault, ministre responsable des Affaires acadiennes et francophones, lors des festivités de la fête nationale de l’Acadie, et rappelle l’importance d’une mise en œuvre concertée et inclusive. 

 

Jacinthe Laforest / IJL – Réseau.Presse – La Voix acadienne – ATL

La Société acadienne et francophone de l’ÎPÉ (SAF’Île) se réjouit de voir le gouvernement provincial reconnaître l’importance de mettre en lumière l’histoire, la culture et la contribution des Acadiens et Acadiennes de l’Île. 

«Une telle initiative représente une occasion de rayonnement identitaire, communautaire et touristique. Nous saluons cette annonce, qui témoigne d’une volonté politique d’appuyer la vitalité acadienne. En même temps, nous réitérons que, pour réussir, ce projet doit s’appuyer sur une concertation réelle avec les organismes et partenaires clés, ainsi que sur des ressources dédiées», souligne Charles Duguay, président de la SAF’Île, dans un communiqué de presse publié le 20 août.  

«Cette annonce, on savait que ça s’en venait, mais on avait parlé de 2026.  C’est vraiment à la dernière minute qu’on a su que l’annonce serait faite ce 15 août.  Au cours des dernières semaines, la SAF’Île a consulté ses partenaires et transmis au gouvernement des recommandations précises. Ces consultations ont notamment mis en lumière que le choix du mois d’août ne fait pas l’unanimité, et que d’autres périodes de l’année qui seraient plus favorables et inclusives devraient aussi être considérées. Par exemple l’automne, qui permettrait de mieux inclure les milieux scolaires.  Le gouvernement ne semble pas avoir tenu compte de nos recommandations sur ce point», dit Isabelle Dasylva-Gill, directrice générale de la SAF’Île, au cours d’un entretien le 20 août dernier.  

À l’heure actuelle, l’engagement de la province se limite à proclamer le mois d’août, Mois du patrimoine acadien.  «C’est une boîte qui est vide à l’heure actuelle. Nous avons communiqué au gouvernement ce que nous aimerions mettre dans la boîte», dit la directrice générale. 

Ces demandes sont les suivantes : 

  • Financement adéquat : assurer que les fonds alloués soient nouveaux et non prélevés sur d’autres initiatives déjà fragiles.   
  • Coordination structurée : mise en place d’un comité de travail conjoint avec la communauté et le gouvernement.
  • Choix de la période : explorer d’autres options que le mois d’août, afin d’inclure davantage les écoles et les milieux communautaires.

«Le Mois du patrimoine acadien a le potentiel de devenir un levier structurant, et non seulement symbolique. Nous voulons que cette nouvelle tradition profite à l’ensemble de la communauté et qu’elle contribue à la transmission de notre histoire aux générations futures», ajoute Charles Duguay.  Il renchérit sur l’importance d’ajouter des ressources neuves :  

«Nous ne voulons pas que ça revienne à déshabiller Paul pour habiller Pierre». 

Quant au choix de la période, la SAF’Île suggère qu’un mois pendant l’année scolaire aurait pu être plus pertinent, surtout en ce qui concerne la transmission des connaissances, aux plus jeunes.  «Le mois d’août est déjà très associé à l’Acadie à cause du 15 août.  En choisissant un autre mois, on allongerait la saison où on peut attirer l’attention sur nous et faire la sensibilisation qui a besoin d’être faite», dit le président Charles Duguay.  

Le président de la Commission scolaire de langue française, Gilles Benoit, trouve au contraire que le mois d’août est approprié.  «Je pense que c’est bon que ce soit d’abord dans la communauté.  Nos écoles sont le reflet de la communauté où elles sont.  Si les gens dans la communauté sont motivés, s’ils ont conscience de la valeur de leur héritage et qu’ils ont à coeur de parler français, cela va se communiquer à l’école.  Le mois d’août est juste avant la rentrée.  Des enseignants vont arriver en classe plus conscients de l’importance de leur travail pour faire valoir la culture et le patrimoine», dit Gilles Benoit.  

Pour lui, la décision de la province de proclamer un Mois du patrimoine acadien est une marque de «reconnaissance et de respect».  

De son côté, René Audet, président de l’Association du Musée acadien de l’ÎPÉ, répond avec prudence.  «Nous allons prendre le temps de discuter de l’annonce récente du gouvernement de l’ÎPÉ sur le Mois du patrimoine acadien avec le conseil d’administration de l’Association du Musée acadien», a-t-il indiqué dans un courriel de réponse à La Voix acadienne.

Pour Georges Arsenault, l’un des plus ardents promoteurs du patrimoine acadien et de l’histoire de l’Acadie, l’initiative est intéressante : «Il reste à voir comment on va s’y prendre pour faire la promotion du patrimoine acadien dans son sens large. Il faudra être imaginatif. Ça prendra plus que le drapeau acadien, la râpure et le violon pour faire apprécier et connaître la richesse du patrimoine acadien de l’Île», a-t-il écrit dans un courriel de réponse. 

La SAF’Île souhaite poursuivre les discussions avec le gouvernement afin de clarifier les modalités de mise en œuvre et de s’assurer que cette nouvelle tradition s’inscrive dans une vision durable et partagée.  «Nous voulons que ça fonctionne et que ça ajoute de la valeur à notre contribution à la vie dans la province, depuis les débuts, il y a 305 ans», dit Charles Duguay.

 

PHOTOS :  

1- Isabelle Dasylva-Gill, directrice générale de la SAF’Île, le 15 août à Charlottetown. (Photo : Jacinthe Laforest)

2- Charles Duguay, président de la SAF’Île, le 15 août à Charlottetown. (Photo : Jacinthe Laforest)

3- René Audet, président de l’Association du Musée acadien, veut prendre le temps de discuter avec son conseil d’administration sur les retombées possibles d’un Mois du patrimoine acadien. (Photo : Jacinthe Laforest)

4- Georges Arsenault trouve que l’initiative de déclarer un Mois du patrimoine acadien est intéressante, du moment qu’on considère le patrimoine dans son sens le plus large possible. (Photo : Jacinthe Laforest)

 

  • Nombre de fichiers 5
  • Date de création 26 août, 2025
  • Dernière mise à jour 26 août, 2025
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